‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 4 sur 397 · Apoc. XII. 1, et Luc. i. H5. 2. De Carne dir.. n · texte numérisé non relu

Apoc. XII. 1, et Luc. i. H5. 2. De Carne dir.. n

4 POl'R LA FÊTK DE L 'ANNONCIATION.

tête, il l'accable de ses propres machines, et il imprime la marque de sa victoire partout [où] il voit quelque caractère de son rival impuissant. Et d'où vient cela? C'est qu'il est jaloux et poussé d'une charitable émulation. C'est jiourquoi la foi novis enseigne que, si un honnne nous perd, un lionnne nous sauve ; la mort rèjjine <lans la race d'Adam, c'est de la race d'Adam que la vie est née ; Dieu fait servir de remède à notre péché la mort qui en était la punition ; l'arbre nous tue, l'arbre nous <>uérit ; et pour accomjjlir toutes choses, nous voyons dans l'Kucliaristie qu'un manger salutaire répare le mal qu'un manger téméraire avait fait. I/émulation de Dieu a fait cet ouvrage.

[P. 3] Et si vous me demandez. Chrétiens, d'où lui vient cette énuilation contre sa créature impuissante, je vous répondrai en un mot qu'elle vient d'un amour exti'Ame pour le geiu'e humain. Pour relever notre courage abattu, il se plaît de nous faire voir toutes les forces de notre ennemi renversées ; et voulant nous faire sentir que nous sommes véritablement rétablis, il nous montre tous les instruments de notre malheur miséricordieusement employés au ministère de notre salut. Telle est l'énuilation du Dieu des armées. Et de là vient que nos anciens Pères voyant, par une induction si universelle, que Dieu s'est résolument attaclié d'opérer notre bonheur par les mêmes choses qui ont été le principe de notre perte, ils en ont tiré cette conséquence : Si tel est le dessein de Dieu, que tout ce (jui a eu part à notre ruine doive cooj)érer à notre salut, puiscjue les deux sexes sont intervenus en la désolation de notre nature, il fallait qu'ils se trouvassent en sa délivrance ; et parce que le genre humain est précipité à la damnation éternelle par un homme et par une femme, il était certainement convena])le (|ue Dieu jirédestinât une nouvelle Eve aussi bien (|u'un iiouvel Adam, afin de donner à la terre, au lieu de la race ancienne fjui avait été condamnée, une nouvelle |Jostérité r|ui fût sanctifiée par la grâce.

Mais fl'autant ({ue cette doctrine est le fondement assuré de la dévotion jiour la sninte Vierge, il importe que vous sachiez quels sont les docteurs qui n)e l'ont apprise. Je vous nonune })remièrement le grand Irénée

l'oru LA KiriK DF, I. ANNONc I A rroN. 5

el: le grave ' Tertullien, et croyez que vous entende/ en ces deux grands hommes les deux plus anciens auteurs ecclésiastiques. Donc le saint martyr Irénée, cet illustre évêque de Lyon, l'ornement de FÉglise gallicane, qu'il a fondée par son sang et par sa doctrine, parle ainsi de la sainte Vierge, au V^ livre Contre les Hérésies, chaj)itre XIX : (( Il fallait, dit-il, que le genre humain, "condamné à mort j)ar une vierge, fût aussi délivré par une vierge. » Remarquez ces mots : Ut (^eiuis huin{nnnii morti odstrictiiin pcr vir^inem, salvdretur pcr virgine))} ~. Et ce célèbre prêtre de Carthage, je veux dire Tertullien : « Il était, dit-il^, nécessaire c[ue ce qui avait été perdu par ce sexe, fût ramené au salut par le même sexe : IH qiiod per ejusmodi sexinv ah'ierot in pcrditioneni, per eunidem sexinn redigeretur ad snluteni. » Et, après eux, l'incomparable saint Augustin, dans le livre du Sipnhole niix catéchumènes : a Par une femme la mort, nous dit-il, et par une femme la vie ; par Eve la ruine, par Marie le salut : Per feniinam mors, per feminam vita ; per Evani interitus, per Mariam sahis*. » l'ous les autres ont i)arlé dans le même sens ; et de là il est aisé de conclure que, de même que le Sauveur prend le titre de second Adam, Marie sans difficulté est la nouvelle Eve : [p. 4] d'où il s'ensuit invinciblement que de même que la première Eve est la mère de tous les mortels, la seconde, qui est Marie, est la mère de tous les vivants, selon la pensée de saint Épiphane, c'est-à-dire de tous les fidèles.

Et certainement. Chrétiens, cette doctrine si sainte et si ancienne n'est pas une invention de l'esprit liumain, mais un secret découvert par l'Esprit fie Dieu; et afin que nous en demeurions convaincus, conférons exactement Eve avec Marie dans le mystère que nous honorons aujourd'hui, et considérons en nous-mêmes cette merveilleuse émulation du Dieu des armées et les conseils impénétrables de sa providence dans la réparation de notre nature.

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