‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 243 sur 397 · Kom.. Ml · texte numérisé non relu

Kom.. Ml

agiles, pourvu qu'elles puissent appuyer la main, porteront après aisément le corps ; ainsi l'espérance, qui est la main de l'âme, par laquelle elle s'étend aux objets : sitôt qu'elle s'est appuyée sur Dieu, elle est si forte et si vigoureuse, ({u'elle y enlève après l'âme tout entière. \ ivez donc heureuse, ô Thérèse, vivez avec cet Époux céleste, qui seul a pu gagner votre cœur. Si vous ne pouvez encore le joindre, envoyez votre espérance après lui ; et enrichie par cette espérance, méprisez hardiment tous les biens du monde. Car quelle possession se peut égaler à une espérance si belle, et quels biens présents ne céderaient pas à ce bienheureux avenir !

Où courez-vous, mortels abusés, et pourquoi allezvous errant de vanités en vanités, toujours attirés et toujours trompés joar des espérances nouvelles? Si vous rechercliez des biens effectifs, pourquoi poursuivez-vous ceux du monde, qui passent légèrement comme un songe? Et si vous vous repaissez d'espérances, que n'en choisissez-vous qui soient assurées? Dieu vous promet; pourquoi doutez-vous? Dieu vous parle; que ne suivezvous? Il vaut mieux espérer de lui que de recevoir les faveurs des autres; et les biens qu'il promet sont plus assurés que tous ceux que le monde donne. Espérez donc avec Thérèse ; et, pour voir manifestement combien est grand le bien qu'elle cherche, regardez de quelle ardeur elle y court et par quels désirs elle s'y élance : c'est ma seconde partie.

Deuxième Point.

C'est une loi de la Providence, que la jouissance succède aux désirs ; et le chrétien ne mérite pas de se réjouir dans le ciel, s'il n'a auparavant appris à gémir dans ce lieu de pèlerinage. Car, pour être vrai chrétien, il faut sentir qu'on est voyageur ; et vous m'avouerez aisément que celui-là ne le connaît pas, qui ne soupire j)oint après sa patrie. C'est pourquoi' saint Augustin a

1. \';u'. : Voulez- vùiis savoir, dit ceux qui géini.sseut, ceux à qui des

saint Augustin. (|ui sont ceux d"en- désirs ardents font sentir qu'ils sont

tre les mortels ((u'on verra un jour étrangers tant qu'ils vivent sur la

cito^ns de la Jérusalem bienheu- terre. Si vous n'avez pas ce désir,

reuse y Ce sont ceux qui pleurent. vous ne serez jamais habitants du

dit ces beaux mots, qui méritent bien d'être médités : « Qui non gémit peregrinus, non gaudchit civis ^ : Celui qui ne gémit pas comme voyageur, ne se réjouira pas comme citoyen » ; c'est-à-dire, si nous l'entendons, il ne sera jamais habitant du ciel, parce qu'il a voulu l'être de la terre ; puisqu'il refuse le travail du voyage, il n'aura pas le repos de la patrie ; et s'arrêtant où il faut marcher, il n'arrivera pas où il faut parvenir : Qui non gémit peregrinus, non gaudehit civis. Ceux au contraire qui déploreront leur exil, seront habitants du ciel, parce qu'ils ne veulent pas l'être de ce monde, et qu'ils tendent par de saints désirs à la Jérusalem bienheureuse. Il faut donc, mes Frères, que nous gémissions. C'est à vous, heureux citoyens de la céleste Jérusalem, c'est à vous qu'appartient la joie ; mais, pendant que nous languissons en ce lieu d'exil, les pleurs et les désirs font notre partage. Et David ' a exprimé nos vrais sentiments, quand il a chanté d'une voix plaintive^ : « Super fluminu BahiiJonia, illie sedimus et flevimus, dum recordaremur Sion ' : Assis sur les fleuves de Babylone, nous avons gémi et pleuré en nous souvenant de Sion. »

Remarquez ici, Chrétiens, les deux causes de la douleur que ressent ime âme pieuse qui attend avec l'Apôtre l'adoption des enfants de Dieu ''. Pour quelle cause soupirez-vous donc, âme sainte, âme gémissante, et quel est le sujet de vos plaintes? I.e prophète en rapporte deux : c'est le souvenir de Sion et les fleuves de Babylone. Pourquoi ne voulez-vous pas qu'elle pleure, éloignée de ce qu'elle cherche, et exposée au milieu de ce qu'elle fuit? Elle aime la paix de Sion, et elle se sent reléguée dans les troubles de Babylone, où elle ne voit que des eaux courantes, c'est-à-dire des plaisirs qui passent : Super flumina Bahylonis. Et pendant qu'elle ne voit rien qui ne passe, elle se souvient de Sion, de cette Jérusalem bienheureuse, où toutes choses sont ]>ernianentes.

ciel, parce que vous le voulez être de Babylone qui a compot^é ce

de ce monde, et que vous y vivez iisaume, recueilli dans le Psautier

comme citoyens et non pas comme avec les œuvres du Roi-prophète, voyageurs. ;>. Var. : d'un accent plaintif.

i. Eiiar. in Pml. cxLiii. n. 4. 4. Ps. cxxxvi. 1.

Page 1