‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 337 sur 397 · SUR LA I)E\ OTION A LA SAL\TE VIERGE · texte numérisé non relu

SUR LA I)E\ OTION A LA SAL\TE VIERGE

Fragment d'un sermon perdu. Vers 1658.

Ce fragment a été placé par Deforis à la suite du sermon précédent, sur la Nativité de la sainte Vierge. Nous avons vu, (p. 521, note 13) qu'il y est étranger, et qu'il devait plutôt faire partie d'un sermon sur la Dévotion envers Marie. Quelques archa'ismes et le souci de réfuter les protestants nous font songer, pour la date, à la fin chi séjour de Bossuet à Metz. Peut-être cependant sommes-nous eu présence d'une œuvre plus ancienne ; mais, en l'absence de l'autographe, il n'est pas possible de le décider.

Je sais bien, sainte Vieri>e, (|ue votre grandeur n'a point empêché les bouches sacrilèges des hérétiques de s'élev-er contre vous. Après avoir déchiré les entrailles de l'Kglise, qui était leur mère, ils se sont attaqués à la mère de lem* Rédempteur : ils ont bien osé blasphémer contre lui, en niant votre perpétuelle virginité; et à présent que nous sonuiies assemblés pour admirer en vous les merveilles du Créateur, ils f(ualifient nos dévotions du titre d'idolâtrie : connue si vous étiez une idole soiu'de à nos vœux, ou si c'était méi:)riser la Divinité, que de vous prier de nous la rendre propice par vos intercessions ; ou bien si votre Fils se tenait déshonoré des soumissions que nous vous i-endons à cause de lui. Mais, c[uoi que l'ent'ei" puis.se en.treprendre, nous ne cesserons jamais de célébrer vos louanges ; et toutes les fois que la suite des années nous ramènera vos saintes solennités, l'Église catholique, répandue par toute la terre, s'assemblera dans les temples du Très-Haut, pour vous offrir, en unité d'esprit, les respects de tous les fidèles. Toujours nous vous sentirons projnce à nos vœux : et quelque part du ciel où vous puissiez être élevée par-dessus tous les cliœurs des anges, nos prières pénétreront jusqu'à vous, non point par la force des cris, mais par l'ardevu" de l;i chai-ité.

SUR LA DÉVCrnON A LA SALNTE VIERGE. 523

C'est à Cjvioi je vous exhorte, Peuples chrétiens : élevons d'un commun accord nos cœurs et nos voix pour lui chanter un cantique de louanges : C'est vous qui êtes le refuge fies pécheurs et la consolation des affligés. Lorsque Dieu, touché des misères du genre humain, envoya son Fils au monde, ce fut dans vos entrailles qu'il opéra cet ouvrage incompréhensible. Il donna Jésus-Christ aux hommes par votre moyen ; mais s'il le leur donna comme Maître et comme Sauveur, l'amour éternel qu'il avait pour vous lui fit concevoir bien d'autres desseins en votre faveur. 11 a ordonné qu'il fût à vous en la même qualité qu'il lui apjjaitient ; que vous engendrassiez dans le temps celui (ju"il engendre contfnuellement dans l'éternité ; et pour contracter avec vous une alliance immortelle, il a voulu que vous fussiez la mère de son Fils unique, et être le père du vôtre. O prodige ! ô abîme de charité ! qui nous donnera des conceptions assez hautes pour représenter quelles amours, quelles complaisances il a eues pour vous depuis que vous lui touchez de si près^ par ce nœud inviolable de votre sainte alliance, par ce commun Fils, le gage de vos affections mutuelles, que vous vous êtes donné amoureusement l'un à l'autre : lui, plein d'une divinité impassible: vous, revêtu ', pour lui obéii-, d'une chair mortelle? C'est vous que le Saint-F'sprit a remplie d'un germe céleste par de chastes embrassements ; et se coulant d'une manière ineffable sur votre corps virginal, il y forma celui qui était l'espérance d'Israël et l'attente des nations ; qui, étant entré dans vos entrailles connue une douce rosée, en sortit connue une fleur de sa tige, ou comme un jeune arbrisseau d'une terre vierge, sans laisser de façon ni d'autre de vestige de son passage, pour accomplir ainsi cette prophétie de Davitl : 7/ descendra comme une pluie, et comme la rosée qui dégouttera sur la terre '^ ; et cette autre d'Isaïe : Il s'élèvera comme une fleur, et comme une racine d^une terre desséchée'^.

