I. Ps. LU. 1. 2. fJiiar. !n /'s. .xi.iv, n. If
Sermons île Bossnet. — II. S
par le saint amour, tu n'es point la conquête du Sauveur des âmes. Or, pour blesser les coeurs par amour, pour les gagner, pour les conquérir, il fallait que mon prince répandît du sang. Et c'est ce qui achève mon raisonnement et nous découvre le secret de la prophétie ; c'est là que je découvre les charmes par lesquels Jésus subjugue les cœurs ^...
De là vient que nous lisons dans son Évangile que, pendant le cours de sa vie, il a toujours eu peu de sectateurs ; jusque-là que ses amis rougissaient souvent de se voir rangés sous sa discipline. Mais après qu'il a répandu son sang, tous les peuples peu à peu tombent à ses pieds, jusques aux terres les plus inconnues, jusques aux nations les plus inhumaines, que sa doctrine a civilisées. Rome, après s'être longtemps enivrée du sang de ses généreux combattants, Rome la maîtresse a baissé la tête, et a rendu plus d'honneur au tombeau d'un pauvre pêcheur qu'aux temples de son Romulus. Les empereurs même les plus triomphants sont venus, au temps marqué par la Providence, rendre aussi leurs devoirs ; ils ont élevé l'étendard de Jésus ^ au-dessus des aigles romaines; ils ont donné la paix à l'Église par toute l'étendue de l'empire.
Où êtes-vous maintenant, ô persécuteurs? Que sont devenus ces peuples farouches qui rugissaient comme des lions contre l'innocent troupeau de Jésus? « Ils ne sont plus, dit saint Augustin ; Jésus les a frappés dans le cœur : Jésus a défait ses ennemis, et il en a fait des amis : les ennemis sont morts, ce sont des amis qui sont en leur place : Ceciderimt ; ex inimicis amici facH sunt ; inimici mortui simt, amici vivunt^. » Le sang répandu par amour a changé la haine en amour. O victoire vraiment glorieuse, qui se rend les cœurs tributaires ! ô
1. Ici. ou un peu plus haut, uou- vou.s bien plutôt dans ?a nierveil-
velle coupure du iiremier éditeur; leuse transfiguration, ou dani^ sa ré-
téuioin cette phrase introduite dans siu-rection glorieuse ? Ecoutez et
le premier seruion aux dépens de comprenez ma pensée, et vous ver-
celui-ci : rez que cette beauté est incompara-
« Mais peut-être vous me direz : ble pour uous. Un soldat est cou- Quelle étrange imagination de cher- vert de grandes blessures... ^ (^'fycher sa beauté parmi ses souffran- t. I, p. 267, n. 3.) ces, qui ne lui laissent pas même la 2. Var. : la croix de Jésus, ligure d"homme 1 Que ne la regardez- 3. S. Aug., m Ps. xjax. n. Ifi.
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noble et magnifique conquête ! ô sang utilement répandu !
Mais finissons enfin ce discours par une dernière considération, par laquelle l'Apôtre nous fera comprendre combien nous sommes acquis au Sauveur des âmes par le sang qu'il a versé pour l'amour de nous. Nous ne sommes pas seulement au prince Jésus comme un peuple qu'il a gagné par amour, mais comme un I>euple qu'il a acheté d'un prix infini. Et remarquez qu^il ne nous a pas achetés, comme dit saint Pierre ^, ni par or, ni par argent, ni par des richesses mortelles ; car, étant maître de l'univers, tout cela ne lui coûtait rien ; mais parce qu'il nous voulait beaucoup acheter, il a voulu cju'il lui en coûtât. Et afin que nous entendions jusqu'à quel point nous lui sommes chers, il a donné son sang d'un prix infini. Entrons profondément en cette pensée.
Tout achat consiste en échange. Vous me donnez, je vous donne, c'est un échange ; et dans cet échange. Fidèles, ce que je reçois remplit la place de ce que je donne. L'achat n'est point une perte. Je me dessaisis, mais je ne perds pas, parce que ce que je reçois me tient lieu de ce que je donne. Cela est dans le commerce ordinaire. Qu'a donné Jésus pour nous acheter? Il a donné sa vie, sa chair et son sang. Donc nous lui tenons lieu de sa vie ; nous ne sommes pas moins à lui que son propre corps et que le sang qu'il a donné pour nous acheter ; et c'est pourquoi nous sommes ses membres. Belle et admirable manière d'acc^uérir les hommes ! Ha ! mes Frères, élevons nos cœurs ; travaillons à nous rendre dignes de l'honneur que nous avons d'être à lui par une sorte d'union si intime. X'ôtons pas à Jésus le prix de son sang. Songeons à ce que dit l'apôtre saint Paul : Vous n'êtes pas à vous, nous dit-il ; car vous avez été payés d'un grand prix ". Consacrons toute notre vie au Sauveur, puisqu'il l'a si bien achetée ; et comme il ne nous achète que pour nous sauver, parce qu'il ne nous possède que comme sauveur, ne rompons pas un marché qui nous est si avantageux. ,