‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 50 sur 397 · Luc, m. 8. Traduction littérale · texte numérisé non relu

Luc, m. 8. Traduction littérale

même : Je ne me vengerai pas deux fois (i"mie même faute ; et ailleurs : Si nous nous jugions, nous ne serion-s pas jugés ^. Lui ayant remontré ces choses: Aie bon courage, dit-elle, préviens la justice par la justice. Dieu se veut venger, venge-le toi-même ; sa colère est armée contre toi, arme tes propres mains contre tes propres iniquités : Dieu recevra en pitié le sacrifice d'un cœur contrit, que tu lui offriras pour l'expiation de ton crime ; et, sans considérer que les peines que tu t"im})oses ne sont pas une vengeance proportionnée, il regardera seulement qu'elle est volontaire. I. à-dessus, le pécheur s'éveille, et regardant la justice divine si fort enflammée contre nous, et que d'ailleurs il est impossible de lui résister, il voit qu'il est impossible de faire autre [chose] que de se joiii(h'e à elle pour en éviter la fureur, de prendre son parti contre soi-même, et de venger par ses propres mains les mystères de Jésus violés, et son Saint-Esprit aflîigé, et sa majesté offensée. C'est pourquoi il se transporte en esprit en cet épouvantable jugement où, voyant que Dieu accuse les pécheurs, qu'il les condamne et qu'il les pvniit, il se met en quelque sorte en sa place : de criminel, il devient le juoe : il s'accuse, [c'est la] confession ; il se condamne, [c'est la] contrition ; et il se punit, [c'e^t la] satisfaction.

Et premièrement il s'accuse ; et voyant dans les Écritures que Dieu, menaçant les pécheurs, leur dit : Je te mettrai contre toi-même' , il prévient cette sentence très équitable, et il témoiune lui-même son iniquité. Il dit hautement avec David : J'ai péché an Seigneur^ ; il dit encore avec Daniel : Xous avons péché, nous avons mal fait, )ious avons transgressé vos commandements, nous avons lai.ssé vos préceptes et vos jugements ; à vous la gloire, à vous la justice ; ci nous la confusion et l'ignominie '. Il dit avec le Publicain : O Dieu, ayez pitié de moi, miscrahlc pécheur "^ \ Il va au tribunal de la pénitence, il a recours aux clefs de l'Église. Une fausse honte l'ai-rête : O lionte, cHt-il, qui m'étais donnée poiu"

1. I Cor.. XI. :!1 : cf. Ezech.. :>. II Reg , xii. i:!. xxxiii. 14-n;. 4. Dan., m. 29. .H'i : ix. 7.

2. Ps. XT.ix. 21. — M>. : contre .'). Luc. xviit. 1.-k moi-même. (Distraction.)

.^lïiiions lie I?o<suet. — TI. '<

me retenir dans l'ardeur du crime, et qui m'as abandonné si mal à propos, il est temps aussi que je t'abandonne ; et t 'ayant perdue malheureusement pour le péché, je te veux perdre utilement pour la pénitence. Là, il découvre avec une sainte confusion ses profondes et ignominieuses blessures, il se reproche lui-même sa lâcheté devant Dieu et devant les hommes. Que demandez-vous, justice divine? qu'est-il nécessaire que vous l'accusiez?' Il s'accuse lui-même volontairement.

Mais il ne suffit pas qu'il s'accuse : il faut encore qu'il se condamne. Expliquez-le-nous, ô grand Augustin, etc. ^ ! C'est ainsi que firent les Ninivites. Suhvertitiir'^ plane Ninive, cum calcatis deteiioribus sUidm ad meliora convertitur ; subvertifur, inqnam, dum ptirpura in cïlîcium, affliicntia in jejuniuni, Isetitia mutatiir in fletum^. O ville heureusement renversée! Renversons Ninive en nous.

Mais écoutons encore : il ne suffit pas de nous condamner, il ne suffit pas de changer nos moeurs. I^a bonté entreprenant sur la justice, la justice fait quelques réserves. Parce que Jésus-Christ est bon, il ne faut pas que nous soyons lâches : au contraire, nous devons être d'autant plus rigoureux à'nous-mêmes, que Jésus-Christ est plus miséricordieux. Cinerem * tanquam panem manducaham, et potum meum cum fletu misceham, a facie irse et indignationis tnœ''. Ninivites, tam manifestum judicantes afflictionis remedium ut sibi etiam finimalium crederent jejunium profuturum^.

O spectacle digne de la joie des anges ! Parce que l'homme accuse, Dieu n'accuse plus. L'homme se joignant avec la justice, lui fait tomber les armes des

1. Deforis indiqiie les passages ques lourdes transitions. Mais ces suivants: fn Pu. XLIX, n. 28: fn textes étaient-ils donc destinés à être Ps. XXXVII. n. 24: In Ps. lix, n. ô. récités? N'étaient-ils pas plutôt l'in- De pins, par excès de zèle, il insère dication d'un développement ? Rede longs extraits dans son texte marquons que c'étaient ceux-là mêmême. Bossuet s'est borné à esqnis- mes que l'antem- avait notés qnelser à la hâte ce second point. qnes mois auparavant, à la fin du

2. 'Ms. : Sithrertetur... coivertetur. sermon de l'Annonciation. — (Cf.

3. S. Encher. Lugdnn.. I/om. de sommaire, p. 1, ci-dessus.) Pœnit. Xinivit. ô. Ps. ci. 10. 11.

4. Deforis introduit dans le texte (î. S. Encher. Lngdiui.. flnm. i/tdes traductions de sa façon et quel- /'œtiH. yinirit.

mains; il l'affaiblit, pour ainsi dire, en la fortifiant: Dieu lui pardonne, parce qu'il ne se pardonne pas ; Dieu prend son parti, parce qu'il prend le parti de Dieu ; parce qu'il se joint à la justice contre soi-même, la miséricorde se joint à lui contre la justice. N'épargnons pas, mes Frères, des larmes si fructueuses ; frustrons l'attente du diable par la persévérance de notre douleur: plus nous déplorons la misère où nous sommes tombés, plus nous nous rapprochons du bien que nous avons perdu . . .

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