‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 106 sur 538 · Ici, les premières éditions don- le premier })ersonnage · texte numérisé non relu

Ici, les premières éditions don- le premier })ersonnage

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autre puissance et toujours humbles devant le Saint Siège ^, ils savent en quoi consiste la véritable hauteur. Ces princes, également religieux et magnanimes, n'ont pas moins méprisé que détesté les extrémités auxquelles on ne se laisse emporter que par désespoir et par faiblesse. L'Église de France est zélée pour ses libertés ^ : elle a raison, puisque le grand concile d'Éphèse nous apprend ^ que ces libertés particulières des Églises sont un des fruits de la rédemption par laquelle Jésus-Christ nous a affranchis; et il est certain qu'en matière de religion et de conscience, des libertés modérées entretiennent l'ordre de l'Église et y affermissent la paix. Mais nos pères nous ont appris à soutenir ces libertés sans manquer au respect ; et loin d'en vouloir manquer, nous croyons au contraire que le respect inviolable que nous conserverons pour le Saint Siège nous sauvera des blessures qu'on voudrait nous faire sous un nom qui nous est si cher et si vénérable. Sainte Eglise romaine, mère des Églises et mère de tous les fidèles. Église choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et dans la même charité, nous tiendrons toujours à ton unité par le fond de nos entrailles. « Si je t'oublie, Église romaine, puissé-je m'oublier moi-même ! Que ma langue se sèche et demeure immobile dans ma bouche, si tu n'es pas toujours la première dans mon souvenir, si je ne te mets pas au commencement de tous mes cantiques de réjouissance ^ : Adhœreat Ungua mea faucihus mcis, si non meminero tui, si non proposuero Jérusalem in principio lœtitiœ mese^. »

Mais vous qui nous écoutez, puisque vous nous voyez marcher sur les pas de nos ancêtres, que reste-t-il,

\. Humbles en matière de foi. ajoute: « Mais s'il est pieux d'em-

Mais, dans les relations diplomati- brasser sa mère, il est de justice fsic^

ques, Louis XIY et ses agents furent, de ne point lui jeter l'injure à la face,

en 1662-1604, d'une rare insolence Ces perles d'or et de cristal que fait

envers le Saint Siège. jaillir l'éloquence, perdent beaucoup

2. Conc. BiUir., cap. De Elect. de leur prix et de leur éclat, quand (Concil., t. XI). on les voit tomber dans la vasque

3. Conc. Ephes., act. vu (t. III disgracieuse qui a nom l'inconsé- Concil.). quence. Quoi 1 vous demeurez atta-

4. Après un mot d'éloge pour ces ohé...)) (Suit une longue diatribe, (( paroles sublimes, » V Histoire de t. II, p. 121.)

Bossuet par le chanoine Réaume 5. Ps. cxxxvi, 6.

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Chrétiens, sinon qu'unis à notre assemblée avec une fidèle correspondance, vous nous aidiez de vos vœux? « Souvent, dit un ancien Père ^, les lumières de ceux qui enseignent viennent des prières de ceux qui écoutent : Hoc accîpit doctor qnod meretur auditor. » Tout ce qui se fait de bien dans l'Église, et même par les pasteurs, se fait, dit saint Augustin^, par les secrets gémissements de ces colombes innocentes qui sont répandues par toute la terre. Ames simples, âmes cachées aux yeux des hommes, et cachées principalement à vos propres yeux, mais qui connaissez Dieu et que Dieu connaît, où êtes-vous dans cet auditoire, afin que je vous adresse ma parole? Mais, sans qu'il soit besoin que je vous connaisse, ce Dieu qui vous connaît, qui habite en vous, saura bien porter mes paroles, qui sont les siennes, dans votre cœur. Je vous parle donc sans vous connaître, âmes dégoûtées du siècle. Ha ! comment avez-vous pu en éviter la contagion? Comment est-ce que cette face extérieure du monde ne vous a pas éblouies? Quelle grâce vous a préservées de la vanité, de la vanité que nous voyons si universellement régner? Personne ne se connaît; on ne connaît plus personne ; les marques des conditions sont confondues ; on se détruit pour se parer ; on s'épuise à dorer un édifice dont les fondements sont écroulés, et on appelle se soutenir que d'achever de se perdre. Ames humbles, âmes innocentes, que la grâce a désabusées de cette erreur et de toutes les illusions du siècle, c'est vous dont je demande les prières : en reconnaissance du don de Dieu dont le sceau est en vous, priez sans relâche pour son Église ; priez, fondez en larmes devant le Seigneur ; priez, justes, mais priez, pécheurs ; prions tous ensemble, car, si Dieu exauce les uns pour leur mérite, il exauce aussi les autres pour leur pénitence. C'est un commencement de conversion quç de prier pour l'Éiïlise.

