En ti^piif. spirituellement. 2. Yar. : terrible
de Sicile si horrible que la nature l'a faite, la cour a des vagues plus furieuses, des abîmes plus creux, et des tempêtes plus redoutables. Comme c'est de la cour que dépendent toutes les affaires, et que c'est aussi là qu'elles aboutissent, l'ennemi du genre humain y jette tous ses appas, y étale toute sa pompe. I^à est l'empire de l'intérêt ; là est le tliéâtre des passions ; là elles se montrent les ])lus violentes ; là elles sont les plus déguisées. Voici donc François de Paule dans un nouveau monde. Il regarde ce mouvement, ces révolutions, cet empressement éternel, et uniquement pour des biens périssables, et pour une fortune qui n'a rien de plus assuré que sa décadence ; il croit que Dieu ne l'a amené en ce lieu, que pour connaître mieux jusqu'où se peut porter la folie des hommes.
A Rome, le Pape lui rend des lionneurs extraordinaires; tous les cardinaux le visitent. En France, trois grands rois ^ le caressent ; et après cela, je vous laisse à penser si tout le monde lui applaudit. A peine peut-il comprendre pourquoi on le respecte si fort. Il ne s'élève point parmi des faveurs si inespérées; c'est toujours le même homme, toujours humble, toujours soumis. Il parle aux grands et aux petits avec la même franchise, avec la même lil)erté : il traite avec tous indifféremment, par des discours simples, mais bien sensés, qui ne tendent qu'à la gloire de Dieu et au salut de leurs âmes. O personnage vraiment admirable ! Doux attraits de la cour, combien avez-vous corrompu d'innocents'! Ceux qui vous ont goûtés ne peuvent presque goûter autre chose. Combien avons-nous vu de personnes, je dis même des personnes pieuses, qui se laissent connue entraîner à la cour, sans dessein de s'y engager ! Oh ! non, ils se donneront bien de garde de se laisser ainsi captiver. Enfin l'occasion s'est présentée belle, le moment fatal est venu, la vague les a poussés, et les a emportés ainsi que les autres. Ils n'étaient venus, disaient-ils, que
1. Louis XI. Chai-les VIII et ]i;ir mie irli)rieiist' excejitioii. « qn'on Louis XII (()ui n't'tiiit encore (|\u' |)?iit cunserver riniiocence jianni les duc fVOrléans). faveurs de la cour. » (Cf. t. I.
2. La pieuse amie d'Anne d' A utri- ]>. KU. | Mais, grâce ù son expéche. la duchesse de Schouberg. pré- liencc. elle pouvait témoigner de la sente dans l'auditoire, avait montré, vérité de cette peinture.
pour être spectateurs de la comédie ; à la fin, à force de la regarder, ils en ont trouvé l'intrigue si belle, qu'ils ont voulu jouer leur personnage. La piété même s'y glisse, souvent elle ouvre des entrées favorables ; et après que l'on a bu de cette eau, tout le monde le dit, les historiens le publient, l'âme est toute changée par une espèce d'enchantement : c'est un breuvage charmé, qui enivre les plus sobres.
Cependant l'incomparable François de Paule est solitaire jusque dans la cour : rien ne l'ébranlé, rien ne l'émeut; il ne demande rien, il ne s'empresse de rien, non pas même pour l'établissement de son Ordre; il s'en remet à la Providence. Pour lui, il ne fait que ce qu'il a à faire, d'instruire ceux que Dieu lui envoie, et d'édifier l'Église par ses bons exemples. Je pense que je ne dirai rien qui soit éloigné de la vérité, si je dis que la cour de Louis XI devait être la plus raffinée de l'Europe : car, s'il est vrai que l'humeur du prince règle le? passions de ses courtisans, sous un prince si x'usé tout le monde raffinait sans doute ; c'était la manie du siècle, c'était la fantaisie de la cour. François de Paule regarde leurs souplesses avec un certain mépris. Pour lui, bien qu'il soit obligé de converser souvent avec eux, il conserve cette bonté si franche et si cordiale, et cette naïve enfance de son innocente simplicité. Chacun admire une si grande candeur, et tout le monde demeure d'accord qu'elle vaut mieux que toutes les finesses.
Ici, il me vient une pensée, de considérer lequel a l'âme plus grande et plus royale, de Louis ou de François de Paule. Oui, j'ose comparer un pauvre moine avec uii des plus grands rois et des plus politiques qui ait ^ jamais porté la couronne ; et, sans délibérer davantage, je donne la préférence à l'humble François. En quoi mettons-nous la grandeur de l'âme? Est-ce à prendre de nobles desseins ? Tous ceux de Louis sont enfermés dans la terre : François ne trouve rien qui soit digne de lui que le ciel. Louis, pour exécuter ce qu'il prétendait, ciierchait mille pratiques et mille détours ; et, avec sa puissance royale, il ne pouvait si bien nouer ses intrigues,
1. Aujourd'hui, il faudrait: fini lu Saiuic l'/V/yc, t. I. ji. 171. aient. Cf. sermon sur la Natirit,- ilc
Sermon? île Bossuet. — II. 3
34 PREMIER PANÉGYRIQIE
que souvent, un petit ressort venaait à manquer, toute l'entreprise ne fût renversée : François se propose de plus grands desseins ; et, sans aucun détour, y va par des voies très courtes et très assurées. Louis, à ce que remarque l'histoire, avec tous ses impôts et tous ses tributs \ à peine a-t-il assez d'argent dans ses coffres j)Our réparer les défauts de sa jiolitique : François rachète tous ses péchés, François gagne le ciel par ses larmes et par de pieux désirs ; ce sont ses richesses les plus précieuses, et il en a dans son cœur un trésor immense et une source infinie. I>ouis, en une infinité de rencontres, est contraint de plier sous les coups de sa mauvaise fortune ; et la fortune et le monde sont audessous de François. Enfin, pour vous faire voir la royauté de François, considérez ce prince qui tremble dans ses forteresses et au milieu de ses gardes. Il sent approcher une ennemie qui tranchera toutes ses espérances, et néanmoins il ne peut éviter ses attaques. Fidèles, vous entendez bien que c'est de la mort dont je parle. Regardez maintenant le pauvre François ; voyez, voyez si la mort lui fait seulement froncer les sourcils : il la contemple avec un visage riant, il lui montre l'endroit où elle doit frapper, il lui présente cette pourriture du corps. O mort ! lui dit-il, quoique le monde t'appelle cruelle, tu ne me feras aucun mal, tu ne m'ôteras rien de ce que j'aime; tu ne rompras pas le cours de mes desseins ; au contraire, tu ne feras qu'achever l'ouvrage que j 'ai commencé ; tu me déferas tout à fait des choses dont il y a si longtemps que je tâche de me dépouiller ; tu me délivreras de ce corps. O mort ! je t'en remercie : il y a près de quatre-vingts ans que je travaille moimême à m'en décharger.
O fermeté invincible de François de Paule ! ô grande âme et vraiment royale ! Que les rois de la terre se glorifient dans leur vaine magnificence : il n'y a point de royauté pareille à celle de François de Paule. Il règne sur ses appétits ; il est paisible, il est satisfait. I>a vie la plus heureuse est celle qui appréhende le moins la mort. Et c^ui de nous aime si fort le monde qu'il ne