Yar. : avec toutes ses extorsions violentes
DK SAINT FRANÇOIS DE PAILK. 35
désirât plutôt de mourir comme le pauvre François de Paule que comme le roi Louis XI ! Que si nous voulons mourir comme lui, il fauflrait vivre aussi comme lui. Sa vie a donc été bienheureuse. Il est vrai qu'il s'est affligé par diverses austérités; mais, souffrant pour l'amour de celui cjui seul avait gagné ses affections, sa charité charmait tous ses maux, elle adoucissait toutes ses douleurs. O puissance de la charité ! direz-vous. Mais le voulez-vous voir par l'exemple de saint François, un moment d'audience satisfera ce pieux désir.
[Second Point.]
Ne vous étonnez pas, Chrétiens, si, dans une vie si dure, si laborieuse, l'admirable François de Paule a toujours un air riant, et toujours un visage content. Il aimait, et c'est tout vous dire ; parce que, dit saint Augustin, « celui qui aime ne travaille pas : Qui amat, non Jahorat^. » Voyez les folles amours du siècle, comme elles triomphent parmi les souffrances. Or la charité de Jésus, venant d'une source plus haute, est aussi plus pressante et plus forte : Canta>i Christi itrget nos. Et encore que son cours soit plus réglé, il n'en est pas moins impétueux. Certes, il faut l'avouer, mes chers Frères, à notre grande confusion, cjue nous entendons peu ce que l'on nous dit de son énergie. Le langage de l'amour de Dieu nous est un langage barbare. Les âmes froides et languissantes conmie les nôtres ne comprennent pas ces discours, qui sont pleins d'une ardeur si divine : Non capit ignitum eJoquium frif^idum pectus, disait le dévot saint Bernard ~. Si je vous dis que l'amour de Dieu fait oublier toutes choses aux âmes qui en sont frappées ; si je vous dis qu'en étant possédées, elles en perdent le soin de leur corps, qu'elles ne songent presque plus ni à l'habiller, ni à le nourrir, comme peutêtre vous ne ressentez pas ces mouvements en vousmêmes, vous prendrez peut-être ces vérités pour des rêveries agréables ; et moi, qui suis bien éloigné d'une expérience si sainte, je ne pourrais jamais vous parler
1. fh Jocui.. Tract, xi.viir. n. 1. 2. lu ('nnt.. serin, r.xxix, ii. 1.
des doux transports de la charité, si je n'empruntais les sentiments des saints Pères.
Ëcoutez donc le grand saint Basile, l'ornement de l'Église orientale, le rempart de la foi catholique contre la perfidie arienne. Voici comme parle ce saint évêque : Sitôt que quelque rayon de cette première beauté commence à paraître sur nous, notre esprit, transporté par une ravissante douceur, perd aussitôt la mémoire de toiites ses autres occupations : il oublie toutes les nécessités de la vie. Nous aimons tellement cet amour bienheureux et céleste que nous ne pouvons plus sentir dhiutres flammes. Fidèles, que veut-il dire, « que nous aimons cet amour tout céleste, cœlestem illum ac plane beatum amantes amorem^? » C'est par l'amour qu'on aime : mais comment se peut-il faire qu'on aime l'amour ? Ha! c'est que l'âme fidèle, blessée de l'amour de son Dieu, aimant elle sent qu'elle aime, elle s'en réjouit, elle en triomphe de joie, elle commence à s'aimer elle-même, non pas pour elle-même, mais elle s'aime de ce qu'elle aime Dieu : Cœlestem ilhim ac plane beatum atnaiites auïorem. Et cet amour lui plaît tellement, ({u'en faisant toutes ses délices, elle regarde tout le reste avec indifférence. C'est ce que dit le tendre et affectueux saint Bernard", que celui qui aime, il aime: « Qui (imat, amat : Celui qui aime, il aime, d Ce n'est pas, ce semble, une grande merveille. Il aime, c'est-à-dire il ne sait autre chose qu'aimer; il aime, et c'est tout, si vous me ]iermettez cette façon de parler familière. L'amour de Dieu, quand il est dans une âme, il change tout en soi-même ; il ne souffre ni douleur, ni crainte, ni espérance que celle qu'il donne.
François de Paule, ô l'ardent amoureux ! il est blessé, il est transporté ; on ne peut le tirer de sa chère cellule, parce qu'il }• embrasse son Dieu en paix et en solitude. L'heure de manger arrive : il a une nourriture plus agréable, goûtant les douceurs de la charité. La nuit l'invite au repos : il trouve son véritable repos dans les chastes embrassements de son Dieu. Le roi le demande avec une extrême impatience : il a affaire, il ne peut
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quitter ; il est renfermé avec Dieu dans de secrètes connnunications. On frappe à sa porte avec violence ; la charité, qui a occupé tous ses sens par le ravissement de l'esprit, ne lui permet d'entendre autre chose que ce que Dieu lui dit au fond de son cœur dans un saint et ineffable silence. C'est qu'il aime son Dieu, et qu'il aime tellement cet amour qu'il veut le voir tout seul dans son cœur; et autant qu'il lui est possible, il en chasse tous les autres mouvements. Comme chacun parle de ce qu'il aime, et que l'aimable François de Paule n'aime que ce saint et divin amour, aussi ne parle-t-il pas^ d'autre chose. Il avait gravé bien profondément au fond de son âme cette belle sentence du saint Apôtre : « Omnia vestra in charitate fiant ^ : Que toutes vos actions se fassent en charité. )) Allons en charité, disait-il, faisons par charité : c'était la façon de parler ordinaire que ce saint homme avait toujours à la bouche, fidèle interj^rète du cœur. De cette sorte, tous ses discours étaient des cantiques de l'amour divin, qui calmaient tous ses mouvements, qui enflammaient ses pieux désirs, qui charmaient toutes les douleurs de cette vie misérable.
Mais encore est-il nécessaire que je tâche de vous faire comprendre la force de cette parole, qui était si familière au saint dont nous célébrons les louanges. Comprenez, comprenez. Chrétiens, combien doivent être divins les mouvements des âmes fidèles. L'antiquité profane consacrait toutes nos affections et en faisait ses divinités, et l'amour avait ses temples dans Rome, pour ne pas parler en ce lieu de ceux de la peur et des autres passions plus basses. Quand ils se sentaient possédés de quelque mouvement extraordinaire, ils croyaient qu'il venait d'un dieu, ou bien cjue ce désir violent était luimême leur dieu : An sua cniquc deus fit dira cupido-} Permettez-moi ce petit mot d'un auteur profane, que je m'en vais tâcher d'effacer par un passage admirable d'un auteur sacré. Il n'y a que les chrétiens qui puissent se vanter que leur amour est un Dieu. « Dieu est amour ; Dieu est charité, dit le hien-aimé disciple : Dn/.s caritas cst^. » « Et puisque Dieu est charité, poursuit-il, celui