PANÉGYRIQUE DE I/APOIRK SAINT JEAN
O Jean, bien-aimé de Jésus, venez apprendre de lui cette vérité. Il l'a déjà plusieurs fois prêchée à tous les apôtres, vos compagnons ; mais vous, qui êtes le favori, approchez-vous avec votre frère, et il vous l'enseignera en particulier. Votre mère lui dit : « Commandez que mes deux fils soient assis à votre droite dans votre royaume : Die ut sedeant hi duo filii mei. Pouvez-vous, leur répondez-vous, boire le calice que je dois boire? Potestis bihere ccdicem quem ego hihiturus sum^? » Mon Sauveur, permettez-moi de le dire, vous ne répondez pas à propos. On parle de gloire ; vous, d'ignominie. Il répond à propos ; mais ils ne demandent pas à propos : «. Nescitis quid petatis : Vous ne savez ce que vous demandez. )) Prenez la croix, et vous aurez le royaume : il est caché sous cette amertume. Attends à la croix, tu y verras les titres de ma royauté. « Ce n'est pas à moi à vous donner ce que vous demandez : Non est meum dure vohis : » c'est à vous à le prendre, selon la part que vous voudrez avoir aux soufiFrances. Cela demeure gravé dans le cœur de Jean. Il ne songe plus au royaimie qu'il ne songe à la ci-oix avant toutes choses; et c'est ce qu'il nous représente admirablement dans son Apocalypse. « Moi, Jean, nous dit-il. qui suis votre frère et qui ai part à la tribulation, au royaume et à la patience de Jésus-Christ, i*ai été dans l'île nommée Patmos, pour la parole du Seigneur et pour le témoignage que j'ai rendu à Jésus-Christ ; et je fus ravi en esprit : Ego Joannes f rater vester, et socius in trihidatione, et regno, et patientia, fui in insula quœ appellatur Patmos, propter verbuni Dei, et testhnonium Jesu ; fui in spiritu '. » Pourquoi fait-il cette observation : J"ai vu en esprit le Fils de l'homme en son trône, j*ai ouï le cantique de ses louanges ? Pourquoi ? Parce que j *ai été banni dans une île : fui in insula. Je croyais autrefois qu'on ne pouvait voir Jésus-Christ régnant, à moins que d'être assis à sa droite et revêtu de sa gloire ; mais il m'a fait connaître qu'on ne le voit jamais mieux que dans les souffrances. 1/ affliction m "a dessillé les yeux, le vent do la persécution a dissipé les nuages de mon esprit, et a ouvert