1. Yar. : quelles conception.s assez 3. Edit. : revêtue, — Contresens, hautes poui-ront exprimer... Cf. t. I, p. 87.

2. Var. : que vous êtes devenue si 4. Ps., Lxxi. fi. jHoche. 5. Is., riiii, 2.

Ainsi le Verbe divin, voulant racheter les hommes, emprunta de vous de quoi payer la justice de son Père ; et ne voyant point au monde de source plus belle, il puisa dans vos chastes flancs ce sang qui a lavé nos iniquités. C'est vous qui nous l'avez conservé dansi sa tendre enfance : vous avez gouverné celui dont la sagesse administre tout l'univers; et lorsqu'il fut ai-rivé à sa dernière heure, la Providence vous amena au pied de sa croix pour participer de plus près à ce sacrifice. Ce fut là que, le voyant déchiré de plaies, étendant ses bras à un peuple incrédule, pleurant et gémissant pour nous comme une pauvre victime, et d'autre part levant au ciel gies mains innocentes, priant avec ardeur, et surmontant par ses cris la colère de son Père, ainsi que le prêtre, vous sentîtes émouvoir vos compassions maternelles ; et lui aussitôt, pour consoler vos douleurs, vous laisse en la personne de son cher disciple ses fidèles pour enfants.

O Vierge incomparable, secourez l'Église catholique, qui vous loue avec tant de sincérité, et abattez le pouvoir de ses ennemis. Nous ne vous demandons pas que vous armiez contre eux la colère du Tout-Puissant : non, l'Église ne peut avoir des sentiments si cruels. Apaisez plutôt sur eux l'ire formidable de Dieu, de peur qu'il ne venge ses temples profanés et la fureur qui leur a fait abolir, partout où ils ont passé, les marques de la piété de nos ancêtres, mais encore plus la perte de tant d'âmes, qu'ils ont arrachées à l'Église dans son propre sein. Ah ! Vierge sainte, priez Dieu qu'il touche leurs coeurs ; que sa grâce surmonte la dureté de ceux que leur orgueil et leurs intérêts ont abandonnés au sens réprouvé : qu'elle éclaire les simples et les ignorants qui ont été séduits par le beau prétexte d'une feinte réformation : afin que, les forces du christianisme étant réunies, nous réformions ensemble nos mœurs selon l'Évangile, et allions faire adorer par toute la terre Jésus- Christ crucifié, par qui, et en qui, et avec qui nous espéroiis régner éternellement dans le ciel, où nous conduise, etc.

ORAISON FUNEBRE DE HENRI de GORNAY.

A .Metz. Octobre ou novembre 1658.

On ne con(;oit pas par quelle fantaisie M. Lâchât s'est imaginé de placer cette allocution en 1662, lorsque Térudition de M. Floquet ne lui laissait aucun doute sur Tannée. Henry de Gornay, ou de Gournay, mourut à Metz le 24 octobre 1658, à soixante-six ans, d'après l'épitaphe gravée sur sa tombe en l'église Saint- Maximin de cette ville. (Floquet, Études..., t. I, p. 514, n. 1.) L'orateur nous apprend que lorsque son éloge fut prononcé, la mort l'avait « ravi depuis peu de jours. »

Le manuscrit appartient maintenant au Collège de Juilly *. L'orthographe et l'écriture sont identiques à ce que nous avons rencontré dans les esquisses qui se rapportent à la mission de Metz.

Henri de Gournay était d'ime très ancienne famille et fils de Daniel de Gournay, seigneur de Coin-sur-Seille. et de Madeleine de Gournay. Il s'était distingué à la guerre, avait été chargé de négociations diplomatiques en Allemagne et avait été roaîtreéchevin de la ville de Metz. Il avait épousé, par contrat du 15 mai 1618, Marie-Agathe de Rheidezel (ou Ridezel) de Cambourg. Leur fils, Jean-Christophe, comte de Gournay, épousa, le 29 octobre 1659, Claude de Raigecourt, fut lieutenant-général et gouverneur de Maubeuge, et fut tué à Fleurus en 1690 ; il était père de l'abbé de Gournay, qui mourut le 1^'' janvier 1743. (Voir E Bégin, Biographie de la Moselle ; E. Michel. Biographie du Parlement de Metz; A. Floquet, Études, t. I: Bibliothèque Nationale. Pièces originales et Dossiers bleus).

Non privabit bonis eos qui ambidant in innocentia ; Domine virtutum, beatus homo qui sperat in te. (Ps. Lxxxm.)

[P. 1] C'est ", Messieurs, dans ce dessein salutaire que j'espère aujourd'hui vous entretenir de la vie et des

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