Priez donc tous ensemble, encore une fois, que ce qui doit finir finisse bientôt. Tremblez à l'ombre même de la division ; songez au malheur des peuples qui,

1. s. Petr. ChrysoL, Serm. 2. De Bapt. cont. Donat.. lih. lïl,

Lxxxvi. ' n. 22,23.

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ayant rompu l'unité, se rompent en tant de morceaux, et ne voient plus dans leur religion que la confusion de l'enfer et l'horreur de la mort. Ha! prenons garde que ce mal ne gagne. Déjà nous ne voyons que trop parmi nous de ces esprits libertins, qui, sans savoir ni la religion, ni ses fondements, ni ses origines, ni sa suite, blasphèment ce quHls ignorent et se corrompent dans ce qu^ils savent: nuées sans eau, poursuit l'apôtre saint Jude \ docteurs sans doctrine, qui pour toute autorité ont leur hardiesse, et pour toute science leurs décisions précipitées : arbres deux fois morts et déracinés : morts premièrement parce qu'ils ont perdu la charité, mais doublement morts, parce qu'ils ont encore perdu la foi, et entièrement déracinés, puisque, déchus de l'une et de l'autre, ils ne tiennent à l'Église par aucune fibre; astres errants, qui se glorifient dans leurs routes nouvelles et écartées, sans songer qu'il leur faudra bientôt disparaître. Opposons à ces esprits légers et à ce charme trompeur de la nouveauté la pierre sur laquelle nous sommes fondés ^ et l'autorité de nos traditions où tous les siècles passés sont renfermés, et l'antiquité qui nous réunit à l'origine des choses. Marchons dans les sentiers de nos pères ; mais marchons dans les anciennes mœurs comme nous voulons marcher dans l'ancienne foi.

Allez, Chrétiens, dans cette voie d'un pas ferme ; allons à la tête de tout le troupeau, Messeigneurs, plus humbles et plus soumis que tout le reste : zélés défenseurs des canons, autant de ceux qui ordonnent la régularité de nos mœurs que de ceux qui ont maintenu l'autorité sainte de notre caractère, et soigneux de les faire paraître dans notre vie plus encore que dans nos discours, afin que, quand le Prince des pasteurs et le Pontife éternel apparaîtra, nous puissions lui rendre un compte fidèle et de nous et du troupeau qu'il nous a commis, et recevoir tous ensemble l'éternelle bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

l.Jud., 10,12. appui beaucoup moins solide. Du

2. C'est-à-dire la papauté, la chaire moins, il était encore permis de s'en

de saint Pierre. — « Nos traditions, » servir ; le nier ou l'oublier, ce serait

c'est-à-dire la doctrine gallicane : manquer totalement de critique.

Nous rétablissons, en tête de ce discours i, le titre qu'y avait mis Deforis. Depuis, on avait cru y reconnaître le sermon prêché aux Grandes carmélites de Paris, le 5 décembre 1681, pour la vêture de Marie-Anne de Saint-François Bailly 2^.

