Joan., I, .S. i
DE LA SAINTE TRINITE. o9
de lui-même. Celui qui lui coinniunifiue son essence lui communique aussi son opération. ¥A encore ({u'il reçoive tout de son Père, il ne laisse pas d'être éi>,'al au Père, parce que le Père, qui lui donne tout, lui donne aussi son égalité. Le Père lui donne tout ce qu'il est, et l'engendre aussi grand que lui, parce qu'il lui donne sa propre grandeur. C'est ainsi, ô Père céleste, que vous enseignez votre Fils, parce que vous lui donnez sans réserve la même science qui est en vous.
Mais entendons ce secret, mes Frères, selon la mesure qui nous est donnée, et autant qu'il a plu à Dieu de nous le révéler par les Écritures. Il est clair que celui qui enseigne veut communiquer sa science. Par exemple, les prédicateurs, que l'Esprit de Dieu établit pour enseigner au peuple la saine doctrine, pourquoi montentils dans les chaires? N'est-ce pas afin de faire passer les lumières que Dieu leur donne dans l'esprit de leurs auditeurs? C'est' ce que prétend celui qui enseigne. Il ouvre son cœur à ceux qui l 'écoutent; il tâche de les rendre semblables à lui : il veut qu'ils prennent ses sentiments et qu'ils entrent dans ses pensées ; et ainsi celui qui enseigne et celui qui est enseigné doivent se rencontrer ensemble et s'unir dans la participation des mêmes lumières. Par conséquent la méthode d'enseigner tend à l'unité des esprits dans la science et dans la doctrine; et ce que j'ai dit est très véritable, que celui qui veut enseigner veut communiquer sa science. Mais ni la nature ni l'art ne font qu'ébaucher cet ouvrage ; cette communication est très imparfaite, et cette unité n'est que commencée. Cette entière connnunication de science ne se peut trouver qu'en Dieu même : c'est là (|ue le Père enseigne le Fils d'une manière infiniment
1. Prem 'lires rédactions effucèrs : fussent tous unis clans la même lu-
(( Certes, Fidèles, c'est là lem- des- mière. Telle est la fin de celui qui
sein. (Ce que je prétends mainte- enseigne : il veut ouvrir son cœur,
nant. c'est de vous communiquer et répandre les lumières que Diei;
les pensées — les bonnes pensées — y a mises : et s"il pouvait donner sa
qu'il a plûà Dieu m'inspirer. afin...). propre .science, il la donnerait. De
Ils voudraient (pie leurs connais- sorte que tonte personne qui veut en-
sances pussent entrer dans l'âme de seigner tend, autant qu'il peut, k
ceux qui écoutent, afin que le prédi- l'unité, n — (Sur cette syntaxe, cf.
cateur qui enseigne, aussi bien que Lui de Dieu, t. I. p. 320 : Punég. de
l'auditeur qui entend, se rencon- N. Bernard, p. 40(i. etc.) trassent dans une même pensée et
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admirable, parce qu'il lui communique sa propre science; là se fait cette parfaite unité d'esprit entre le Père et le Fils, parce que la vie et l'intelligence, la raison et la lumière du Père se trouve tellement dans le Fils, qu'il ne se fait de l'une et de l'autre' qu'une même vie, qu'une même intelligence et un même esprit. C'est pourquoi le Père enseignant et le Fils qui est enseigné sont également adorables, parce que le Fils reçoit cette même science du Père, qui ne souffre aucune imperfection.
