I Petr., I, 18. 2. I Cor., vi
Considère, ô peuple fidèle, que nous appartenons au Seigneur Jésus par le droit de notre naissance. Étant donc à lui à si juste titre, puisqu'il nous paye encore, puisqu'il nous achète, comprenons que c'est notre amour qu'il veut acheter, parce que notre rébellion le lui a fait perdre. Qui ne vous aimerait, ô Jésus ! qui ne vous donnerait un amour que vous exigez avec tant de force, que vous attirez avec tant de grâce, et enfin que vous couronnez avec une telle libéralité? Aimons donc Jésus de toute notre âme, aimons fortement, aimons constamment ; et ayons toujours en notre pensée que l'amour que nous lui rendons est un amour gagné par le sang. C'est pourquoi résolvons-nous. Chrétiens, à aimer Jésus-Christ parmi les souffrances. C'est aimer trop faiblement Jésus-Christ, que de ne souffrir rien pour l'amour de lui. Son amour paraît par son sang; il ne reconnaît point d'amour qui ne soit marqué de sang tout comme le sien.
INIais quel sang lui donnerons-nous? Irons-nous chercher bien loin des persécuteurs qui répandent notre sang pour l'amour de lui? Non, Fidèles, ce n'est pas là ma pensée; il n'est pas nécessaire de passer les mers, ni de visiter les peuples barbares. Si nous aimons assez Jésus- Christ, la foi inventive et industrieuse nous fera trouver un martyre au milieu de la paix du christianisme. Quand il nous exerce par les souffrances, si nous l'endurons chrétiennement, notre patience tient lieu de martyre. S'il met la main dans noti'e sang et dans nos familles, en nous ôtant des parents et des proches que nous chérissons, et que, bien loin de murmurer de ses ordres, nous sachions lui en rendre grâces, c'est notre sang que nous lui donnons. Si nous lui offrons avec patience un cœur blessé et ensanglanté par la perte qu'il a faite de ce qu'il aimait justement, c'est notre sang que nous lui donnons. Et puisque nous voyons, dans les saintes Lettres, que l'amour que nous avons des biens corruptibles est appelé tant de fois la chair et le sang ; lorsque nous retranchons cet amour, qui ne peut être arraché que de vive force, de sorte que l'âme se sent connue déchirée par la violence qu'elle souffre, c'est du sang que nous donnons au Sauveur.
PE NOTRE-SKIGNEIR. ll7
Quelques philosophes enseignent que c^est la même matière^ du sang qui fait les sueurs et les larmes. Je ne recherclie pas curieusement si cette opinion est la véritable ; mais je sais que, devant le Seigneur Jésus, et les larmes et les sueurs tiennent lieu de sang. J'entends par les sueurs, Chrétiens, les travaux que nous subissons pour Famour de lui, non avec une nonchalance molle et paresseuse, mais avec un courage ferme et une no])le contention. Travaillons donc pour l'amour de Dieu. Faut-il faire quelque établissement pour le bien des pauvres, se présente-t-il quelque occasion d'avancer la gloire de Dieu, d'employer des soins charitables au salut des âmes ; faut-il résister généreusement aux entreprises de l'hérésie, afin qu'étant plus soumise, elle devienne par conséquent plus docile, afin " qu'étant plus humble, elle devienne plus disposée à rendre les armes à la vérité : montrons de la vigueur et du zèle. Travaillons constamment pour l'amour de Dieu, et tenons pour chose assurée que les sueurs que répandra un si beau travail, c'est du sang que nous donnons au Sauveur.
INIais quel sang est plus agréable à Jésus que celui de la pénitence ; ce sang que le regret de nos crimes tire si amoureusement du cœur par les yeux, c'est-à-dire le sang des larmes amères, qui est nommé par saint Augustin ^ le sang de notre âme ; ce sang que nous versons devant Dieu, lorsque, repassant nos ans écoulés dans l'amertume de notre cœur'*, nous pleurons sincèrement nos ingratitudes? C'est ce sang c^ue nous devons au Sauveur. Présentons-le-lui devant ses autels, mêlons-le dans le sang de son sacrifice ; portons-le à ces tribunaux de miséricorde que l'infinie bonté du Sauveur érige dans les églises pour purger nos fautes. Mais, Fidèle, si c'est un sang cjue tu aies consacré au Seigneur Jésus, prends garde de ne l'ôter point de ses mains. Tu lui ôtes les larmes que tu lui as données, lorsque tu retournes au péché que tu as déjà pleuré plusieurs fois ; car alors tu improuves tes premières larmes, tu condamnes tes
1. Iai mihne jiiafiîre. la matière quelque jour si le premier est la même. variante, et le second la rédaction