Il est vrai que, Ledieu nous l'apprend ^, Bossuet prêcha la prise de voile de cette religieuse et y parla sur le texte : Qui vnlt venire post me, le même que nous lisons ici. Nous ne croyons pourtant pas que le présent discours ait été prononcé pour la Sœur Bailly, ni même à une vêture. En effet, la personne à qui s'adresse ici Bossuet était extrêmement jeune ^ ; or, Françoise Bailly avait trente-deux ans lorsqu'elle quitta Dijon pour entrer au Carmel de Paris. D'autre part, il est parlé, dans ce discours, de vœux perpétuels 5, ce qui ne convient qu'à une profession. Nous laissons cependant ce sermon à cette place, parce qu'en l'absence de l'autographe, il est impossible d'en déterminer la date.

Si quis vnlt post me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suam qnotidie, et sequatur me.

Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même; qu'il porte sa croix tous les jours, et qu'il me suive.

(Luc, IX, 23.)

Vous avez désiré, ma très chère Sœur, d'entendre de moi en ce jour une exhortation chrétienne, espérant peut-être que ce grand Prédicateur des cœurs donnerait par sa vertu quelque prix à mes pensées, parce qu'il

1. Ms. non retrouvé. D'après les tembre 170(>. à cinqnante-deux ans indications, malheureusement peu et demi, dont vingt-cinq de reliprécises en certains points, d'un gion. Elle était sous-prieure de son libraire de Meaux. il serait parti pour couvent, après en avoir été première l'Amérique. Il contenait,assure-t-on, portière, puis première dépositaire 21 pages in-4, avec beaucoup de (Voir la circulaire signée : Sœur ratures, et quelque? différences par Marguerite Térèse de Jésus: à la rapport au texte imprimé. Bibl. Nationale, n.a.fr., 1071 ô, f» 74.

2. Fille de François Bailly, con- et A. Floquet, Bossuet précepteur seiller au Parlement de Bourgogne du Dauphin, p. 533 et suiv.J).

et seigneur de Poisly, de Beire- 3. Mémoires, p. 88.

l'Église et de Beire-Châtel. cette 4. Voir p. 155.

religieuse mourut à Paris, le 8 sep- 5. Voir p. 152.

les \errait naître d'une charité fraternelle. Il faut, s'il se peut, satisfaire ce pieux désir ; et, pour faire de mon côté ce qui sera nécessaire, je tirerai des paroles de notre Sauveur que je vous ai récitées trois instructions importantes qui vous pourront servir, avec la grâce de Dieu, pour tout le reste de votre vie. Seulement je vous conjure de joindre vos prières aux miennes, afin qu'il plaise à cet Esprit qui souffle où il veut ^ de répandre sur mes lèvres ces deux beaux ornements de l'éloquence chrétienne, je veux dire la simplicité tt la vérité. Après quoi, pour une plus claire intelligence de cet entretien, je vais tâcher de vous expliquer l'intention de notre bon Maître dans le lieu que je viens d'alléguer.

Comme un sage capitaine, se préparant à une expédition difficile, déclare à ceux qui viennent servir sous ses ordres à quelles conditions il les reçoit dans ses troupes, de même le Sauveur Jésus étant descendu du ciel pour faire la guerre à Satan, pour inviter tous les hommes à cette entreprise, il propose en peu de mots les qualités nécessaires pour pouvoir être rangés sous ses étendards. « Quiconque, dit-il, désire venir après moi, c'est-à-dire quiconque me veut reconnaître pour son capitaine, il faut, poursuit-il, qu'ail renonce a soimême : Abneget semetipsum; puis, qu'il prenne une généreuse résolution de porter sa croix tous les jours, et tollat crucem suam quotidie ; et qu'il me suive enfin » par mille embarras de périls, de supplices et d'ignominies, et sequatur me^ . C'est en abrégé ce qu'il faut quitter, et ce qu'il faut faire à sa suite : voilà les lois et les ordonnances de cette milice.* C'est pourquoi je me suis résolu d'appliquer à l'état que vous allez embrasser les ordres généraux de Jésus-Christ, notre chef ^, et de vous faire voir dans le sens littéral de mon texte, selon le dessein que je vous ai déjà proposé : premièrement, jusqu'à quel point votre condition vous oblige de renoncer au monde ; en second lieu, comment il vous faut persévérer dans cette sainte résolution ; et enfin, comment, non contente de persévérer, vous devez

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