‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 33 sur 397 · fbid · texte numérisé non relu

fbid

54 SUR LE MVSTÈHE

tures divines, que le Saint-Esprit nous a préparé pour s'accommoder à notre portée.

I>a première chose ^ que je remarque dans la génération du Verbe éternel, c'est que le Père l'engendre en lui-même, contre l'ordinaire des autres pères, qui engendrent nécessairement au dehors. Tout ce qui est produit, il faut qu'il soit tiré du néant, comme par exemple le ciel et la terre, ou qu'il soit produit de quelque chose, comme les plantes et les animaux. Que le Fils unique de Dieu ait été tiré du néant, c'est ce que les ariens même, qui niaient la divinité du Sauveur du monde, n'ont jamais osé avancer". En effet, puisque le Verbe éternel est le Fils de Dieu par nature, il ne peut être tiré du néant : autrement il ne serait pas engendré, il ne procéderait pas connue fils ; et lui, qui est le vrai Fils de Dieu, le Fils singulièrement et par excellence, et qui est appelé dans les Écritures le propre Fils du Père éternel, ne serait en rien différent de ceux c|ui le sont par adoption. Par conséquent, il est clair cjue le Fils de Dieu ne peut pas être tiré du néant, et ce blasphème serait exécrable : que s'il n'a pas été tiré du néant, voyons d'où il a été engendré.

C'est une loi nécessaire et inviolable, que tout fils doit recevoir en lui-même quelque partie de la substance du père ; et c'est pourquoi, quand nous parlons d'un fils à un père, nous disons que c'est un autre lui-même : si donc mon Sauveur est le Fils de Dieu, qui ne voit qu'il doit être formé de la propre substance de Dieu ? Mais ne concevons rien ici de mortel ; éloignons de notre esprit et de nos pensées tout ce qui ressent la matière : ne cro3'ons pas que le Fils de Dieu ait reçu seulement en lui-même quelcjne partie de la substance du Père ; car, puisqu'il est essentiel à Dieu d'être simple et indivisible, sa substance ne souffre point de partage ; et par conséc{uent, si le Verbe, en cette belle qualité de fils, doit participer nécessairement à la substance de Dieu,

1. Prem'iirc rcthuiioii : Nous ap- celle qui la doit remplacer. Ils sont,

prenons de ces Ecritures f|iie le Fils du reste, forcés d'y changer de ces

procède du Père : « Je .>•■«/*■, dit-il. en (les.

sorti de Dieu. ^) (Joan., x vi, 28.) — tî. t>. Xng.. Contr. .\fn.rimiii.. lib.

Les éditeurs conservent à tort cette II. cap. xiv. ];)hrase dans le texte, à la suite de

son père, il la reçoit sans division, elle lui est communiquée tout entière ; et le Père, qui le produit du fond même de son essence, la répand sur lui sans réserve. Et d'autant que la nature divine ne peut être ni séparée ni distraite, si le Fils sortait hors du Père, s'il était produit hors de lui, jamais il ne recevrait son essence, et il perdrait le titre de fils : de sorte que, afin qu'il soit fils, il faut que son père Feniiendre en lui-)nême.

C'est ce que nous apprenons par les Écritures. Ditesle-nous, bien-aimé disciple, qui avez bu ces secrets célestes dans le sein et dans le cœur du Verbe éternel : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu ' ; c'est-à-dire dès que le Verbe a été, il était en Dieu : il a donc été produit en Dieu même.

C'est pourquoi il procède de Dieu connue son verbe, comme sa conception, comme sa pensée, comme la parole intérieure par laquelle il s'entretient en lui-même de ses perfections infinies : il ne peut donc pas être séparé de lui. Méditez cette admirable doctrine: tout ce qui entendre est vivant ; eni>endrer, c'est une fonction de vie ; et la vie de Dieu, c'est l'intelligence : donc il engendre par intelligence. Or l'entendement n'agit qu'en luimême ; il ne se répand point au dehors ; au contraire, tout ce qu'il rencontre au dehors, il s'efforce de le ramasser au dedans : de là vient que nous disons ordinairement que nous comprenons une chose, que nous l'avons mise dans notre esprit, lorsque nous l'avons entendue. Ainsi cette essence infinie, souverainement immatérielle, qui ne vit que de raison et d'intelligence, ne souffre pas que rien soit engendré en elle si ce n'est par la voie de l'intelliiience ; et par conséquent le Verbe éternel, la sauesse et la pensée de son Père, étant produit par intelligence, naît et demeure dans son principe : Hoc erat in principio apud Deum ^.

C'est ce que le grave Tertullien nous explique aflmirablement dans cet excellent Apologétique. Cette parole, dit ce grand homme ^, nous disons que Dieu la profère, et l'engendre en la proférant ; car c'est une parole substantielle, qui porte en elle-même toute la vertu, toute

Page 1