I.Var. :bas. W. lu Muttlutum Comment., ii
'2. Supposotig. non pas /«/yo»,» luir Bossuct reprendra cette idée dans ic
fiipp(ii:ition, une hypothèse contes- sermon .yur la Prcdicatinn. vn l(i(!l.
ralili', mais posons pour fondement, 4. Cf.: Domine, ad qnem ihinmsf
tênuiis pour certain. Voir plus loin : Verha ri/a- œternœ liahef. (Joan.,
(I Cette vérité étant supposée... » vi. '>'.•.*
Après cette belle doctrine, il est bien aisé de comprendre que la prédication des apôtres, soit qu'elle sorte toute vivante de la bouche de ces grands hommes, soit qu'elle coule dans leurs écrits pour y être portée aux âges suivants, ne doit rien avoir qui éclate. Car, mes Frères, n'entendez-vous pas, selon la pensée de saint Paul, que ce Jésus, qui nous doit paraître et dans sa chair et dans sa parole, veut être humble dans l'une et dans l'autre?
De là ce rapport achnirable entre la personne de Jésus-Clirist et la parole qu'il a ins]:)irée : Lac est crcdentibus, cîhiis est iiitcUigcntibiis. La chair qu'il a prise a été infirme, la parole qui le prêche est sim{)le : nous adorons en notre Sauveur la bassesse mêlée avec la grandeur. Il en est ainsi de son Écriture : tout y est grand et tout y est bas, tout y est riche et tout y est jiauvre ; et en l'Évangile comme en Jésus-Christ, ce que l'on voit est faible et ce que l'on croit est divin. Il y a des lumières <lans l'un et dans l'autre ; mais ces lumières dans l'un et dans l'autre sont enveloppées de nuages : en Jésus par l'infirmité de la chair, et en l'Écriture divine par la simj)licité de la lettre. C'est ainsi que Jésus veut être prêché, et il dédaigne pour sa parole, aussi bien f[ue ]iour sa personne, tout ce que les hommes admirent.
N'attendez donc pas de l'Apôtre, ni qu'il vienne flatter les oreilles par des cadences harmonieuses, ni qu'il veuille charmer les esprits par de vaines curiosités. Écoutez ce qu'il dit lui-même : Nous prcchons une sagesse cachée; nous prêelions un Dieu crucifié. Ne cherchons pas de vains ornements à ce Dieu qui rejette tout l'éclat du monde. Si notre simplicité déplaît aux superbes, cfu'ils sachent que nous voulons leur déplaire, que Jésus- Christ dédaigne leur faste insolent, et qu'il ne veut être connu que des humbles. Abaissons-nous donc à ces humbles ; faisons-leur des prédications dont la bassesse tienne quelque chose de l'humiliation de la croix, et qui soient dignes de ce Dieu qui ne veut vaincre que par la faiblesse.
C'est jiour ces solides raisons que saint Paul rejette tous les artifices de la rhétorique. Son discours, bien loin de couler avec cette douceur agréable, avec cette
32() PANKGYIUQI K I)K SAINT PAl L.
éii-alité tempérée que nous admirons dans les orateurs, paraît inégal et sans suite à ceux qui ne l'ont pas assez pénétré ; et les délicats de la terre, qui ont, disent-ils, les oreilles fines, sont offensés de la dureté de son style irrégulier. Mais, mes Frères, n'en rougissons pas! Le discours de l'Apôtre est simple, mais ses pensées sont toutes divines. S'il ignore la rhétorique, s'il méprise la ]jhilosophie, Jésus-Christ lui tient lieu de tout ; et son nom qu'il a toujours à la bouche, ses mystères qu'il tiaite si divinement, rendront sa simplicité toute-puissante. Il ira, cet ignorant dans l'art de bien dire, avec cette locution rude, avec cette phrase qui sent l'étranger, il ira en cette Grèce polie, la mère des philosophes et des orateurs ; et malgré la résistance du monde, il y établira plus d'Églises que Platon n'y a gagné de disciples par cette éloquence (ju'on a crue divine. 11 prêcliera Jésus dans Athènes, et le plus savant ^ de ses sénateurs passera de l'Aréopage en l'école de ce barbare. Il poussera encore plus loin ses conquêtes, il abattra aux pieds du Sauveur la majesté des faisceaux romains en la personne d'un proconsul ", et il fera trembler dans leurs tribunaux les juges devant lesquels on le cite. Rome même entendra sa voix ; et un jour cette ville maîtresse se tiendra bien plus honorée d'une lettre du style de Paul adi'essée à ses citoyens, que de tant de fameuses Jiarangues qu'elle a entendues de son Cicéron.