Et ne nous imaginons pas, Chrétiens, que lorsque le Père enseigne le Fils, [il] lui communique " la science comme la perfection de son être. Comme il l'engendre parfait, il lui donne tout en l'engendrant; bien plus, si nous le savons bien entendre, « l'engendrer et l'enseigner, c'est la même chose : Hoc est cnm docuisse, quod est scientem genuisse, » dit saint Augustin^. Vous me direz qu'engendrer et enseigner sont des termes bien opposés. Il est vrai dans les créatures, où il est certain qu'engendrer n'est pas un acte d'intelligence ; mais en Dieu, dont la vie est intelligence, qui engendre conséquemment par intelligence, il ne se faut pas étonner si, en enseignant, il engendre ; car, s'il enseigne son Fils éternel en lui communiquant sa propre science, il l'engendre en lui communiquant sa propre science ; parce qu'à l'égard de Dieu, être, c'est savoir, être, c'est entendre, comme enseigne la théologie. D'où il s'ensuit manifestement que cela même, que le Père enseigne le Fils, prouve l'unité du Père et du Fils dans la vie de Fintelligence. Il en est de même du Saint-Esprit, puisqu'il procède du Père et du Fils avec la même perfection que le Fils reçoit de son Père. Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit, même lumière, même majesté, même intelligence, vivent tous ensemble d'entendre, et tous ensemble ne sont qu'une même vie.
1. Lauhat : de l'un et de l'autre. telligence ... ee n"est qu'une iiiéine
— Cette faute n'est pas dans Deforis. chose. Les éditeurs ont eu tort de
On voit eonibien elle altère le sens. croire le pluriel nécessaire.
Bossuet dit que de la vie, de l'intel- 2. Var. : que le Père, après avoir
ligence... du Père, et de la vie, de engendré son fils, lui communi-
l'intelligence... du Fils, il ne se fait (jue...
<|u'une même vie. etc. — Se truuri'. î>. In Joau.. Tract. XI, n. n. Ms. ;
au singulier, parce que la vie. l'in- rJocerc (fiiod scientem t/eiiuisfe.
Père saint, dit le Fils de Dieu, gardez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme nous ; c'est-à-dire qu'ils soient comme nous unis dans la même vie de l'intelHiience. Mais pouvons-nous bien espérer que tous les fidèles doivent être unis dans la vie de l'intelligence? Oui, certes, nous le devons espérer. Reaardez les esprits bienheureux qui régnent au ciel avec Jésus-Christ : quelle est leur vie, quelle est leur lumière.'' Leur lumière, dit l'Apocalypse^, c'est l'Agneau, c'est-à-dire le Verbe incréé qui s'est fait la victime du monde : donc la lumière des bienheureux, c'est ce \ erbe, cette parole que le Père profère dans l'éternité. Mais ce Verbe n'est pas une lumière qui soit allumée hors de leurs esprits ; c'est une lumière infinie Cjui luit intérieurement en " leurs âmes. En cette lumière, ils y voient le Fils, parce (jue cette lumière, c'est le Fils même ; en cette lumière, ils y voient le Père, parce que c'est la splendeur du Père : Qui me voit, dit le Fils de Dieu', voit mon Père ; ils y voient le Saint- Esprit, en cette lumière, parce que le Saint-Esprit en procède. En cette lumière, ils s'y conteni})lent euxmêmes, parce qu'ils se trouvent en elle plus heureusement qu'en eux-mêmes : ils y voient les idées vivantes, ils y voient les raisons des choses créées, raisons éternellement pei'manentes. Et de même qu'en cette vie nous connaissons les causes par les effets, l'unité par la multitude, l'invisible ])ar le visible, là, dans ce Verbe, qui est dans les bienheureux, qui est leur vie, qui est leur lumière, ils voient la multitude dans l'unité même, le visible dans l'invisible, la diversité des effets dans la cause infiniment abondante qui les a tirés du néant, c'est-à-dire dans le Verl)e f|ui en est l'idée, qui est la raison souveraine par laquelle toutes choses ont été faites. Dans ce Verbe, les bienheureux voient : ils voient et ils vivent ; et ils vivent tous dans la même vie, parce qu'ils vivent tous de * ce même \ erbe. O vue, ô vie, ô félicité! c'est ainsi que vivent les bienheureux: Ut sint unum sicut et nos.