Yar. : le principe. vanité: une autre passion s'élève
2. Ces considérations seront repri- et une autre idole se f oi-me. Enfin ses dans le sermon de la Conception. autant de vices qui nous captivent en 1669. autant de passions qui nous domi-
3. Yar.: O homme, tu soupires nent: ce sont autant de fausses diviaprés le plaisir, et voilà ta première nités, par lesquelles nous excitons idole. Mais ce qui te donne le plai- Dieu à jalousie. Et ne sont-ce pas sir ne te donne pas la fortune : et en effet des divinités, puisque nous cette fortune que tu poursuis, à les préférons à Dieu, puisqu'elles laquelle tu sacrifies tout, est une nous le font oublier, et même le médivinité que tu sers. Mais peut-être connaître '/
<]ue ta fortune ne satisfera pas à ta
352 PANÉGYRIQUE DE SAIN'l VICTOR.
tant nous faisons-nous de maîtres ; et ces maîtres que nous mettons sur nos têtes, craindrons-nous de les appeler nos divinités ? Et ne sont-ils pas plus c|ue nos dieux, si je puis parler de la sorte, puisc|ue nous les préférons à Dieu même?
Mais pour nous convaincre. Messieurs, d'une idolâtrie plus criminelle, considérons, je vous prie, quelle idée nous avons de Dieu. Qui de nous ne lui donne pas une forme et une nature étrangère, lorsque ayant le cœur éloigné de lui, nous croyons néanmoins l'honorer par certaines prières réglées que nous faisons passer sur le bord des lèvres par un mvumure inutile? Et celui qui croit l'apaiser en lui présentant par aumônes quelque partie de ses rapines ; et celui qui, observant daais sa sainte loi ce qu'il trouve de plus conforme à son humeur, croit par là s'acquérir le droit de mépriser impunément tout le reste; et celui qui, multipliant tous les jours ses crimes sans prendre aucun soin de se convertir, ne parle que de pai'don et ne prêche que miséricorde : en vérité. Messieurs, se figure-t-il Dieu tel qu'il est? Eh quoi ! le Dieu des chrétiens, est-ce un Dieu qui se paye de vaines grimaces, ou qui se laisse corrompre par les présents, ou qui souffre qu'on se partage entre lui et le monde, ou qui se dépouille de sa justice pour laisser gouverner le monde par ime bonté insensible et déraisonnable, sous laquelle les péchés seraient impunis ? Estce Là le Dieu des chrétiens? N'est-ce pas plutôt une idole formée à plaisir et au gré de nos passions?
Et d'où est né en nous ce dessein, de faire Dieu à notre mode, sinon de ce vieux levain de l'idolâtrie, qui faisait crier autrefois à ce peuple : « Faites-nous, faitesnous des dieux : Fac nohis deos ^ ? « Et pourquoi voulons-nous nous faire des dieux à plaisir, sinon pour dépouiller la Divinité des attributs qui nous choquent, qui contraignent la liberté ou plutôt la licence immodérée que nous donnons à nos passions ; si bien que nous ne défigurons la Divinité, qu'afin cjue le péché triomphe à son aise, et que nous ne connaissions plus d'autres dieux que nos vices, et nos fantaisies, et nos