‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 349 sur 397 · Marc, x,S9. 2. Joan.. xix · texte numérisé non relu

Marc, x,S9. 2. Joan.. xix

l'ANÉGVRIQlE DE l'aPOTRK SAINT JEAN. 537

croix, il y porte avec lui toutes ses éinnes, et il en fait part à tous ceux qu'il aime. Comme notre apôtre est son bien-aimé, il lui fait présent de sa croix ; et de cette même main, dont il a tant de fois serré la tête de Jean sur sa bienheureuse poitrine avec une tendresse incroyable, il lui présente ce calice amer, plein de souffrances et d'afflictions, qu'il lui ordonne de boire tout plein, et d'en avaler jusqu'à la lie : ('(dicein quidcm meum bibetis ^.

Avouez la vérité, Chrétiens, vous n'ambitionnez guère un tel présent : vous n'en comprenez pas le prix. Mais, s'il reste encore en vos âmes quelque teinture de votre baptême que les délices du monde n'aient pas effacée, vous serez bientôt convaincus de la nécessité de ce don, en écoutant prêcher Jésus-Christ, dont je vous rapporterai les paroles, sans aucun raisonnement recherché, mais dans la même simplicité dans laquelle elles sont sorties de sa sainte et divine bouche.

Xotre-Seigneur Jésus avait deux choses à donner aux liommes, sa croix et son trône, sa servitude et son règne, son obéissance jusqu'à la mort et son exaltation jusqu'à la gloire. Quand il est venu sur la terre, il a proposé l'un et l'autre ; c'était l'abrégé de sa commission, c'était tout le sujet de son ambassade : « Complacuit... dare vobis regniim " : Il a plu au Père de vous donner son royaume. Non veni pacem mittere, sed gladium: Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Sicut oves in niedio Juporum '" : Allez comme des brebis au milieu des loups. » Ses disciples, encore grossiers et charnels, ne voulaient point comprendre sa croix, et ils ne l'importunaient que de son royaume ; et lui, désirant les accoutumer aux mystères de son Évangile, il ne leur dit ordinairement qu'un mot du royaume, et il revient toujours à la croix. C'est ce qui doit nous montrer qu'il faut partager nos affections entre sa croix et son trône, ou plutôt, puisque ces deux choses sont si bien liées, qu'il faut réunir nos affections dans la poursuite de l'un et de l'autre.

1 Matth., XX. 2.S. :?. Matth.. x. ;î4, HI.

2 Luc, XH. 32.

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