I. Ps. (Vil. -2. •-'. Jonii.. xix
Souffrons donc, souffrons, Chrétiens, ce qu'il plaît à Dieu de nous envoyer : les afflictions et les maladies, les misères et la pauvreté, les injures et les calomnies; tâchons de porter d'un courage ferme telle partie de sa croix dont il lui plaira de nous honorer \ Quoique tous nos sens y répugnent, il est doux de souffrir avec Jésus- Christ, puisque ces souffrances nous font espérer la société de sa gloire ; et cette pensée doit fortifier ceux qui vivent dans la douleur et l'affliction.
Mais povu- vous, fortunés du siècle, à qui la faveur, les richesses, le crédit et l'autorité fait trouver la vie si commode, et qui, dans cet état j^aisible, seniblez être exempts des misères qui affligent les autres hommes, que vous dirai-je aujourd'hui, et quelle croix vous laisserai-je en partage? Je pourrais vous représenter que peut-être ces beaux jours passeront bien vite, que la fortune n'est pas si constante qu'on ne voie aisément finir ses faveurs, ni la vie si abondante en plaisirs qu'elle n'en soit bientôt épuisée. Mais avant ces grands changements, au milieu des prospérités, que ferez-vous, que souffrirez-vous pour porter la croix de Jésus ? Abandonner les richesses, macérer le corps? Non, je ne vous dis pas. Chrétiens, que vous abandonniez vos richesses, ni que vous macériez vos corps par de longues mortifications. Heureux ceux qui le peuvent faire dans l'esprit de la pénitence! Mais tout le monde n'a pas ce courage. Jetez seulement les yeux sur les pauvres membres de Jésus-Christ, Cjui étant accablés de maux ne trouvent point de consolations. Souffrez en eux, souffrez avec eux ; descendez à leur misère par la compassion ; chargez-vous volontairement d'une partie des maux qu'ils endurent ; et, leur prêtant vos mains charitables, aidez-leur à porter la croix, sous la pesanteur de laquelle vous les voyez suer et gémir. Prosternez-vous humblement aux pieds de ce Dieu crucifié ; dites-lui, honteux et confus : Puisque vous ne m'avez point jugé digne de me faire part de votre croix", jiermettez du
1. Tar. : dont le Sauveur voudra celui-ci se retrouve. Y aurait-il ici nous charger. encore amalgame de deux rédac-
2. Tel est le texte de.s éditeurs. 11 tion.«. dont la première aurait été en serait à contrôler sur l'original. .<i partie effacée ? Fallait-il lire .sim-
moins, ô Sauveur, que j'emprunte celle des autres, et que je la puisse porter avec eux : donnez-moi un cœur tendre, un cœur fraternel, un ca^vn- véritablement chrétien, par lequel je puisse sentir leurs douleurs et participer du moins de la sorte aux bénédictions de ceux rpii souffrent.
Madame, permettez-moi de vous dire, avec le respect d'un sujet et la liberté d'un prédicateur, c^ue cette instruction salutaire regarde principalement Votre Majesté. Nous répandons tous les jours des vœux pour sa gloire et pour sa arandeur : nous pi'ions Dieu, avec tout le zèle que notre devoir nous peut inspirer, que sa main ne se lasse pas de verser ses bienfaits sur elle ; et afin que votre joie soit pleine et entière, qu'il fasse ([ue ce grand roi, votre fils, à mesure qu'il s'avance en âge, devierme tous les jours plus cher à ses peuples et plus redoutable à ses ennemis. Mais, parmi tant de prospérités, nous ne croyons pas être criminels, si nous lui souhaitons aussi des douleurs. J'entends, Madame, ces douleurs si saintes, qui saisissent les cœurs chrétiens à la vue des afflictions, et leur font sentir les misères des pauvres membres du Fils de Dieu. Votre Majesté les ressent. Madame ; toute la France a vu des marques de cette bonté qui lui est si naturelle. Mais, Madame, ce n'est pas assez ; tâchez d'augmenter tous les jours ces pieuses inquiétudes qui travaillent Votre Majesté en faveur des misérables. Dans ce secret, dans cette retraite où les heures vous semblent si douces, parce que vous les passez avec Dieu, affligez-vous devant lui des longues souffrances de la chrétienté désolée, et surtout des peuples qui vous sont soumis ; et pendant que vous formez de saintes résolutions d'y apporter le soulagement que les affaires pourront permettre, pendant c[ue notre victorieux monarque avance tous les jours l'ouvrage de la i)aix par ses victoires et par cette vie agissante à la([uelle il s'accoutume dès sa jeunesse, attirezla du ciel par vos vœux ; et pour récompense de ces douleurs que la charité vous inspirera, puissiez-vous jamais
plemeut : «Puisque vous ne m'avez Telle que nous la lisons, du reste, la ]>as jugé digne de votre croix"/ » — ]ihrase est intelligible.
n'en ressentir d'autres, et après une longue vie recevoir enfin de la main de Dieu une couronne plus glorieuse que celle qui environne votre front auguste. Faites ainsi, grand Dieu, à cause de votre bonté et de votre miséricorde infinie! Amen.
Allocution qui ne fut pas prononcée '.
Sire, permettez-moi de vous dire, avec le respect d'un sujet et la liberté d'un prédicatevn% que cette instruction salutaire regarde principalement \'otre Majesté '. Nous prions Dieu, avec tout le zèle que l'amour et le devoir nous peut inspirer, que, multipliant ses victoires, il égale votre renonmiée à celle des plus fameux conquérants. Mais, parmi toutes ces prospérités, nous ne croyons pas être criminels, si nous lui souhaitons aussi des douleurs : j'entends, Sire, ces saintes douleurs qui saisissent les cœurs chrétiens à la vue des afl^ictions, et qui leur [font] ^ sentir les misères des pauvres membres de Jésus-Christ. Sire, ces douleurs sont dignes des rois, et s'ils sont le cœur des royaun)es, qu'ils animent par leur influence, il est juste que, connue le cœur, ils ressentent aussi les impressions des maux qu'endurent les autres parties. Votre Majesté les ressent. Sire ; elle fait la guerre dans cet esprit : elle étend bien loin ses conquêtes, elle s'accoutume dès sa jeunesse à cette vie agissante, pour assurer la tranquillité publique ; elle sent et elle plaint les maux de ses peuples ; elle ne respire qu'à les soulager. Pour récompense de ces douleurs que sa bonté lui fait ressentir S puisse-t-elle jamais n'en éprouver d'autres, et, après une longue vie, recevoir enfin de la main de Dieu une couronne plus glorieuse que celle qui environne son front auguste !