‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 277 sur 397 · DISSERTATION SIR L'HONNEUR · texte numérisé non relu

DISSERTATION SIR L'HONNEUR

Mission de Metz, ifîôS.

Cet opuscule ^ a dû servir de matière à un ou plusieurs de ces « grands catéchismes 2, » que Bossuet fit à la garnison de la Citadelle, pendant la Mission de Metz. Il ne voulut point parler, même familièrement, sur im point si délicat, surtout devant des militaires, qui venaient l'écouter à Saint-Jean de la Citadelle, sans avoir approfondi la question, et sans avoir mis par écrit un fonds de doctrine dont il ne voulait pas s'écarter. Les éditeurs donnent ces pages dans la seconde semaine de Carême. C^ne édition récente (1870, chez Guérin, à Bar-le-Duc, t. VII, p. 670) a prétendu en faire im sermon ])réché à la cour, le l^'*" dimanche de l'.Vvent, 1665.

L'honneur peut être considéré en deux manières : 1", il peut être pris pour le crédit et l'autorité que donne [ntj les emplois, les chaz-ges, la faveur des grands ; 2", pour la bonne opinion que l'on a de nous. Cette dernière sorte d'honneur est un moyen assez ordinaire pour parvenir à l'autre, et la première nous donne de grands avantage [s] pour entretenir celle-ci.

C'est de cette dernière espèce d'honneur que je prétends parler, et rechercher quelle estime nous en devons faire ; jusques à quel point nous sommes obligés de nous le conserver ; comment nous nous y devons maintenir, lorsqu'on nous le veut ravir.

J'appelle l'honneur, en ce sens, l'estime que les hommes font de nous pour quelque bien qu'ils y considèrent. Mais il faut ici user de distinction : car ou ils se trompent dans l'opinion qu'ils en ont, ou ils jugent véritablement. Ils jugent véritablement, et l'estime qu'ils font de nous est bien fondée, lorsque la chose qu'ils prisent en nous nous convient effectivement, et

1. Ms.fr. 12M22. f. 170-175. Petit t. I. p. 488 : et clans la Conespo)>in-fo, sans marge. ilance de Boit^uet. édit. des Grands

2. Sur la Mission de Metz et ces écrivains, t. I, p. 2(i-2'.i. catéchismes, voir Floquet, Etudes,

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qu'elle est digne de louange ; c'est là le véritable et solide honneur : par exemple, lorsqu'on nous estime, ou pour les bonnes qualités du corps, comme la force, la disposition; ou pour les dons de l'esprit, comme l'éloquence, la vivacité, la science. Mais comme ces avantages d'esprit et de corps sont de telle nature qu'ils peuvent être appliqués au mal, et qu'il n'y a que la vertu seule dont personne ne peut mal user ', parce qu'elle ne serait plus vertu si l'on en faisait un mauvais usage, il s'ensuit que la vertu seule est essentiellement digne de louange, et par conséquent, C}ue le véritable honneur est attaché par nécessité à la praticjue que nous en faisons. Aussi est-ce pour cette raison que les autres avantages de corps et d'esprit sont dignes d'honneur, par la disposition et facilité qu'ils nous donnent pour mettre en pratique ce que la vertu ordonne, comme la bonne disposition du corps pour être en état de s'em- ])loyer plus utilement à la défense de sa patrie : tellement que le véritable honneur est atta^-hé à la vertu seule, ou bien se rapporte à elle. Après avoir considéré cet honneur que l'on nous défère, fondé sur un jugement véritable, il faut maintenant regarder celui qui est appuyé sur l'erreur.

Il n'y a qu'une vérité et qu'un droit chemin, mais on peut s'égarer par diverses voies ; tellement qu'à cet honneur solide qui a fondement sur la vérité, nous en pouvons opposer trois autres espèces qui seront fondées sur l'erreur. Car on peut se tromper en trois manières dans l'estime qu'on fait de nous : 1°, en nous attribuant des choses louables qui ne nous conviennent pas ; 2°, en nous louant pour des choses que nous avons en effet, mais qui ne méritent pas de louanges ; 3°, en joignant l'un et l'autre ensemble, c'est-à-dire en nous honorant peur une chose que nous n'avons pas et qui n'est pas digne d'être honorée. D'où il paraît que le véritable honneur devant joindre ensemble nécessairement une

]. Nous avons cité in extenso dan-- pensée. Malgré rautorité d'Aristote notre Histoire critique de la Prédi- et de saint Augustin, elle lui parait cation de Bossuet Cp. 37 ). un passage avoir besoin d'explication : (( Qu'estautographe des Extraits: (inédits) ce alors que l'orgueil ? » se demandeg philosophes, où plus tard, le Pré- de-t-il. cepteiu' du Dauphin revient sur cette

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estime raisonnable et de la chose et de la personne, le faux honneur, au contraire, se peut former en ces trois manières que nous avons remarquées : en la première on se trompe quant à la personne ; en la seconde on erre en la chose ; en la troisième on juge mal et de la personne et de la chose. Cette division est juste et partage également le sujet.

Cela étant ainsi supposé, venons maintenant à considérer quelle estime nous devons faire de l'honneur. Et pour cela, il faut comparer 1° toutes ces sortes d'honneur ensemble ; 2", les comparer avec la vertu ; 3°, avec la vie; 4", avec les richesses. Ensuite nous regarderons comment un homme sage le peut ravir aux autres, et comment il le peut défendre pour lui-même.

Pour comparer ces honneurs entre eux, la première remarque que nous avons à faire, c'est que l'un nous a semblé véritable, et les autres nous ont paru faux. Mais il faut craindre ici l'équivoque, en ce que celui que nous appelons faux honneur ne laisse pas en un sens de pouvoir être nommé véritable. Car, encore que l'on m'honore sans que j'en sois digne, il est vrai néanmoins que l'on m'honore sincèrement ; et en ce sens, l'honneur qu'on me rend est véritable, parce qu'il est sincère ; mais on peut aussi l'appeler faux honneur, en tant qu'il n'a point d'autre appui qu'un faux jugement que l'on fait de moi et une estime contraire à la vérité. De là il est aisé de juger combien le véritable honneur est à estimer au-dessus de l'autre, n'y ayant nulle proportion entre une opinion raisonnable et une opinion mal fondée \

\.Pasiiaffe cjfacc (les anciens ùdi- encore un autre mal ([ue cela soit

teurs le maintiennent dans le texte): connu: c'est donc une espèce de

a On pourrait même douter si Thon- bien qu'on me fait de me ci'oire

neur qu'en nous rend par erreur est jilus que je ne suis : et. quoique je

un avantage pour nous, puisqu'en doive plutôt désirer être ce que l'on

ce cas, l'estime que l'on fait de nous croit, on ne laisse pas de m'obliger

ne nous attribue rien de véritable : en m'attribuant plus que je ne pos-

mais néanmoins le contraire semble sède.

être assuré par ce que nous venons Toutefois, dans cet avantage que

de dire. Car encore, par exemple, nous recevons il y a un mal mêlé.

que ce que l'on nous attribue ne soit qui est l'erreur : et cela fait que

pas vrai, il est vrai toutefois qu'on l'honneur qu'on me rend n'est pas

nous l'attribue ; et cela, sans doute. digne de grande estime, et même

c'est un avantage. Si c'est un mal qu'il ne peut pas être désiré par un

de n"être pas digne d'honneur, c'est homme sage. i> — On va voir pour-

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