I Cor.. I
Catherine donc, pour surmonter la science et la sagesse du monde, fait deux choses ^ : 1° elle la détruit ; 2" elle la dépouille. Je dis 1° qu'elle détruit, parce qu'elle dissipe tous les œuvres du mensonge. Je dis, 2°, qu'elle dépouille, parce C[u'elle ôte la force que la science du monde avait donnée au mensonge^ et la donne à l'Église chrétienne, parce que l'Église des chrétiens est la dépositaire de la vérité. Il est vrai que les philosophes étaient dans l'erreur, ils s'écartaient bien loin de la vérité ; mais cependant ils n'avaient pas moins de subtilité pour cela parce qu'ils détournaient la vérité pour la donner au mensonge, et c'est ce qui a fait dire à Tertullien : « Pulsarunt ad januam veritotis ^ , qu'ils ont frappé à la porte de la vérité, » mais qu'ils ne sont pas entrés dans son sanctuaire. Car, comme il a plu à Dieu de conserver, malgré le débris de l'univers, des vestiges des plus grandes vérités, ce qui a fait errer les anciens philospohes, c'est ce qui leur a fait peu à peu trouver leur port dans un heureux égarement, comme parle Tertullien : Prospero errore philosophia portum invenit^. Le mensonge est « l'ennemi de la vérité, comme le démon l'est du genre humain : interpolotor veritatis,» comme l'appelle Tertullien*. Il se déguise souvent et prend la figure de la vérité : c'est le singe de la vérité. Et c'est le mensonge que les anciens philosophes ont suivi, ou lorsqu'ils ont tâché d'obscurcir la vérité par le mensonge, ou bien qu'ils se sont efforcés d'éclairer l'erreur par la lumière de la vérité; tellement que, pour abattre l'orgueil de ces philosophes, il fallait ôter au mensonge les vérités qu'il avait usurpées, et convaincre les erreurs qu'il avait établies. Car quiconque veut suivre la vérité, il ne peut pas soutenir l'erreur, et, comme dit saint Paul, les philosophes anciens tenaient la vérité captive ' sous le joug du mensonge, parce que le mensonge qui la couvrait ne leur permettait pas de la découvrir et de la développer.
1. Cf., au t. IV, le Panégyrique 3. De anima, 1 : aliqiiis portas de sainte Catherine, de 1661, se- ofEenditur prospero errore. — Panég. cond point. <h sainte Catherine.
2. Éc testim. anim., 1 : Veritatis 4. Ziec'M/^((/Vr»î»H., lib. 1, S : interfores puisant. — Cf. Panégyrique de polator natur».
sainte Catherine. Ihid. ô. Rom., I. IS.
C'était la faute de la philosophie des idolâtres qui, ayant fermé leurs cœurs à l'amour de la vérité, les avait empêchés de lui rendre de justes hommages et des adorations légitimes. Voilà donc la vérité captive sous le joug du mensonge : la fausseté de l'un empêche que l'on n'aperçoive la vérité de l'autre. Mais pouvez-vous croire qu'une jeune fille puisse développer tant d'erreurs? Ah ! c'est un coup du Très-Haut; c'est un effet de la grâce de Jésus-Christ. Elle ôte à la philosophie humaine les vérités qu'elle avait usurpées. Car la vérité étant vierge, elle ne devait point être souillée ; mais les philosophes ont tâché de la souiller par le mensonge. Il fallait donc prendre cette sainte vérité entre les mains de ceux qui la souillaient, pour lui rendre son éclat et son lustre. Et c'est ce qu'a fait sainte Catherine. Cinquante philosophes s'assemblent de toutes parts ; elle les confond tous par sa science ; et ceux qui ont vu ses écrits avouent qu'elle était la plus célèbre par la philosophie qu'il se pût voir. Les philosophes, voyant qu'elle défend très puissamment la vérité et qu'elle est également imprenable et aux vérités, pour les appuyer, et aux mensonges, pour les surprendre, enfin ils donnent les mains. Ah ! qui a fait ce grand ouvrage, si ce n'est Jésus-Christ par le moyen de sainte Catherine? L'amour qu'elle avait pour la vérité l'a fait pailler en sa faveur, et la haine qu'elle portait à L'erreur lui a fait dissiper les mensonges.
Chrétiens, laissons donc aujourd'hui embraser nos cœurs par les ardeurs de cette sainte vérité. Il n'y a point de vérité que vous ne pénétriez, grande Sainte, par voti'e charité, qui est immense, et que votre science ne manifeste aux yeux de tout le monde. Nous devons donc rendre à la vérité le témoignage de la parole, et puisque cette sainte a bien voulu développer la vérité de ces ombres pour l'honorer par sa manifestation, nous devons aussi par conséquent la manifester, et c'est pour cela que nous lui devons le témoignage de notre parole et de notre voix.
