‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 244 sur 397 · David est mis ici pour le psal- .'>. Rom,, viii · texte numérisé non relu

David est mis ici pour le psal- .'>. Rom,, viii

miste contemporain de la captivité

Ainsi, dans la diversité de ces deux objets, elle ne sait ce qui l'afflige le plus, de Babylone où elle se voit, ou de Sion d'où elle est bannie ; et c'est pour cela que sainte Thérèse ne peut modérer ses douleurs.

Que dirai-je ici. Chrétiens? qui me donnera des paroles, pour vous exprimer dignement la divine ardeur qui la presse? Mais quand je pourrais la représenter aussi forte et aussi fervente qu'elle est dans le cœur de T'hérèse, qui comprendra ce que j 'ai à dire ? et nos esprits attachés à la terre entendront-ils ces transports célestes? Disons néanmoins, comme nous pourrons, ce que son histoire raconte ; disons que l'admirable Thérèse, nuit et jour, sans aucun repos ni trêve, soupirait après son divin Époux ; disons que, son amour ' s'augmentant toujours, elle ne pouvait plus supporter la vie, qu'elle déchirait sa poitrine par des cris et par des sanglots, et que cette douleur l'agitait de sorte qu'il semblait à chaque moment qu'elle allait rendre les derniers soupirs.

Je vous vois étonnés, Fidèles : l'amour aveugl-e des biens périssables ne vous permet pas de comprendre de quelle sorte ces beaux mouvements peuvent être formés dans les cœurs. Mais quittez cet étonnement. Il faut, s'il se peut, vous le faire entendre, en vous décrivant en un mot quelle est la force de la cliarité, en vous le montrant par les Écritures.

Sachez donc que c'est la charité qui presse Thérèse, charité toujours vive, toujours agissante, qui pousse sans relâche du côté du ciel les âmes qu'elle a blessées et qu'elle ne cesse de travailler par de saintes inquiétudes jusqu'à ce qu'elles y soient établies. C'est pourquoi le grand Paul, en étant rempli, jeûne continuellement ; il pleure, il soupire, il se plaint en lui-même, il est pressé et violenté, il" souffre des douleurs jDareilles à celles de l'enfantement, et son âme ne cherche qu'à sortir du corps : « Infelix ego homo ! quls me Jiherahit de corpore rnortis hujus~? Malheureux homme que je suis! c^ui me délivrera de ce corps de mort? » Quelle est la

1. Var. : ?on âme altérée court au iuimortelle?. elle ne peut souffrir Dieu vivant comme un cerf aux fou- !^on absence. <«;«<'.•.■ f/Vfl«.r et éprise de ses beauté? 2. Rom., vu. 24.

cause de ces transports? C'est la charité C{ui le presse, c'est ce feu divin et céleste qui, détenu contre sa nature dans un corps mortel, tâche de s'ouvrir par force un passage ; et frappant de toutes parts avec violence, par des désirs ardents et impétueux il ébranle tous les fondements de la prison qui l'enserre. De là ces pleurs, de là ces siinglots, de là ces douleurs excessives, qui mettraient sans doute Thérèse au tombeau \ si Dieu, par un secret de sa providence, ne la voulait conserver encore pour la rendre plus digne de son amour.

Et c'est ici qu'il faut vous représenter un nouveau genre de martyre ', f|ue la charité fait souffrir à Tincomparable Thérèse'. Dieu l'attire, et Dieu la retient. Il lui ordonne de courir au ciel, et il veut qu'elle demeure en la terre : d'un côté, il lui découvre d'une même vue toutes les misères de cet exil, tous les charmes et tous les attraits de sa vision bienheureuse, non point dans l'obscurité des discours humains, mais dans la lumière claire et pénétrante do sa vérité infinie ; mais comme elle pense se jeter à lui, charmée de ses beautés immortelles, aussitôt il lui fait connaître qu'il la veut encore retenir au monde. Qu'est-ce à dire ceci, ô grand Dieu ! Est-il digne de votre bonté de tourmenter ainsi un cœur qui vous aime? Si vous inspirez ces désirs, pourquoi refusez-vous de les satisfaire? Ou ne la tirez pas avec tant de force, ou permettez-lui de vous suivre. Ne voyez-vous pas, ô Époux céleste, qu'elle ne sait à quoi arrêter son choix? Vous l'appelez, vous la repoussez : si bien que, pendant qu'elle court à vous, elle se déchire elle-même ; et son âme ensanglantée par la violence de ces mouvements opposés, que vous la forcez de souffrir, ne trouve plus de consolation. En cet état où vous la mettez, n*a-t-elle pas raison de vous dire : Quarc posuisti me contrarium tihl^? Dans les désirs que vous m'inspirez, c'est vous qui me rendez contraire à vous-même ! Ou qu'une autre main l'attire, ou qu'une autre main la retienne.

1. Ytir. : iiiùneraient... k la mort. .">. Yar. : que le Fis de Dien fait

2. Yar. : Et c"est ce qui fait son souffrir à Thérèse, sa fidèle amante, lilus grand martyre. 4. Job., vu, 20.

O merveille des desseins de Dieu ! ô conduite impénétrable de ses jugements dans l'opération de sa grâce ! Quis loquetur potentiels Domini, auditas faciet omnes landes ejiis ^? Qui nous expliquera ce mystère? qui nous dira les mojens secrets par lesquels le Saint-Esprit purifie les cœurs? Il sait bien que, dans ces combats, dans ces mystérieuses contrariétés, il s'allume un feu dans les âmes qui les rend tous les jours plus pures. Il fait naître de saints désirs ; et il se plaît de les enflammer, en différant de les satisfaire. Il se plaît à regarder du plus haut des cieux que Thérèse meurt tous les jours, parce qu'elle ne peut pas mourir une fois : Quotidie morior^, dit le saint Apôtre ; et il reçoit tous les jours mille sacrifices, en retardant le dernier. Mais je passe encore plus loin ; pourrai-je bien dire ce que je pense ? Il voit que, par un secret merveilleux, elle se détache d'autant plus du corps, qu'elle a plus de peine à s'en détacher ; et que, dans l'effort qu'elle fait pour s'en séparer tout entière, elle le fuit d'autant plus qu'elle s'y sent plus longtemps et i^lus violemment retenue. C'est pourquoi, si la violence de ses désirs ne peut rompre les liens du corps, ils en éteignent tous les sentiments, ils en mortifient tous les appétits ; elle ne vit plus pour la chair ; et enfin elle devient tous les jours et plus libre et plus dégagée par cette perpétuelle agitation, comme un oiseau qui, battant des ailes, secoue l'humidité qui les rend pesantes, ou dissipe le froid qui les engourdit : si bien que, portée par ces saints désirs, elle paraît détachée du corps pour vivre et converser avec les anges" : Nosti'a conversatio in cxlis est.

Heureuses mille et mille fois les âmes qui désirent ainsi Jésus-Christ ! Mais cependant ses ardeurs s'augmentent, et ce feu si vif et si agissant ne peut plus être retenu sous la cendre d'une chair mortelle. Cette divine maladie d'amour prenant tous les jours de nouvelles forces, elle ne peut plus supporter la vie. Chaste Époux C|ui l'avez blessée, que tardez-vous à la mettre au ciel, où elle s'élève par de saints désirs, et où elle semble déjà transportée par la meilleure partie d'elle-même?

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