GLOIRE DE DIEU DANS LA CONVERSION DES PÉCIIEIRS
grand prix ^ celles que les péchés font répandre ; et Famertume de la pénitence a quelque chose de plus doux pour eux que le miel de la dévotion. Reconnaissons, pécheurs misérables, que nos larmes pénètrent le ciel, puisqu'elles y vont réjouir les anges; comprenons combien les pleurs^ de la pénitence sont fructueux à ceux qui les versent, puisqu'ils le sont même aux esprits célestes, desquels ils augmentent par conséquent la félicité. Entendons dans notre évangile quelle abondante satisfaction produira un jour en nous-mêmes l'affliction d'un cœur repentant, puisqu'elle en produit déjà dans les anges, auxquels le Fils de Dieu nous promet que la grâce nous fera semblables. Apprenons enfin, Chrétiens, combien les anges nous sont unis, puisqu'ils prennent tant de part à notre bonheur ; et puisqu'ils veulent bien se lier à nous par une société si étroite, joignonsnous aussi avec eux, et disons tous ensemble avec Gabriel, un de leurs bienheureux compagnons : Ave, gKotia plena.
Si quelqu'un n'a pas encore assez entendu combien est grande la charité des saints anges pour les misérables mortels, qu'il considère^ en notre évangile les aimables paroles du Sauveur des âmes, par lesquelles il nous apprend que la conversion des pécheurs réjouit tous les esprits bienheureux ; et qu'encore que Dieu les enivre du torrent de ses éternelles délices, néanmoins ils sentent augmenter leur joie quand nous sommes renouvelés par la pénitence ^ . Nous lisons dans les Écritures " qu'autrefois les esprits célestes se déclarèrent visiblement contre nous, lorsqu'un chérubin, envoyé de Dieu avec une forme terrible, tenant en sa main un glaive de feu, gardait la porte du paradis, pour épouvanter nos parents rebelles et leur interdire l'entrée de ce jardin délicieux qu'ils avaient déshonoré par leur crime. Mais après la naissance de ce Sauveur, qui nous a réconciliés
1. Var. : ])lua considérables. second exorde font double emploi
2. Yar. : les larmes jmisqirel- avec le jjremier : elles étaient écrites
les. auparavant, et l'oratenr. sans les
;î. Tar. : qu"il écoute. eifacer, se réservait de les modifier
4. Ici. comme en plusieurs autres ou de les supprimer en chaire, manuscrits, quelques expressions du 5. Gen.. m, 24.
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par son sang, vous n'ignorez pas, Chrétiens, que ces bienheureuses intelHgences, qui nous avaient déclaré la guerre, nous vinrent aussi annoncer la paix : Que la paix, disent-ils \ soit donnée aiix Jiommes' ; et, depuis cette salutaire journée, nous leur sommes devenus si chers, que Jésus-Christ nous enseigne dans notre évangile qu'ils préfèrent nos intérêts aux leurs propres. C'est ce que vous remarquerez aisément, si vous pénétrez le sens des paroles que j'ai alléguées pour mon texte. Les anges, dit le Fils de Dieu, se réjouissent plus de la conversion d'un pécheur que de la persévérance de quatre-vingt-di^c-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. Je demande quels sont ces justes auxquels le Sauveur ne craint pas de dire que la pénitence n'est pas nécessaire. Certes, nous ne les trouverons pas sur la terre, puisque, tous les hommes étant pécheurs, ce serait une témérité inouïe que d'assurer qu'ils n'ont pas besoin du remède de la pénitence. Si quelqu'un dit qu'il ne pèche pas, il se trompe, et la vérité n'est pas en lui, dit le disciple bien-aimé de notre Sauveur^.
Où chercherons-nous donc, Chrétiens, cette innocence si pure et si achevée, qu'elle n'a pas besoin de la pénitence? Sans doute, puisqu'elle est bannie du milieu des hommes, elle ne se peut rencontrer que parmi les anges qui, détestant la rébellion et l'audace de Satan et de ses complices, demeurèrent immuablement dans le lieu où Dieu les avait établis dès leur origine. Vous êtes les seuls, ô esprits célestes, parmi toutes les créatures, qui jamais n'avez été souillés par aucun péché ; vous êtes ces justes de notre évangile, auxquels la pénitence n'est pas nécessaire : et ainsi lorsque notre Sauveur nous apprend que vous recevez une joie plus gi-ande de la conversion des pécheurs que de la justice des innocents qui n'ont pas besoin de se repentir, c'est de même que s'il nous disait que notre pénitence vous réjouit plus que votre propre persévérance. Merveilleuse vertu de la pénitence, qui oblige tous les saints anges à nous préférer à eux-mêmes ; qui répare si glorieusement les ruines des plus grands pécheurs, qu'elle les met