‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 241 sur 397 · C. Hebr.. l!i · texte numérisé non relu

C. Hebr.. l!i

incertain, craignant que la violence des vents et des flots irrités ne le pousse contre des écueils, commande aussitôt que l'on jette l'ancre; et cette ancre lui fait trouver la consistance i:)armi les flots, de peur que le vaisseau ne soit emporté : la terre au milieu des ondes est comme un port parmi les orages.

C'est ainsi, ô enfants de Dieu, et pour retourner à notre sujet après cette digression nécessaire, c'est ainsi, divine Thérèse, que votre âme s'établit au ciel. Battue de l'orage et des vents cjui agitent la vie humaine comme un océan plein d 'écueils, et ne pouvant encore arriver au ciel, vous y jetez cette ancre sacrée, je veux dire votre espérance ; par laquelle étant attachée dans cette bienheureuse terre des vivants, vous trouvez la patrie même dans l'exil, la consistance dans l'agitation, la tranquillité dans la tourmente ; et mêlée avec les esprits célestes, auxquels votre esprit ^ est uni, vous pouvez dire avec l'Apôtre : « Xostru autem conversaiio in cœlis est : Notre conversation est aux cieux. » Ne parlez donc plus à Thérèse de toutes les prétentions de la terre. Accoutumée à une autre vie, elle n'entend plus ce langage ; et son âme, élevée au ciel par la force de son espérance, n'a plus de goût ni de sentiment que pour les chastes voluptés des anges. Que le monde s'irrite contre elle, qu'il contredise ses pieux desseins, qu'il la déchire par ses calomnies, qu'on la traîne à l'Inquisition comme une femme qui donne la vogue <à des visions dangereuses ; qu'elle entende même les prédicateurs tonner publiquement contre sa conduite (car cela lui est arrivé, sa compagne en tremblant d'effroi) , et figurez-vous. Chrétiens, quelle devait être son émotion, se voyant ainsi attaquée dans une célèbre audience. Toutefois elle ne sent pas cet orage: toutes ces ondes, qui tombent sur elle, ne sont pas capables de l'ébi-anler. Son esprit demeure tranquille comme dans une grande bonace, au milieu de cette tempête; et cela, pour quelle raison? parce qu'il est solidement établi sur cette ancre immobile de son espérance.

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