Et d'où vient cela. Chrétiens? C'est que Paul a des moyens pour jiersuader, que la Grèce n'enseigne pas et que Rome n'a pas appris. Une puissance surnaturelle, qui se plaît de relever ce que les superbes méprisent, s'est répandue ' et mêlée dans l'auguste simplicité de ses paroles. ])e là vient que nous admirons dans ses admirables épîtres une certaine vertu plus qu'humaine qui persuade contre les règles, ou plutôt qui ne persuade pas tant Cju'elle captive les entendements ; qui ne flatte pas les oreilles, mais qui porte ses coups droit au cœur. De même qu'on voit un grand fleuve " qui retient encore,
\. Le pl>i!< Koruiit. saint Denis secrète s"esr répandue.
FAréopagite. 4. Passage reproiluit dans le scr-
•-'. Ce proconsul s'appelait Sergius mou de la Diriuiti' de la reliy'wn.
Panlus. (Act., xiii, fi-12.) (Ifid;-).)
3, Yar. : Je ne sais quelle vertu
PANÉGYRIQUE 1)K SAINT PAl L. 327
coulant dans la plaine, cette force violente et impétueuse (ju'il avait acquise aux montagnes d'où il tire son origine \ ainsi cette vertu céleste qui est contenue dans les •écrits de saint Paul, même dans cette simplicité de style, conserve toute la vigueur qu'elle apporte du ciel d'où elle descend.
C'est par cette vertu divine ([ue la simplicité de l'Apôtre a assujetti toutes ciioses. Elle a renversé" les idoles, établi la croix de Jésus, persuadé à un million d'hommes de mourir pour en défendre la gloire ; enfin, dans ses admirables épîtres, elle a expliqué de si grands secrets qu'on a vu les plus sublimes esprits, après s'être exercés longtemps dans les plus hautes spéculations où pouvait aller la philosophie, descendre de cette vaine hauteur où ils se croyaient élevés, pour apprendre à bégayer humblement dans l'école de Jésus-Christ sous la discipline de Paul.
Aimons donc, aimons, Chrétiens, la sinqilicité de Jésus, aimons l'Évangile avec sa bassesse, aimons Paul dans son style rude, et profitons d'un si grand exemple. Xe regardons pas les prédications comme un divertissement de l'esprit ; n'exigeons pas des prédicateui-s les agréments de la rhétorique, mais la doctrine des Écritures. Que si notre délicatesse, si notre dégoût les contraint à chercher des ornements étrangers pour nous attirer par quelque moyen à l'Évangile du Sauveur Jésus, distinguons l'assaisonnement de la nourriture solide. Au milieu des discours qui plaisent, ne jugeons rien de digne de nous que les enseignements qui édifient^ ; et accoutumons-nous tellement à aimer Jésus-Christ tout seul dans la pureté naturelle de ses vérités toutes saintes, que nous voyions encore régner dans TÉgiise
l.V:»r. : d'où ^;es eaux sont préci- nelle) : elle a confondu l'audace
l'itées. obstinée des faux zélateurs de la
2. Var. : Elle a réprimé la fierté Loi, qui voulaient charger les fidèles
des Juifs, qui se glorifiaient trop de ses dures obligations. — • Cette
insolemment des promesses faites à rariante que nous empruntons aux
leurs pères : elle a dompté l'orgueil anciens éditeurs est selon toute
des Gentils, qui s'enflaient des faus- apparence, un passage efl'acé. une
ses gi-andem-s de leur vaine philoso- première rédaction,
phie ; elle a humilié les uns et les S. Yar. : Xe nous arrêtons pas
autres sous la grâce de Jésus-Christ aux discours qui plaisent, mais aux
et sous sa prédestination éternelle enseignements qui instruisent. ( Lâchât : sous sa prédication éter-
cette i)remière simplicité qui a fait dire au divin Apôtre: « Cum infirmor, tune potens sum : Je suis puissant parce que je suis faible » ; mes discours sont forts parce qu'ils sont simples; c'est leur simplicité innocente qui a confondu la sai>esse humaine. Mais, grand Paul, ce n'est pas assez : la puissance vient au secours de la fausse sagesse, je vois les persécuteurs qui s'élèvent. Après avoir fait des discours où votre simplicité persuade, il faut vous préparer aux combats où votre faiblesse triomphe ; c'est ma seconde paj-tie.
