‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 51 sur 397 · MARTHA, MARTHA, SOLLICITA ES · texte numérisé non relu

MARTHA, MARTHA, SOLLICITA ES

8 septembre H\T)7).

M. Floquet a cru que ce sermon avait été prêché à la vêture de M"^ de La Vieuville, à Meaux. en labbaye Notre-Dame, en 1669 (Études, t. III, p. 321). M. Lâchât a fait sienne cette opinion, selon son habitude (t. XI, P- 455). Mais le manuscrit \ que ces auteurs n'ont pas connu, l'écarté invinciblement. Il nous montre une œuvre de la jeunesse de Bossuet, ayant précédé de treize ou quatorze ans l'époque des oraisons funèbres classiques. Malgré sa beauté, on trouvera dans le stjle, encore im peu archaïque, des signes analogues à ceux (jui apparaissent avec évidence dans récriture et l'orthographe. Bossuet, d'ailleurs, y renvoie en 1661 (Sur Vambition, !«'■ point ; Ms. fr. l-?822, £« 323)".

MàpOx, MàpOa, |xîpt[jiva; -/.al T'jpoâJ^r, TT£pl TToXXâ" Év&ç Se £JTi /oEta" Mapt'a ttjv

(Luc, X, 41, 42.)

Quand je considère, mes Sœurs, les diverses aoitations de l'esprit humain et tant d'occupations différentes qui travaillent inutilement les enfants des hommes, je ne puis que je ne m'écrie avec le Psahniste : Qii^ est-ce que rhomme, ô grand Dieu, que vous en faites état ' et

1. Ms. à la, bibliothèque de la Société archéologique de Limoges, communiqué par M. le chanoine Arbelot, président.

2. Bossuet n'a i^as traduit ici ; mais on trouve la traduction dans l'exorde : ft Marthe, Marthe, tu es empressée, et tu te troubles dans la multitude ; or il n'y a qu'une chose qui soit nécessaire : Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée. v) — Les éditeiu's ont remplacé ce grec par le latin, en tronquant le texte, et en ne conser-

vant que deux points sur trois :

Mart/iu, Martha. sotllciUi cf et imhar'tf erqa plvrima : porro unum es/ ncccssaihim... « Marthe. ^Marthe, vous vous empressez, et vous vous troublez dans le soin de beaucoup de choses : cependant une seule chose est nécessaire. i> i Luc .v. 4 1 . 4-2.)

3. Les éditeurs croient devoir corriger : i( pour que vous eu fa^^iez état... » Mais ici, comme ailleurs.

Bossuet ne visait qii'k traduire littéralement.

POUR UNE VFTURE. »0

que vous en avez souvenance ' ? Xoti-e vie, qu'est-ce autre chose qu'un égarement continuel? Nos opinions sont autant d'erreurs et nos voies ne sont qu'ignorance. Et certes, quand je parle de nos ignorances, je ne me plains pas, Chrétiens, de ce que nous ne connaissons point quelle est la structui'e du monde, ni les influences des corps célestes, ni quelle vertu tient la terre suspendue au milieu des airs, ni de ce que tous les ouvrages de la natvu'e nous sont des énigmes inexplicables. Car encore que ces connaissances soient très diû,ne[s] d'être recherchées, ce n'est pas ce que je déplore aujourd'hui. La cause de ma douleur nous touche de bien plus près. Je plains le nialheui" de notre ignorance en ce que nous ne savons pas ce qui Jious est propre, en ce que nous ne connaissons pas le bien et le mal, et que nous errons deçà et delà, sans savoir la véritable conduite qui doit gouverner notre vie.

Et pour vous convaincre manifestement d'une vérité si constante, figurez-vous, ma très chère Sœur, que, venue tout nouvellement d'une terre inconnue et déserte, séparée de bien loin du commerce et de la société des hommes, ignorante des choses hvmiaines, vous êtes tout à coup transportée au sommet d'une haute montagne, d'où, par un effet de la puissance divine, vous découvrez ]a terre et les mers et tout ce qui se fait dans le monde. Ëlevée donc sur cette montagne, vous voyez du premier aspect cette multitude infinie de peuples et de nations, avec leurs mœurs différentes et leurs humeurs incompatibles ; puis, descendant plus exactement au détail de la vie humaine, vous contemplez les divers emplois dans lesquels les hommes s'occupent. O Dieu éternel, quel tracas ! quel mélange de choses ! quelle étrange confusion ! Celui-là s'écliauffe dans un barreau ; celui-ci, assis dans une boutique, débite plus de mensonges que de marchandises ; cet autre, que vous vo3'ez employer dans le jeu de la meilleure partie de son temps, il se passionne, il s'impatiente, il fait une affaire de conséquence de ce qui ne devrait être qu'un relâchement de l'esprit. Les uns cherchent dans la compagnie l'applaudissement du

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