Joan., Il, 15, 16. 2. Rom. vu
même temps qu'il ne veut pas ^, et, sentant en soi deux volontés discordantes, il ne saurait plus reconnaître laquelle est la sienne : si bien que, dans cette incertitude et cette impuissance, il faut nécessairement qu'il se perde pour se sauver ^. On ne lui dit plus, comme auparavant, qu'il commande à toutes les créatures ^ ; mais on l'avertit de se défier de toutes les créatures. Pour le punir d'avoir voulu se satisfaire contre la loi de son Dieu, il est ordonné à jamais qu'il renoncera à ses propres inclinations, s'il se veut bien remettre en ses bonnes grâces. Et lui, qui croj^ait se pouvoir faire plus de bien qu'il n'en avait reçu de la main de son Créateur, sera condamné, par une juste vengeance, à être lui-même son plus cruel et irréconciliable ennemi.
C'est pourquoi, je vous en conjure, ma très chère Sœur, par ce Dieu que vous servez, après avoir compris combien il est nécessaire de quitter le monde, considérez attentivement la hauteur de cette entreprise. Le monde qu'il faut mépriser, ce n'est ni le ciel, ni la terre; ce ne sont ni les compagnies, ni cette vaine pompe, ni les folles intrigues des hommes ; certes, il ne serait pas d'une si prodigieuse difficulté de s'en séparer! Mais, quand il s'agit de se diviser de soi-même, de quitter, dit saint Grégoire^, .non ce que nous possédons, mais ce que nous sommes, où trouverons-nous une main assez industrieuse ou assez puissante pour délier ou pour rompre un nœud si étroit? Quelles chaînes assez fortes pourront jamais contraindre cet honmie animal, qui règne en nos membres, à subir le joug de l'homme spirituel? Sans doute il retournera toujours à ses inclinations corrompues. Comme une personne que l'on attache contre son gré à quelque sorte d'emploi, dans le temps que vous l'y croyez la plus occupée, s'entretient souvent dans des conceptions creuses et extravagantes ; de même ce vieil Adam, quand vous lui aurez arraché ce qu'il poursuit avec plus d'ardeur, quand vous aurez