Mais ce n'est pas assez de donner seulement à la vérité le témoignage de notre parole : sa solidité, étant inviolable, demande quelque chose de plus solide que la
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voix; et le témoignage de la parole, qui n'est qu'un vent, n'est pas assez fort pour la soutenir et pour l'appuyer. Ah ! notre zèle est trop faible et trop impuissant, si nous n'ajoutons au témoignage de la parole le témoignage de la vie. C'est pourquoi, après qu'un chrétien a publié la vérité par la parole, il faut qu'il la confirme par la sainteté de sa vie. O sainte Aérité, tu dois être la règle de notre vie ; o sainte vérité, tu dois être l'exemplaire de nos mœurs ; o sainte vérité, tu dois être la forme de nos jugements !
Mais ce n'est pas encore assez pour établir la vérité, du témoignage de la parole et de la vie, et nous lui devons encore le témoignage du sang, parce que le témoignage du sang étant le dernier, est le témoignage le plus accompli, parce qu'il se termine par les souffrances. Nous lui devons donc le témoignage du sang, quand il lui plaira de l'exiger de nous.
Chrétiens, animons maintenant nos coeurs pour rendre ces trois témoignages à la vérité. Rendons-lui un témoignage et de parole et de vie. Pour le témoignage du sang, nous ne sommes pas dans le temps de le lui rendre ; mais, en revanche, tâchons de lui rendre les témoignages de parole et de vie ; tâchons que, par toute la terre, notre parole rende témoignage que la vérité est méprisée. On rencontre partout de ces esprits malheureux qui font gloire de se déclarer contre la vérité ; le libertinage semble être venu au dernier période. Les libertins ne se contentent pas de lui faire violence, mais ils veulent encore qu'on leur applaudisse. Ah ! Chrétiens, souffrirez-vous un tel scandale? Parlez, parlez hautement en ces rencontres en faveur de la vérité, et ce n'est pas assez que les prédicateurs tonnent dans la chaire. On croit qu'ils sont obligés de déclamer contre les vices. Mais quand vous êtes dans les compagnies insolentes, si vous êtes hommes de courage, vous devez résister fortement à ces malheureux ; et la juste appréhension qu'ils auront qu'on ne se soulève contre eux sera d'autant plus considéral^le qu'elle mettra des bornes à leur impudence.
Ce n'est pas assez. Chrétiens, que nous donnions seulement à la vérité des témoignages de parole, c'est
donner de Tombre au corps et de la figure à la réalité. Il faut encore ajouter le témoignage de la vie. Ah ! donnons à la vérité le témoignage de notre vie, en vivant comme de vrais chrétiens, et que l'esprit de Jésus- Christ puisse être reconnu dans toutes nos actions. Nous avons pour fondement de nos actions la foi ; il y avait des hauteurs superbes à abattre pour poser ce fondement ; il y avait l'esprit humain et la raison. Il fallait les abattre toutes deux pour poser le fondement de la foi. Poser le fondement de notre vie sur l'esprit humain, c'était bâtir sur le sable, parce que l'esprit humain est toujours chancelaiit, oscillant et inconstant. Il n'est jamais stable ni ferme. Il a donc fallu aveugler la raison et abattre l'orgueil de l'esprit humain. Mais, après toutes ces grandes entreprises, après avoir posé le fondement de la foi, que bâtit-on? On ne bâtit rien. Ah! n'est-ce pas attirer sur nous cette malédiction de l'Évangile : Hic hoino cœpît œdificare et non pot ait consiimmare^, et l'on dira de nous : Cet homme a commencé à bâtir, il a posé le fondement; mais,, après avoir posé le fondement, il n'a pu achever son édifice. Ah ! c'est que nous avons bien posé le fondement de la foi, mais nous n'avons rien bâti dessus.
^'oici quel doit être le fondement de notre vie ^ : Jésus-Christ a méprisé le monde, il ne veut que les souffrances, il ne cherche que la honte, il veut se rassasier d'opprobres, il abat à ses pieds toutes les grandeurs de la terre. Voilà le fondement que nous avons, et sur lequel nous devons bâtir toute notre vie. .Mais quand je pense à ce fondement, avons-nous bâti notre édifice spirituel là-dessus? O fondement! O édifice! O chrétiens ennemis de la foi ! O éti-ange dissipation ! Faut-il sur un fondement si auguste voir un édifice si misérable ? Faut-il sur un fondement de bois élever un édifice de paille? Ah ! commençons à ouvrir les yeux povn* voir une effroyable contrariété du fondement et de l'édifice. I.e fondement est saint, et l'édifice est rempli de crimes. Le fondement est juste, et l'édifice est coupable. Ah! si le dessous demande notre amour, le dessus nous don-