Ms. : doux
ces paroles de votre Fils étant entrées ' au fond de votre âme tout de même qu'un glaive ti-anchant', on peut dire que vous nous avez enfantés d'un cœur déchiré par la violence d'une affliction sans mesure. Et lorsque nous paraissons devant vous, pour vous appeler notre mère, vous vous souvenez de ces mots sacrés, par lesquels Jésus-Christ vous établit telle * ; de sorte que vos entrailles ^ s'émeuvent sur nous comme sur les enfants de votre douleur.
Souvenons-nous donc, Chrétiens, que nous sonmies enfants de Marie, et que c'est à la croix qu'elle nous engendre. Méditons ces belles paroles, que nous adresse l'Ecclésiastique, c. vu : « Gemitus matris tuœ ne ohliviscaris'' : N'oublie pas les gémissements de ta mère. » Quand le monde t'attire par ses voluptés, pour détourner l'imagination de ses délices pernicieuses, souviens-toi des pleurs de Marie; et n'oublie jamais les gémissements de cette mère si charitable : Ne ohliviscaris gemitus. Dans les tentations violentes, lorsque tes forces sont presque abattue[s], que tes pieds chancellent dans la droite voie, que l'occasion, le mauvais exemple ou l'ardeur de la jeunesse te presse, n'oublie pas les gémissements de ta mère ; souviens-toi des pleurs de Marie et des incroyables douleurs qui ont déchiré ® son âme au Calvaire. Misérable, que veux-tu faire ? Veux-tu élever encore une croix pour y attacher Jésus-Christ ? Veux-tu faire voir à Marie son fîls crucifié encore une fois, couronner sa tête d'épines, fouler aux pieds, à ses yeux', le sang du Nouveau Testament, et, par un si triste spectacle, rouvrir encore toutes les blessures de son amour maternel ?
Ha ! mes Frères, ne le faisons pas : souvenons-nous des pleurs de Marie, souvenons-nous des gémissements parmi lesquels elle nous engendre ; c'est assez qu'elle ait souffert une fois, ne renouvelons pas ses douleurs. Au contraire, expions nos fautes par l'exercice de la
1. Deforis, Yersailles, etc. : ci qui, 3. Deforis corrige : ft dans cette étant son dernier adieu, entrèrent qualité. »
dans votre cœur...,)) lambeaux d'une 4. Yar. : et vo.s entrailles,
autre rédaction, préférée au texte. ô. Eccli., vu, 29.
2. Var. : à, la façon d"un glaive ti. Var. : percé, tranchant. 7. Var. : devant elle.
POIR I,A FÊTE nu ROSAIRE. 315
pénitence. Songeon.s que nous sonniies enfants de douleurs, et que les plaisirs ne sont pas pour nous. Jésus- Christ nous enfante en mourant, Marie est notre mère par l'affliction ; et nous engendrant de la sorte, tous deux nous consacrent à la pénitence. Ceux qui aiment lapénitence sont les vrais enfants de Marie ^ : car où a-telle trouvé ses enfants? Les a-t-elle trouvés parmi les plaisirs, dans la poiTipe, dans les grandeurs et dans les délices du monde? Non, ce n'est pas là qu'elle les rencontre : elle les trouve avec Jésus-Christ, et avec Jésus- Christ souffrant ; elle les trouve aux pieds de sa croix, se crucifiant avec lui, s'arrosant de son divin sang, et buvant l'amour des souffrances aux sources sanglantes de ses blessures. Tels sont les enfants de Marie. Ha ! mes Frères, nous n'en sommes pas, nous ne sommes pas de ce nombre. Nous ne respirons que l'amour du monde, son éclat, son repos et sa liberté : liberté fausse et imaginaire, par laquelle nous nous trouvons engagés à la damnation éternelle !
INIais, ô bienheureuse Marie, nous espérons que, par vos prières, nous éviterons tous ces maux qui menacent notre impénitence. Faites donc, mère charitable, que nous aimions le Père céleste, qui nous adopte par son amour, et ce Rédempteur miséricordieux, qui nous engendre par ses souffrances". Faites que nous aimions la croix de Jésus, afin cjue nous soyons vos enfants; afin que vous nous montriez un jour, dans le ciel, le fruit de vos bénites entrailles, et que nous jouissions avec lui de la gloire que sa l)onté nous a pi'éparée. ,1 uicn.
1. Cette phrase et la précédente 2. Cette simple et touchante prière
sont soulignées au manuscrit. résume tout le discours.
à Paris, à rHopital général, 30 juin JCmT.
Nous avons dit ci-dessus (p. 119) ([ue le panégyrique de saint Joseph, qu'entendirent les Feuillants le 19 mars 1657, dut être non le Dcpositum custodi, mais le Qusesivit sibi Deus. Toutefois, dans sa forme actuelle, ce dernier discours appartient incontestablement au Carême des Carmélites. Nous le donnerons dans le volume suivant, à l'année 1661.
Dans la série chronologique des œuvres conservées, il nous faut donc dès maintenant passer au Panégyrique de saint Paul. C'est en dehors du manuscrit, malheureusement égaré, que nous avons dû chercher la date de cette œuvre si justement célèbre. Nous n'hésitons pas à revenir à celle qu'avait proposée M. Floquet (Études..., t. I, p. 404). L'orateur lui-même nous y invite par cette allusion à l'ouverture récente de l'Hôpital général : « Mais jetez encore les yeux sur les nécessités temporelles de tant de pauvres qui crient après vous. Ne semble-t-il pas qxie la divine Providence ait voulu les unir ensemble dans cet Hôpital merveilleu.v, afin que leur voix fût plus forte et qu'ils pussent plus aisément émouvoir vos cœurs? » Ces quelques mots sont beaucoup plus significatifs que les contrastes et les rapprochements les plus ingénieux imaginés par M. Gandar. En revanche, on trouvera, dans Bossuet orateur (p. 267 et suiv.), une bonne étude littéraire sur cet admirable discours. Antérieurement peut-être, mais à une date que l'abbé Ledieu ^ n'a pas précisée, Bossuet avait prêché un autre panégyrique du saint, destiné à la fête de sa Conversio7i (25 janvier). C'était le Surrexit Saidus, non moins admiré des contemporains que le Placeo mihi.
Placeo mihi in infirmitatibus meis...:
cum enim infirmur, tiinc potens sum,.
Je ne me plais que dans mes faiblesses : car lorsque je me sens faible, c'est alors que je suis puissant.
(II Cor., XII, 10.)
Dans le dessein que je me propose de faire aujourd'hui le panégyrique du plus illustre des prédicateurs et du plus zélé des apôtres, je ne puis vous dissimuler que je