Matth., V, n. 11. Ps. Lxx.x VIII
Toutefois on me pourrait dire que cela n'est pas de la sorte : la gloire leur étant donnée comme récompense, il semble que c'est plutôt la justice qui la distribue au mérite, que la miséricorde qui la donne gratuitement. Esprits saints, esprits bienheureux, ne fais-je point tort à vos bonnes œuvres? J'entends un de vous qui dit: Bomim ccrtamen certavi^. On vous rend la couronne, mais c'est que vous avez combattu ; on vous honore, mais vous avez servi ; on vous donne le repos, mais vous avez fidèlement travaillé : ce n'est donc pas miséricorde. A Dieu ne plaise ! mais c'est cette doctrine qui fait éclater la miséricorde. Expliquons cette doctrine. Saint Augustin : Rcddct omnino Dtnis, ci vmla pro mails, quoniam jiistus est; et bona pro inalis, qiioniarn bonus est; et bona pro bonis, quoniam bonus et justus est'. A cela se rapporte toute la conduite de Dieu envers les hommes. L'une semble diminuer les ;autres; non point en Dieu : les ouvrages de Dieu ne se détruisent point les uns les autres. Cette justice n'est pas moins justice pour être mêlée de miséiicorde ; cette grâce n'est pas moins grâce pour être accompagnée de justice : au contraire, c'est le comble de la grâce et de la miséricorde.
Pour l'entendre encore plus profondément, considérons avec le même saint Augustin de quelle sorte les âmes saintes se présentent devant la justice^ : Redde quod promisisti: fecimus quod iussisti\ [p. 5] Nulle obligation de justice entre Dieu et l'homme. La promesse et l'alliance l'a fait"". Elle a mis quelque égalité. Qui a fait l'alliance, et qui a donné la promesse? La miséricorde. La justice la tient ; mais la miséricorde la donne. Mais pénétrons encore plus loin. Cette promesse était conditionnelle. Je vous ai promis le ciel : oui, si vous veniez à moi sans péché, et [si] vous fructifiiez dans les bonnes œuvres. Seriez-vous sans péché, si la miséricorde*' ne les avait remis? Auriez-vous des boinies