Var. : la liberté. 2. T Oor., vu
Sonnons île B(is>iuet — II. 23
fait l'un et l'autre' en disant à l'affranchi' qu'il est serviteur, et au serviteur qu'il est affranchi. Par la première de ces paroles il donne comme un contrepoids à la liberté, de peur qu'elle ne s'emporte ; il semble, par la seconde, qu'il lâche la main à la contrainte, tle peur qu'elle ne se laisse accabler ; et il nous apprend ^ par toutes les deux cette vérité importante, que* le chrétien doit mêler dans toutes ses actions et la li})erté et la contrainte : jamais tant de liberté, que nous n'y donnions toujours quelques bornes qui nous contraignent ; et jamais tant de contrainte, que nous ne sachions toujours conserver une sainte liberté d'esprit, et joindre par ce moyen la liberté et la servitude.
Mais cette liberté et cette contrainte, qui se trouvent jointes selon l'esprit dans tous les véritables enfants de Dieu, il a plu à la Providence qu'elles" fussent unies en notre martjT, même selon le corps, et en le pi'enant à la lettre. Son historien ^ nous apprend une particularité remarquable : c'est qu'ayant été arrêté par l'ordre de l'empereur pour la cause de l'Ëvangile, il demeurait captif durant tout le jour, et qu'un ange le délivrait toutes les nuits : tellement que nous pouvons dire qu'il était prisonnier et libre, Mais ce qui fait le plus à notre sujet, c'est que, dans l'un et dans l'autre de ces deux états, il travaillait toujours au salut des âmes ; puisque, ainsi que nous lisons dans la même histoire, étant renfermé dans la prison, il convertissait ses propres gardes, et qu'il « n'usait de sa liberté que pour affermir^ en Jésus-Christ l'esprit de ses frères, ut chnstianonim paventia corda confîrmaret. »
Durant le temps des persécutions, deux spectacles de piété édifiaient les hommes et les anges : les chrétiens en prison, et les chrétiens en liberté, qui semblaient en quelque sorte disputer ensemble à qui gloi-ifierait le mieux Jésus-Christ, quoique par des voies différentes ;
1. Yar. : entreprend de le faire. contrainte salutaire non? devons
■'. Var. : au libre. toujovws conserver...
.-). Var. : par cette doctrine cette .5. Var. : ?e rencontra.ssent.
vérité admirable, que .. t>. Passio s. Victoria (Cf. Ruinart.
4. Yar.: dans Tétendue delà li- Acta ^falil/rum. l(>Si>.m-4. p. aOb). berté nous devons nous donner ton- 7. Yar. : fortifier.
jour.s quelques bornes : et dans cette
et il faut que je vous donne en peu de paroles une description de leurs exercices : mon sujet en sera éclairci, et votre piété édifiée. Faisons donc, avant toutes choses, la peinture d'un chrétien en prison. O Dieu, que son visage es-t égal et que son action est hardie ! mais que cette hardiesse est modeste, mais que cette modestie est généreuse ! et qu'il est aisé de le distinguer de ceux que leurs crimes ont mis dans les fers ! Qu'il sent bien qu'il souffre pour la bonne cause, et que la sérénité de ses regards rend un illustre témoignage à son innocence ! Bien loin de se plaindre de sa prison, il regarde le monde au contraire comme une prison véritable. Non, il n'en connaît jooint de plus obscure, puisque tant de sortes d'erreurs }■ éteignent la lumière de la vérité ; ni qui contienne plus de criminels, puisqu'il y en a presque autant que d'hommes ; ni de fers plus durs que les siens, puisque les âmes mêmes en sont enchaînées ; ni de cachot plus rempli d'ordures, par l'infection de tant de péchés. Persuadé de cette pensée, il croit que ceux qui l'arrachent du milieu du monde, en pensant le rendre captif, le tirent d'une captivité plus insupportable, et ne le jettent pas tant en prison cju'ils ne l'en délivrent réellement : Si recogitemiin ipswv magis imindum carce rem esse, e'xisse vos c carcere, quam in curcerem introisse intelligemvs \
Ainsi, dans ces prisons bienheureuses dans lesquelles les saints martyrs étaient renfermés, ni les plaintes, ni les murmures, ni l'impatience n'y paraissaient pas: elles devenaient des temples sacrés, qui résonnaient nuit et jour de pieux cantiques. Leurs gardes en étaient émus ; et il arrivait, pour l'ordinaire, qu'en gardant les martyrs, ils devenaient chrétiens. Celui qui gardait saint Paul et Silas fut baptisé par l'Apôtre^; les gardes de notre saint se donnèrent à Jésus-Christ par son entremise. C'est ainsi que ces bienheureux prisonniers avaient accoutumé de gagner leurs gardes, et à peine en pouvait-on trouver^ d'assez durs pour être à l'épreuve de cette corruption innocente. -Niais s'ils travaillaient à gagner leurs gardes, ce n'était pas pour forcer leurs
1. TertuU., ad Mart.. n. 2. :!. Var. : on avait peine à en trou-