‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 105 sur 538 · S. Bem., Epist.,cciA\ IX (7ohc., p · texte numérisé non relu

S. Bem., Epist.,cciA\ IX (7ohc., p

Sermons de Bossuet. — YI. 10

146 SUR l'unité de l'église.

Vous reconnaissez dans ces paroles l'ancien style de l'Église : ce concile est pourtant de l'onzième siècle ^, afin que vous voyiez dans tous les temps la suite de nos traditions et la conduite toujours uniforme de l'Église gallicane.

Elle ne s'élève pas contre le Saint Siège, puisqu'elle sait au contraire qu'un siège qui doit régler tout l'univers n'a jamais intention d'affaiblir la règle ; mais, comme dans un si grand siège, où un seul doit répondre à toute la terre, il peut échapper quelque chose ^ même à la plus grande vigilance, on y doit d'autant plus prendre garde que ce qui vient d'une autorité si ém inente pourrait à la fin passer pour loi ou devenir un exemple pour la postérité.

C'est pourquoi, dans ces occasions, toutes les Églises, mais principalement celle de France, ont toujours représenté au Saint Siège, avec un profond respect, ce qu'ont réglé les canons. Nous en avons un bel exemple dans le second concile de Limoges, qui est encore de l'onzième siècle. On s'y plaignit d'une sentence donnée par surprise et contre l'ordre canonique par le pape Jean XVIII ^. Nos prédécesseurs assemblés proposèrent d'abord la règle qu'ils avaient reçue, disaient-ils, des pontifes apostoliques et des autres Pères. Ils ajoutèrent ensuite, comme un fondement incontestable, que le jugement de toute VÉglise paraissait principalement dans le Saint Siège apostolique ^. Ce ne fut pas sans remarquer l'ordre canonique avec lequel les affaires y devaient être portées afin que ce jugement eût toute sa force ; et la conclusion fut que les pontifes apostoliques ne doivent pas révoquer les sentences des évêques (contre cet ordre canonique) , parce que, comme les membres

1. On dirait aujourd'hui : C( du Siège. (Cf. ci-dessus, p. 92, n. î.) onzième siècle. ») Cette bizarre aspi- Cette opinion permettait encore ration n'existait pas encore au xm» d'affirmer, comme on le lira un peu siticle. plus loin, que l'Église romaine,

2. Non en matière de dogme, d'à- « cette mère des Églises, » n'a jamais près le contexte. L'orateur n'admet- mis (( les excès parmi les dogmes. » tait pourtant pas V infaillibilité per- n. Conc. Lemov. II, sess. Il (tom. sonnelle du Souverain Pontife. IX Conc).

même parlant ex cathedra, mais 4. Jbid. {p.'M)[)).

seulement Vindéfectibilité du Saint

sont obligés à suivre leur chef, il ne faut pas aussi que le chef afflige ses membres.

Comme c'a toujours été la coutume de l'Église de France de proposer les canons, c'a toujours été la coutume du Saint Siège d'écouter volontiers de tels discours, et le même concile nous en fournit un exemple mémorable. Un évêque ^ s'était plaint au même pape Jean XVIII d'une absolution que ce pape avait mal donnée au préjudice de la sentence de cet évêque ; le Pape lui fît cette réponse vraiment paternelle, qui fut lue avec une incroyable consolation de tout le concile : C^est votre faute, mon très cher Frère, de ne m^ avoir pas instruit; f aurais confirmé votre sentence, et ceux c[ui m^ont surpris n^ auraient remporté que des anathèmes.A Dieu ne plaise, poursuit-il, quHl y ait schisme entre moi et 7nes coévêques ! Je déclare à tous mes frères les évêques que je veux les consoler et les secourir, et non pas les troubler ni les contredire dans V exercice de leur ministère"^.

A ces mots, tous les évêques se dirent les uns aux autres : C^est a tort que nous osons murmurer contre notre chef ; nous n^ avons à nous plaindre que de nousmêmes et du peu de soin que nous prenons de Vavertir. Vous le voyez, Chrétiens : les puissances suprêmes veulent être instruites et veulent toujours agir avec connaissance. Vous voyez aussi qu'il y a quelque chose de paternel dans le Saint Siège et toujours un fond de correspondance entre le chef et les membres, qui rend la paix assurée, pourvu qu'en proposant la règle, on ne manque jamais au respect que la même règle prescrit. L'Église de France aime d'autant plus sa mère l'Église romaine et ressent pour elle un respect d'autant plus sincère qu'elle y regarde plus purement l'institution primitive et l'ordre de Jésus-Christ. La marque la plus évidente de l'assistance que le Saint-Esprit donne à cette mère des Églises, c'est de la rendre si juste et si modérée que jamais elle n'ait mis les excès parmi les dogmes. Qu'elle est grande, l'Église romaine, soutenant

1. Etienne, évêque de Clermont. 2. C'onc. Zemoy. II, sess. li.

{Note de Deforis.)

toutes les Églises, portmit, dit un ancien pape ^, Je fardeau de tous ceux qui soufrent, entretenant l'unité, confirmant la foi, liant et déliant les pécheurs, ouvrant et fermant le ciel ! Qu'elle est grande, encore une fois, lorsque, pleine de l'autorité de saint Pierre, de tous les apôtres, de tous les conciles, elle en exécute avec autant de force que de discrétion les salutaires décrets " ! Quelle a été sa puissance, lorsqu'elle l'a fait ^ consister principalement à tenir toute créature abaissée sous l'autorité des canons, sans jamais s'éloigner de ceux qui sont les fondements de la discipline, et qu'heureuse de dispenser les trésors du ciel, elle ne songeait pas à disposer des choses inférieures que Dieu n'avait pas mises en sa main !

Dans cet état glorieux où vous paraît l'Église romaine, et les rois et les royaumes sont trop heureux d'avoir à lui obéir. Quel aveuglement quand des royaumes chrétiens ont cru s'affranchir en secouant, disaient-ils, le joug de Rome, qu'ils appelaient un joug étranger, comme si l'Église avait cessé d'être universelle, ou que le lien commun qui fait de tant de royaumes un seul royaume de Jésus-Christ put devenir étranger à des chrétiens ! Quelle erreur quand des rois ont cru se rendre plus indépendants en se rendant maîtres de la religion, au lieu que la religion, dont l'autorité rend leur majesté inviolable, ne peut être pour leur propre bien trop indépendante, et que la grandeur des rois est d'être si grands qu'ils ne puissent, non plus que Dieu dont ils sont l'image, se nuire à eux-mêmes, ni par conséquent à la religion, qui est l'appui de leur trône ! Dieu préserve nos rois très chrétiens de prétendre à l'empire des choses sacrées, et qu'il ne leur vienne jamais une si détestable envie de régner ! Ils n'y ont jamais pensé**. Invincibles envers toute

1. .Toan. Vlfl, Epist. Lxxx (Con- nent à tort : la fait. cil., t. IX). 4. On assure que leurs ministies

2. C'est-à-dire lorsqu'elle exécu- et leurs courtisans, notamment te et fait exécuter les canons. Mais, Colbert, y songeaient pour eux. s'il y a de la grandeur en ce point. L'archevêque de Paris, Harlay de prétendra-t-on qu'elle doive borner Champvallon. ne manifestait de son à cela l'usage de son autorité suprê- côté aucune répugnance pour une me ? Église nationale, dont il aurait été

Page 1