‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 200 sur 397 · Is., Lxv, 2 ; Eom., x, 21. 6. Matth., ïv · texte numérisé non relu

Is., Lxv, 2 ; Eom., x, 21. 6. Matth., ïv

sonne: à elle la souffrance, à moi Vaffliction. Le démon la frappe, et la nature me frappe moi-même : je ressens tous ses coups en mon cœur, et tous les traits de la fureur de Satan passent par elle jusques sur moi-même^. Voyez la force de la nature et de l'affection maternelle ! Mais comme le divin Jésus surpasse infiniment tous les fils, la douleur des mères communes est une image trop imparfaite de celle qui perce le cœur de Marie. Son affliction est comme ime mer dans [p. 13] laquelle son âme est toute abîmée. Et par là vous voyez comme elle est unie aux souffrances de son cher Fils, puisqu'elle a le cœur percé de ses clous" et blessé de toutes ses plaies.

Mais admirez la suite de tout ce mystère. C'est au milieu de ces douleurs excessives, c'est dans cette désolation, par laquelle elle entre en société des supplices et de la croix de Jésus, que son Fils l'associe aussi à sa fécondité bienheureuse. Femme, lui dit-il, voilà votre fils. Femme qui souffrez avec moi, soyez aussi féconde avec moi ; soyez mère de ceux que j 'engendre par mon sang et par mes blessures. Qui pourrait vous dire. Fidèles, quel fut l'effet de cette parole? Elle gémissait aux pieds de la croix; et la force de la douleur l'avait presque rendue insensible. Mais aussitôt qu'elle entendit cette voix mourante du dernier adieu de son Fils, ses sentiments furent réveillés par cette nouvelle blessure ; il n'y eut goutte de sang en son cœur qui ne fût aussitôt émue, et toutes ses entrailles furent renversées. « Femme, voilà votre Fils : Ecce fiUus tuus ^. » Quoi ! un autre en votre place, un autre pour vous ! Quel adieu me dites-vous, ô mon Fils ! Est-ce ainsi que vous consolez votre mère ? Ainsi cette parole la tue ; et, pour accomplir le mystère, cette même parole la rend féconde.

Il me souvient ici. Chrétiens, de ces mères infortunées à qui on déchire les entrailles pour en arracher leurs enfants, et qui meurent pour les mettre au monde. C'est ainsi, ô bienheureuse Marie, que vous enfantez les fidèles : c'est par le cœur que vous enfantez, puisque, ainsi que nous avons dit, vous engendrez par la charité. Ainsi

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