Ms. fr. 12821, f. 4. dignité depuis 1GÔ
2. Floquet, Études...., t. I. j). 43.i. 4, Floqnet, Op. cit.. p. .V)0. \^. Bossuet était revêtu de (-ette
Beuti misericonleti, quoniam iptii nihcricordiarn congeqiieuiur.
Bienlieureux les miséricordieux, parce (ju'ils obtiendront miséricorde.
(Matth., V, 7.)
[P. 1] I^a solennité de ce jour et la charge particulière qui m'est imposée nr obligent à partager mon esprit en deux pensées bien contraires', et à vous faire arrêter les yeux svn* deux objets bien différents. Et premièrement, Chrétiens, c'est l'intention de la sainte Église que l'on prêche dans toutes ses chaires la gloire des esprits immortels qu'elle honore tous aujourd'hui par une même célébrité. Et, pour suivre ses volontés, il faut que par cette clef admirable de la parole divine, à laquelle rien n'est fermé, je vous ouvre les portes sacrées de la céleste Jérusalem, et que je vous fasse entrer dans ce sanctuaire adorable où tous ces esprits bienheureux, se reposant de tous leurs travaux, sont rendus dignes de porter leur bouche à la source féconde de félicité et de vie. C'est le premier objet que Ton me propose. Mais voici que, d'un autre côté, on me charge de recommander à vos charités de prendre soin des pauvres malades, et de vous animer, si je puis, à vovis joindre d'un zèle fervent à cette sainte société qui, ayant formé depuis quelques années le dessein de les soulager dans leur extrême misère, s'est liée et dévouée depuis peu à cet " œuvre salutaire avec une fervein* nouvelle et un saint accroissement de dévotion. Que ferai-je ici, Chrétiens, partagé entre deux matières qui paraissent si opposées? D'un côté, il faut que je vous fasse entendre les cantiques harmonieux [p. 2] et la ravissante musique par laquelle les saints expriment leur joie; et on m'oblige dans le même temps de faire résonner à vos oreilles les gémissements des infirmes et les plaintes des languissants. Il faut élever nos esprits à cette cité bienheureuse et brillante d'une lumière immortelle; et en même temps il nous faut descendre dans les demeures tristes et obscures où sont gisants les pauvres malades. Et comment
1. V:ir. : V)ien dift'éreutes. Bossuet corrige, en cet endroit. ]i<nir
■J. Édit. : il cette œuvre. — ^Ini^ mettre le ln;l^ie^lill.
sera-t-il ])ossible de mai'cher en même moment ^ en des lieux si différents et sur des cliemins si contraires? Toutefois nous nous trompons, Chrétiens : ce n'est qu'une fausse ai)parence ; et si nous savons pénétrer les mystères du christianisme et la doctrine de notre évangile, nous demeurerons convaincus que ces deux objets que l'on nous présente, quoiqu'ils semblent fort opposés, sont unis nécessairement d'une liaison très étroite. Car, dites-moi, je vous prie, mes Frères, cju'est-ce que le ciel? qu'est-ce que ce séjour glorieux? C'est le lieu que Dieu nous prépare pour y recevoir la miséricorde. Et les chambres des pauvres infirmes ; les lits, non de repos et (ie sommeil, mais d'inquiétudes et de veilles laborieuses où nous les voyons attachés? C'est le lieu que Dieu nous destine pour y faire la miséricorde. Et maintenant ne voyez-vous pas quelle liaison il y a entre la miséricorde reçue et la miséricorde exercée? Bienheureux les miséricordieux : voilà ceux qui exercent la miséricorde ; parce (ju'ils obtiendront la miséricorde : et voilà ceux qui la reçoivent. Ne croyez donc pas, Chrétiens, c^ue ce soient deux choses fort éloignées de regarder en un seul discours les heureux et les misérables. \ ous voyez que notre ^*auveui' met ensemble les uns et les autres ; et cela, pour (|uelle laisoii? C'est qu'eji nous montrant le lieu bienheureux où il répand sur nous la miséricorde, [p. 3] il nous fait voir où il nous faut tendre ; et en nous parlant [du lieu] où nous la pouvons exercer, il nous montre le droit chemin par lequel nous y pouvons arriver. Ouvrez vos mains, dit notre Sauveur : ouvrez-les du côté de Dieu, ouvrez-les du côté des pauvres : oiurez pour recevoir, ouvrez pour donner. Si vous fermez vos entrailles sur les nécessités de vos frères, la source de la miséricorde divine se tarira aussitôt sur vous : ouvrez-leur et votre co.'ur et vos mains, elle coulera avec abondance. C'est, mes Frères, cette liaison et cette concorde admirable ei.tre la miséricorde que nous espérons ' et la miséricorde que nous exerçons", que j'espère traiter en deux points a\ec le secours rie la urâce. Je vous représenterai avant
1. A'ar. : dans le même temp>. 3. Var. : et la iiiir^éncorde cxer-
"2. Var. : entre la miséricorde re- ct-e.
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toutes choses avec quelle libéralité Dieu exerce sur nous sa miséricorde, lorsqu'il nous reçoit dans son paradis ; et après je tâcherai de vous faire voir combien cette abondance de miséricorde que le Père céleste témoigne envers nous, en nous appelant à sa gloire, nous oblige d'avoir de tendresse pour nos frères, qui sont ses enfants et les membres de son Fils unique. C'est le sujet de tout ce discours.
Premier Point.
Connnençons avec allégresse à publier les miséricordes que notre bon Père exerce sur nous, lorsqu'il daigne nous appeler à la gloire de son royaume. Disons, confessons, publions que nous n'y pouvons entrer que par grâce, par un pur effet de bonté, par un sentiment de miséricorde. Et le Sauveur nous le dit dans notre évangile : Misericordiam consequcntur\ Quelle est cette miséricorde que le Fils de Dieu leur promet? Je soutiens fiue c'est la vie éternelle : Rcgnum cœlorum' ; Deum vklehunt^; Possidehunt terrain^; terram vivcnthim ' ; Saturahtintur'^ ; inehriabuntur' ; Satiahor cum apparuerit gloria tun^; Consoîahuntur^ : Ahsterget Dciis oînnem lacriimam '". Ainsi miscricordunn consequcntur.
(P. 4) En effet, que pouvons-nous espérer, misérables bannis, enfants d'Eve, c'est-à-dire enfants de colère, enfants de malédiction, naturellement ennemis, chassés du paradis de délices? Si l'on nous rappelle à notre patrie, si on nous tire de l'abîme, que devons-nous faire autre chose que de louer la miséricorde de ce charitable Pasteur qui nous a retiré [s] du lac par le sang de son Testament, et nous a reportés au ciel chargés sur ses épaules? Misericordias Domini in œtcrnum cantaho^^. In œtcrnum : ce n'est pas seulement dans le temps, mais encore jn-incipalement dans l'éternité.
1. ^lattli., V. 7. Non* siipjn-iniuiis .'î. JbiiL. 8. leï' traductions du premier éditeur. 4. Jhid.. 4. Outre l'iiicoiivénient de faire lire ô. Ps. xxvi, l.-î. du Deforis pour du Bossnet, lelles (i. Matth., v, 6. avaient encore celui de faire croire 7. Ps. xxxv, 9. que le grand orateur avait récité un 8. //)/(/.. xv?. I.t. pareil canevas. Il le méditait, puis ".i. ifatth.. v, 5.
il improvisait. 10. Ajioc. XXT, 4.