Ajct.. XVI, 33. ver qui fussent
prisons ; ils ne tâchaient, au contraire, de les attirer que pour les rendre prisonniers avec eux, et en faire des compagnons de leurs chaînes. Long in, Alexandre et Félicien, qui étaient les gardes de saint Victor, les portèrent avec lui et sont arrivés devant lui à la couronne du martyre. O gloire ^ de nos prisonniers, qui, tout chargés qu'ils étaient de l'ers, se rendaient maîtres de leurs propres gardes, pour en faire des victimes de Jésus- Christ ! Voilà, Messieurs, en peu de paroles, la première partie du tableau : tels étaient les chrétiens en prison.
Mais jetez maintenant les yeux sur ceux que la fureur publique avait épargnés : voici quels étaient leurs sentiments. Ils avaient honte de leur liberté, et se la reprochaient à eux-mêmes ; mais ils entraient fortement dans cette pensée que. Dieu ne les ayant pas jugés dignes de la glorieuse qualité de ses prisonniers, il ne leur laissait leur liberté que pour servir ses martyrs. Prenez, mes Frères, ces sentiments, que doit vous inspirer l'esprit du christianisme, et faites avec moi cette réflexion importante. Dieu fait un partage dans son Église : quelques-uns de ses fidèles sont dans les souffrances; les autres par sa volonté vivent à leur aise. Ce partage n'est pas sans raison, et voici sans doute le dessein de Dieu. Vous qu'il exerce par les afflictions, c'est qu'il veut vous faire porter ses marques ; vous qu'il laisse dans l'abondance, c'est qu'il vous réserve pour servir les autres. Donc, ô riches, ô puissants du siècle, tirez cette conséquence, que si, selon l'ordre des lois du monde, les pauvres semblent n'être nés que pour vous servir, selon les lois du christianisme, vous êtes nés pour servir les pauvres et soulager leurs nécessités.
C'est ce que croyaient nos ancêtres, ces premiers fidèles ; et c'est pourquoi, comme j'ai dit, ceux qui étaient libres pensaient n'avoir cette liberté que pour servir leurs frères captifs, et ils leur en consacraient tout l'usage. C'est pourquoi. Messieurs, les prisons publiques étaient le commun rendez-vous de tous les fidèles ; nul
1. Var. : 0 victoire de notre Vie- ces brave? soldats de l'Eglise éten-
tor, qui, tout prisonnier qu'il était, daient ses conquêtes par leur pa-
s'est rendu maître de ses propres tience, que faisaient cependant leurs
gardes, pour en faire des victimes frères que la fureur publique avait
de Jésus-Christ I Mais pendant que épargnés ?
obstacle, nulle appréhension, nulle raison humaine ne les arrêtait : ils y venaient admirer ces braves soldats, l'élite de l'armée chrétienne; et les regardant avec foi comme destinés au martyre, martyres designati \ ils les vo3'aient tout i-esplendissants de l'éclat (le cette couronne qui pendait déjà sur leurs têtes, et qui allait bientôt y êti"e appliquée. Ils les servaient humblement dans cette pensée, ils les encourageaient ^ avec respect ; ils pourvoyaient à tous leurs besoins avec une telle profusion, que souvent même les infidèles, chose que vous jugerez incroyable, et néanmoins très bien avérée^, souvent, dis-je, les infidèles se mêlaient avec les martyrs, pour pouvoir goûter avec eux les fruits de la charité chrétienne ; tant la charité était abondante, qu'elle faisait trouver des délices même dans l'horreur des prisons !
\ oilà, mes Frères, les saints emplois qui partageaient les fidèles durant le temps des persécutions. Que vous étiez heureuse, ô sainte Eglise, de voir deux si beaux spectacles : les uns souffraient pour la foi, les autres compatissaient par la charité ; les uns exerçaient la patience, et les autres la miséricorde ; dignes certainement les uns et les autres d'une louange immortelle ! Car à qui donnerons-nous l'avantage? Le travail des uns est plus glorieux, la fonction des autres est plus étendue ; ceux-là combattent les ennemis, ceux-ci soutiennent les combattants mêmes. Mais que sert de prononcer ici sur ce doute, puisque ces deux emplois différents que Dieu partage entre ses élus, il lui a plu de les réunir en la personne de notre martyr? Il est prisonnier et libre, et il plaît à notre Sauveur qu'il remporte la gloire de ces deux états. Victor désire ardemment l'honneur de porter les marques de Jésus-Christ. Voilà des chaînes, voilà des cachots, voilà une sombre prison : c'est de quoi imprimer sur son corps les caractères du Fils de Dieu, et les livrées de sa glorieuse servitude. Mais Victor, accablé de fers, ne peut avoir la gloire d'animer ses
1. TertulL, ad . !/«/•«., n. 1. Lucien, TTspl tyj? nepeypivou
2. Var. : excitaient, — exhor- tcXeutt)!; (La mort de Pérérfrinus). taient. n. 11-13.