‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 53 sur 397 · Var.: une ville. iu^tique?Lamermême,que la nature · texte numérisé non relu

Var.: une ville. iu^tique?Lamermême,que la nature

2. Bossuet efface ici douze ligue.^ semblait n'avoir destinée que pour qu'il empruntait à son ancien ser- être l'empire des vents et la demeure mon sur la Loi de Dieu, cf. t. 1. des poissons, la mer est habitée par p. ."14, en modifiant toutefois quel- les hommes ; la terre lui envoie dans ques expressions ; (( La campagne des villes flottantes comme des colon'est pas moins occupée ; chacun y nies de peuples errante qui, sans est en action et en exercice, l'un à autre rempart que d'un bois fragile, ses bâtiments, l'autre à ses jardins. osent se commettre à la fureur des l'un travaille poiu- l'ornement et tempêtes sur le plus perfide des élépour les délices, l'autre pour la né- ments. Et là, que ne vois-je pas ? — oessité et pour le ménage: et qu'est- Que de durs exercices ( Var. : que de il nécessaire de vous faire ici une divers spectacles) ! que de pénibles longue et ennuyeuse énumération observations ! »

de toutes les occupations de la vie

imposant silence à vos passions, qui ne cessent d'inquiéter l'âme par leur vain murmure, écoutez le Seigneur Jésus qui, vous parlant intérieurement au secret du cœur, vous dit avec cette voix charmante qui seule devrait attirer les hommes : Tu te troubles dans la multitude, et il n']i a qu'une seule chose qui soit nécessaire.

Qu'entends-je, et que dites-vous, ô Seigneur Jésus? Pourquoi tant d'affaires, pourquoi tant de soins, pourquoi tant d'occupations différentes, puisqu'il n'y a qu'une seule clT[0>e qui soit nécessaire ? Si vous nous apprenez. Sagesse éternelle, que nous n'avons tous qu'une même affaire, donc nous nous consumons de soins superflus, donc nous ne concevons que de vains desseins, donc nous ne repaissons nos esprits que de creuses et chimériques imaginations, nous qui sommes si étrangement partagés \ \ otre parole, ô Seigneur Jésus, nous rappelant à l'unité seule, condamne la folie et l'illusion de nos désirs inconsidérés et de nos prétentions infinies : donc il s'ensuit de votre discours que la solitude que les hommes fuient et les cloîtres qu'ils estiment autant de prisons, sont les écoles de la véritable sagesse ; puisque, tous les soins du monde en étant e^'clus avec leur empressante multiplicité, on n'y cherche que l'unité nécessaire, qui seule est capable d'établir les cœurs dans une tranquillité immuable. Chère Sœur, c'est ce que Jésus-Christ nous enseigne dans cette belle et mystérieuse parole que je tâcherai^ aujourd'hui de vous faire entendre.

Mais, pour y procéder avec ordre, que puis-je me proposer de plus salutaire que d'imiter Jésus-Christ lui-même, et de suivre cette excellente méthode que je vois si bien pratiquée par ce divin Alaître. Marthe, Marthe, dit-il, tu es empressée, et tu te troubles dans la multitude ; or il n^y a qu'une chose qui soit nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée. Je remarque trois choses dans ce discours : Jésus, ce charitable médecin des âmes, les considère

1. Dan> la même page Bossuet 2. Yar.: que je me propose. — La

écrit ici : donqiiea. âoncques, doncqtie. phi'ase suivante montre pourquoi

rlnnc. Il y a peu d'exemples d'une cette expresf'ion a-été modifiée. ])areille bigarrure.

88 POIR UNE VÊTIRE.

comme languissantes, et nous laisse dans ces paroles une consultation admirable pour les guérir de leurs mal'^.dies. Il en regarde premièrement le princi]ie ; après, ayant touché la cause du mal, il y applique les remèdes propres; et enfin, il rétablit son malade dans sa constitution naturelle. Je vous prie de considérer ces trois choses accomplies par ordre dans notre évangile \

Marthe, Marthe, tu es empressée, etc. ; c'est-à-dire : O âme, tu es affaiblie en cela même que tu es partagée ; de là l'empressement et le trouble : voilà le principe de la maladie ; après, suit l'application du remède.