Second Point.
C'est donc un décret de la Providence que, })our annoncer Jésus-Christ, les paroles ne suffisent pas : il faut (juelque chose de plus violent pour persuader le monde endurci. Il faut lui parler par des plaies, il faut l'émouvoir par du sang ' ; et c'est à force de souffrir, c'est par les supplices c|ue la religion chrétienne doit vaincre.sa dureté obstinée. C'est, Messieurs, cette vérité, c'est cette force persuasive du sang épanché pour le Fils de l^ieu, qu'il faut maintenant vous faire comprendre par l'exemple du divin Apôtre ; mais, pour cela, remontons à la source.
Je suppose donc. Chrétiens, qu'encore que la parole du Sauveur des âmes ait une efficace divine, toutefois sa force de persuader consiste principalement en son sang ; et vous le pouvez aisément comprendre par l'histoire de son Evangile. Car qui ne sait que le Fils de Dieu, tant qu'il a prêché sur la terre, a toujours eu peu de sectateurs, et cjue ce n'est que depuis sa mort que les peuples ont couru à ce divin maître? Quel est. Messieurs, ce
I. Var. : C'est pourquoi Tertullien esprits par sa hauteiii-, effrayer les
(lit. et il le prouve par les exemples sens par sa sévérité, qu'elle se pré-
(le l'ancienne et de la nouvelle al- pare à combattre ! Elle est obligée
liance, que la foi est obligée au au martj're, parce qu'elle doit du
martyre : « Talia primordia et exem- sang : elle en doit au divin Sauveur
pla dchitricem murfi/rii fidcm osf.en- ipii nous a donné tout le sien : elle
durit. Quand la foi, dit-il. s'expose en doit aux vérités qn'elle jirêche.
au martyre, ne croyez pas qu'elle qui méritent d'être confirmées jiar
fasse un présent ; c'est une dette ce témoignage ; elle eu doit au
dont elle s'acquitte. » Puisqu'elle monde rebelle, qu'elle ne peut ga-
vient étonner le monde par la nou- gner que par ses souft'rances. veanté de sa doctrine, troubler les
nouveau miracle? Méprisé et abandonné pendant tout le cours de sa vie, il connnence à régner après qu'il est mort. Ses paroles toutes divines, qui devaient lui attirer les respects des hommes, le font attacher à un bois infâme; et l'ignominie de ce bois, qui devait couvrir ses disciples d'une confusion éternelle, fait adorer par tout l'univers les vérités de son Évangile. N'est-ce pas pour nous faire entendre que sa croix, et non ses paroles, devait émouvoir les cœurs endurcis, et que sa force de persuader était en son sang répandu et dans ses cruelles blessures ?
