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Mais nous, qui languissons ici-bas dans ce misérable pèlerinage, vivons-nous d'une même vie par l'intelligence? Oui, Fidèles, n'en doutez pas. Ce Fils de Dieu, ce Verbe éternel, cette vie, cette lumière, cette intelligence, qui éclaire les esprits bienheureux, qui, en les éclairant, les fait vivre d'une vie divine, ne luit-elle pas aussi en nos cœurs? n'est-elle pas au fond de nos âmes, pour y ouvrir une source de vie éternelle ? Voulez-vous entendre cette vérité par l'action que nous faisons en ce lieu? Chrétiens, si nous l'entendons, nous commençons ici notre paradis, puisque nous commençons tous ensemble à vivre de cette parole vivante qui nourrit et qui fait vivre tous les bienheureux. Je vous prêche cette parole selon c^ue je le puis, selon que le Saint-Esprit me l'a enseignée. Je la fais retentir à vos oreilles; puis-je la porter au fond de vos cœurs? Nullement : ce n'est pas un ouvrage humain. Si vous l'entendez et si vous l'aimez, c'est le Fils de Dieu qui vous parle, c'est lui qui vous prêche sans bruit dans cette profonde retraite, dans cet inaccessible secret de vos cœurs, où il n'y a que sa parole et sa voix qui soit capable de pénétrer : si vous l'entendez, vous vivez, et vous vivez en ce même Verbe dans lequel les bienheureux vivent ; vous vivez en lui, vous vivez de lui, et vous vivez tous d'une même vie, parce que vous buvez tous ensemble à la même source de vie. O sainte unité des fidèles! Mon Père, qu'Us soient un coniinc nous dans la vie de l'intelligence ^ !
[Troisième Point.]
O sainte et admirable doctrine ! Vivons de telle sorte, Fidèles, qu'elle ne soit point stérile en nos cœurs, et ne rendons point inutiles tant de grands mystères. Si le Saint-Esprit est en nous, s'il y opère la charité, s'il la fait semblable à lui-même, élevons nos entendements, et apprenons dans le Saint-Esprit quelles doivent être les lois de notre charité mutuelle. Le Saint-Esprit est un amour pur, qui ne souffre aucun mélange terrestre ;
1. /'Il m. <e inachei^èe: Chrétien:^, si ne cet:,''onsJamfiig de... (Les mots en nous vivons tous de ceYerhe, qui itnliqixes sont etïacés.) nous parle à fous, — à nos cœurs, —
ainsi, mes Frères, aimons-nous en Dieu, pour accomplir la parole de notre Maître : Père saint, quHls soient un en nous. I.e Saint-Esprit est un amour constant, parce que c'est un amour éternel : ainsi que notre affection soit constante, que jamais elle ne puisse être refroidie, selon cette parole de l'Écriture : Demeurez en la charité^. Le Saint-Esprit est un amour sincère, parce qu'il procède du fond du cœur, du fond même de l'essence : ainsi que notre charité soit sincère, qu'elle ne souffre ni feinte ni dissimulation, parce que l'apôtre saint Paul a dit : Ne vous trompez point les uns les autres, car vous êtes membres les uns des autres^. Enfin le Saint-Esprit est un amour désintéressé, parce que ce qui fait l'intérêt, c'est ce malheureux mot de mien et de tien ; et d'autant que tout est commun entre le Père et le Fils, leur amour est infiniment désintéressé : ainsi considérons, Chrétiens, que tout est commun entre les fidèles, et épurons tellement nos afi^ections c{u 'elles soient entièrement désintéressées : Ut sint unum sicut et nos. Certes, mes Frères, si le Fils de Dieu s'était contenté de nous (hre qu'il veut c^ue nous soyons un comme frères, nous devrions respecter les uns dans les autres ce nom sacré de sœurs et de frères, et le nœud de la société fraternelle. S'il nous avait ordonné simplement de vivre dans une mutuelle correspondance, comme des personnes qui sont enrôlées dans un même corps de milice, sous rétendard de sa sainte croix, nous devrions rougir de honte de n'être pas tous unis ensemble sous les ordres d'un si divin capitaine. S'il nous avait dit seulement que nous sommes membres d'un même corps, nous devrions méditer jour et nuit cette parole du saint apôtre : Quand une partie de notre corps souffre, toutes les autres y compatissent^. Mais puisqu'il passe au-dessus des cieux et de toutes les intelligences^, et qu'il nous donne pour modèle de notre unité l'unité même du Père et du Fils, qui pourrait nous exprimer. Chrétiens, quelle doit [être] notre union, et combien nous nous rendrons criminels si nous rompons le sacré lien de la charité
1. Joan.. XV. 9 ; Hebr., xiii, 1. 4. Var. : i:mi?qu'il passe le ciel et