Car, puisque la cause de notre faiblesse, c'est que nos désirs sont trop partagés dans les objets visibles qui nous environnent, qui ne voit que le vérital)le remède, c'est de savoir ramasser nos forces inutilement dissipées? C'est aussi ce vque fait le Seigneur Jésus, en nous appliquant à l'unité simple, qui n'est autre chose que Dieu. Pourquoi, dit-il, vous épuisez-vous parmi tant d'occupations différentes, puisqu'il n'y a qu'une chose qui soit nécessaire? Porro uniim est necessarium. \ oyez qu'il ramasse nos désirs en un.

De là naît enfin la santé de l'âme dans le repos, dans la stabilité, dans la consistance que lui promet le Sauveur Jésus: Marie, dit-il, a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée : c'est l'entière stabilité. C'est ainsi que le Fils de Dieu nous guérit.

Chère Sœur, abandonnez-vous à ce médecin toutpuissant. Apprenez de lui ces trois choses : que vous devez avant toutes choses vous démêler de la multitude ; après, rassembler tous vos désirs en l'unité seule ; et enfin, ciue vous y trouverez le repos et la consistance. Ainsi vous accomj^lirez les devoirs de la vie religieuse que vous embrassez, et nous pourrons dire de vous ce que Jésus-Christ a dit de Marie, qu'en quittant le monde et ses vanités, vous avez choisi la meilleure part, qui ne vous sera point ôtée.

1. A'ar.: Voyez ces trois choses sée dans la multitude des objets

dansnotreÉva'ngile. — Dansunepre- sensible?; et déplorant sa lancrueur

mière rédaction effacée (23 lignes"). et sa servitude : O âme. lui dit-il, tu

l'a uteurne remarquait d'abord que te troubles... Après, il lui a:rsigr,e

deux points à tirer de ce texte : les remède- projires... » (■( Jésus considère une âme empres-

Premier Point.

Encore que nous connaissions par expérience que notre plus grand mal naît de l'amour-propre, et que ce soit le vice de tous les hommes de s'estimer euxmêmes excessivement, il ne laisse pas d'être véi-itable que, de toutes les créatures, l'homme est celle qui se met à un plus bas prix, et qui a le plus de mépris de soi-même.

Je n'ignore pas, Chrétiens, que cette proposition paraît incroyable jusqu'à ce que l'on en ait ipénéti-é le fond ; car on pourrait d'abord objecter que l'orgueil est la plus dangereuse maladie de l'homme. C'est l'amourpropre qui fait toutes nos actions ; il ne nous abandonne pas un moment : et de même que, si vous romj)ez un miroir, votre visage semble en quelque soi*te se multiplier dans toutes les parties de cette glace cassée, cependant c'est toujours le même visage ; ainsi, quoique notr^" âme s'étende et se partage en beaucoup d'inclinations différentes, Tamour-iiropre y paraît partout ; étant la racine de toutes nos ^ passions, il fait couler dans toutes les branches ses vaines, quoirjue auréables complaisances.

Et certes, si l'on connaît la grandeur du mal lorsqu'on a recours aux remèdes extrêmes, il faut nécessairement confesser que notre nature était enflée d'une insupportable insolence. Car puisque, pour remédier à l'orgueil de l'homme, il a fallu rabaisser un Dieu ; puisque, pour abattre l'arrogance humaine, il ne suffisait pas que le Fils de Dieu descendît du ciel en la terre, si sa majesté ne se ravalait jusqu'à la pauvreté d'une étable, jusqu'à l'ignominie de la croix, jusqu'aux agonies de la mort, jusqu'à l'obscurité du tombeau, jusqu'aux profondeurs de l'enfer ; qui ne voit que nous nous étions emportés au plus haut degré d'insolence, nous, dis-je, qui n'avons pu être rétablis que par cette incompréhensible humiliation? Et toutefois je ne crains point de vous assurer que, par une juste punition de notre arrogance insensée, pendant que nous nous enflons et flattons notre ca-ur

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