La raison d'un si grand m3stère mériterait bien d'èti'e pénétrée, si le sujet que j'ai à traiter me laissait assez de loisir pour la mettre ici dans son jour. Disons ^ seulement en peu de paroles que le Fils de Dieu s'était incarné afin de porter sa parole en deux endroits différents : il devait parler à la terre, et il devait encore parler au ciel. Il devait parler à la terre par ses divines jirédications ; mais il avait aussi à i)arler au ciel par l'effusion de son sang, qui devait fléchir sa rigueur en expiant les péchés du monde. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul dit que « le sang du Sauveur Jésus crie bien mieux (jue celui d'Abel : Md'uis clamuntcm quam Ahel ' » ; parce que le sang d'Abel demande vengeance, et le sang de notre Sauveur fait descendre la miséricorde. Jésus-Christ devait donc parler à son Père aussi bien qu'aux hommes, au ciel aussi bien (pi 'à la terre.
Mais il faut remarquer ici un secret de la Providence : c'est que c'était au ciel qu'il fallait parler afin que la
1. Var. : Di!«oij!--eii .seiilemeiit ce il ne pouvait descendre plus bas. mot. que notre Sauveur Jésus-Uhiist c'est là (ju'il a commencé à se releétant venu au monde pom- s'humi- vei', et cette course de ses abaisselier. tant qu'il y a eu quelque igno- meuts étant achevée i)ar sa croix, il minie à laquelle il a pu descendre. a été couronné de gloire. Aussitôt la confusion l'a suivi jjartout. De là son Pore céleste a donné une effivierit (pie tous ses mystères sont cace divine au sang qu'il avait réune chute continuelle. Il est tombé pandu : et pour honorer ce cher Fils, ilu ciel en la terre, de son trône dans il a changé l'instrument du plus une crèche, de la bassesse de sa infâme supplice en une machine naissance jiremièrement à l'obscu- céleste pour attirer à lui tous les rite, après aux afflictions de sa vie, cœurs.
et de là enfin à sa mort honteuse. 2. Hebr.. Xli, 21. Vulg. : Mcliiis
Mais c'était le terme ordonné où Inijuentem. Bossuet a mis clamanfvm
devaient finir ses bassesses. Comme par l'influence de Gen., i v, 10.
330 panégyriqi:k de saint paul,
terre fût persuadée. Et cela, pour quelle raison'? C'est que la grâce divine, qui devait amollir les cœurs, devait être envoyée du ciel. Par exemple, vous avez beau semer votre grain sur cette terre toute desséchée, vous recueillerez peu de fruit si la ])luie du ciel ne la rend féconde. Il en est à peu près de même dans la vérité que je vous explique. Lorsque mon Sauveur a parlé aux hommes, il a seulement semé sur la terre, et cette terre ingrate et stérile lui a donné peu de sectateurs ; il faut donc maintenant qu'il parle à son Père, il faut que, se tournant du côté du ciel, il y porte la voix de son sang. C'est alors, Messieurs, c'est alois que, la grâce tombant avec abondance, notre terre donnera non fruit ' : alors le ciel apaisé persuadera aisément les hommes, et la parole qu'il a semée fructifiera [)ai- tout l'univers. De là vient qu'il a dit lui-même : Quand j'aurai été élevé de terre, quand j'aurai été mis en croix, (juand j'aurai répandu mon sang, « je tirerai à moi toutes choses : Omnia tralunn ad vicipsuw '' ; » nous montrant, par cette parole, que sa force était en sa croix et que son sang lui devait attirer le monde.
Cette vérité étant supposée, je ne m'étonne pas, Chrétiens, que l'Église soit établie par le moyen des persécutions. Donnez du sang, bienheureux apôtre^; votre Maître lui donnera une voix capable d'émouvoir le ciel et la terre. Puisqu'il vous a enseigné que sa force consiste en sa croix, portez-la par toute la terre, cette croix victorieuse et toute-puissante ; mais ne la portez pas imprimée sur des marbres inanimés, ni sur des métaux insensibles ; portez-la sur votre corps même, et abandonnez-le ^ aux tyrans, afin Cfue leur fureur y puisse graver *^ une image vive et naturelle de Jésus-Christ crucifié.
C'est ce qu'il va bientôt entreprendre'. Il ira par toute la terre ; Chrétiens, pour quelle raison? C'est afin,
1. Var. : Et la raison en est évi- i|ui fera naître des chrétiens par tout dente, parce qne... l'univers: Seiiicn est .miiffuis c/iri-