‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 347 sur 397 · PANÉGYRIQUE DE I/APOTRE SAINT JEAN · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE DE I/APOTRE SAINT JEAN

plus de part en sa confiance ; quand il rendit son âme à son Père, aucun des siens ne reçut de lui des marques d'un amour plus tendre: quand il donna son corps à ses disciples, ils virent tous la place honorable qu'il lui fit prendre près de sa personne dans cette sainte cérémonie.

Mais ce qui me fait connaître plus sensiblement la forte pente du ca-ur de Jésus sur le disciple dont nous parlons, ce sont trois présents qu'il lui fait dans ces trois états admirables où nous le voyons dans son Évangile. Je trouve, en effet, Chrétiens, qu'en sa vie, il lui donne sa croix ; à sa mort, il lui donne sa mère ; à sa Cène, il lui donne son cœur. Que désire un ami vivant, sinon de s'unir avec ceux qu'il aime dans la société des mêmes emplois? et l'amitié a-t-elle rien de plus doux que cette aimable association? L'emploi de Jésus était de souH'rir : c'est ce que son Père lui a prescrit, et la commission qu'il lui a donnée. C'est pourquoi il unit saint Jean à sa vie laborieuse et crucifiée, en lui prédisant de bonne heure les souffrances qu'il lui destine : Vous boirez, dit-il \ mon calice, et vous serez baptisé de mon baptême. \o\\h le présent qu'il lui fait pendant le cours de sa vie. Quelle marque nous peut donner un ami mourant que notre amitié lui est jirécieuse, sinon lorsqu'il témoigne un ardent désir de se conserver notre cœur, même après sa mort, et de vivre dans notre mémoire? C'est ce qu'a fait Jésus-Christ en faveur de Jean d'une manière si avantageuse qu'il n'est pas possible d'y rien ajouter, puisqu'il lui donne sa divine mère, c'est-à-dire ce qu'il a de plus cher au monde : Fils, dit-il', voilà votre mère. Mais ce qui nionti'e le plus son amour, c'est le beau présent qu'il lui fait au sacré banquet de l'Eucharistie, où son amitié n'étant pas contente de lui donner comme aux autres sa chair et son sans, pour en faire un même corps avec lui, il le prend entre ses bras, il l'approche* de sa poitrine; et comme s'il ne suffisait pas de l'avoir gratifié de tant de dons, il le met en possession de la source même de toutes ses libéralités, c'est-à-dire de son propre cœur,

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