‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 120 sur 538 · PREMIER DIMANCHE DE CAREME · texte numérisé non relu

PREMIER DIMANCHE DE CAREME

pesanteur naturelle du corps ne nous pousse pas si naturellement vers la terre que le péché dans l'enfer \

Enfin, quoique, par le secours de la grâce, nous ayons vaincu notre ennemi, ne nous rassurons pas. Car, malgré sa défaite, le démon reviendra bientôt nous attaquer. Après la triple victoire que Jésus-Christ eut remportée sur le tentateur, ce il se retira de lui pour un temps : Récessif ah illo usque ad tempus ^. » Ce ne fut que pour un temps ; et à plus forte raison n'abandonnera-t-il jamais le dessein de nous perdre. S'il diffère de nous tendre de nouveaux pièges, c'est pour mieux prendre son temps; c'est qu'il épie une occasion plus favorable ; mais a il tourne sans cesse autour de nous pour nous dévorer : Circuit quœrens quem devoret^. » Ne quittons donc jamais les armes de notre milice ; mettons en œuvre toutes les ressources qui peuvent nous fortifier contre un ennemi si redoutable : pratiquons une sainte vigilance, une prière humble et persévérante, tous les exercices de la pénitence chrétienne ; et surtout gardons une retraite continuelle, qui nous sépare des objets dont le tentateur pourrait se servir pour nous dresser des pièges et nous séduire.

1. Quand nous ne possédons que moins, il est aisé de reconnaître du

ia copie d'unepièce, on peut toujours Bossuet authentique,

craindre que les textes n'aient été un 2. Luc , l v. 13.

peu arrangés. En ce passage du 3. I Petr., v, 8.

REINE DE FEANCE ET DE NAVARRE, prononcée à Saint-Denis, le l'^'^ septembre 168:^.

Marie-Thérèse était née en 1638, de Philippe IV, roi d'Espagne, et d'Isabelle de Bourbon, lille de Henri IV. A six ans, elle perdit sa mère, à qui une Autrichienne succéda bientôt en qualité d'épouse et de reine. En 1659, son mariage avec Louis XIV fit une des clauses principales du traité des Pyrénées 2, Elle parut alors élevée au plus haut degré de gloire et de félicité : ce mariage fut au contraire pour elle l'origine des tristesses, les plus amères. De six enfants qu'elle eut, elle n'en laissa qu'un, lorsqu'elle mourut, âgée de quarante-cinq ans seulement. Les chagrins de l'épouse trahie avaient devancé ceux de la mère affligée. Elle eut enfin la consolation, avant de mourir, de voir le Roi corriger les dérèglements de sa vie privée. On conçoit combien il était difficile à un orateur chrétien de faire allusion à ces sortes de peines. Fléchier, qui prononça aussi une oraison funèbre de Marie-Thérèse, ne hasarda pas un mot sur ce point. Bossuet osa le faire, ce En plus d'un endroit, par des mots rapides, mais aussi expressifs que délicats, ou par d'éloquentes réticences, par certaines allusions discrètes et voilées, mais d'une portée irrésistible, il a su faire entendre de la manière la plus touchante quelles humiliations cette reine avait essuyées au sein des grandeurs, quels pleurs, autres que ceux de la pénitence, elle allait répandre dans le secret de son oratoire, et de quelles amertumes elle y offrait à Dieu le sacrifice ^ . . . »

1. Plus de manuscrit. Un expm- titre complet : Oraison funèbre de

plaire de la première édition fâche- Marie Térèse d' Austriche, infante

vée d'imprimer le 12 octobre l*i83), d'Espagne, reine de France et de

ayant servi d'épreuve à Bossnet, se Navarre, vrononcée à Saint Denis le

tro^^ve k la Bibliothèque Nationale vremier de septembre 16fi3. in-4.

parmi les manuscrits (Fonds fr., L'exemplaire cité de la Bibliothèque

1282(5). — L'orthographe, ici encore. Nationale porte, ajoutés de la main

n'est pas absolument celle de l'an- de Bossuet, les mots : en présence de

teur : on v lit : toujours, cet, etc., Monseigneur le Dauphin.

formes qu'il n'a iamais employée^^. 2. Conclu en 1659. et publié au

Le premier feuillet a été rapporté. mois de février de l'année suivante,

pour compléter le volume. Aussi Voy. (t. UT, p. 238) la péroraison

n'y voit-on pas une correction men- du sermon sur le?, Démons, dans le

tionnée pour la page 2 dans la Carême des Minimes.

table autographe des modifications. 3. Edit. Jacquinet, p. 173, 174. —

Nous la signalerons néanmoins, d'à- Voy.le passage entier, et, h la suite,

près l'édition de 1689. — Voici le une citation de M. de Sacy, qui,

Nous reproduisons le texte de Tédition collective de 1689, en signalant, à titre de variantes, les leçons de l'édition princeps.

Sine macula enim sunt ante thronum Dei. (Apoc, XIV, 5.)

Ils sont sans tache devant le trône de Dieu.

Paroles de l'apôtre saint Jean, dans sa Révélation, chap. 14.

Monseigneur ^,

Quelle assemblée l'apôtre saint Jean nous fait paraître ! Ce grand prophète nous ouvre le ciel, et notre foi y découvre sur la sainte montagne de Sion, dans la partie la plus élevée de la Jérusalem bienheureuse, l'Ag-neau qui ôte le péché du monde, avec une compagnie digne de lui. Ce sont ceux ^ dont il est écrit au commencement de l'Apocalypse : Il y a dans VÉglise de Sardis ^ un petit nombre de fidèles, pauca nomina, qui n^ont pas souillé leurs vêtements^, » ces riches vêtements dont le baptême les a revêtus, vêtements qui ne sont rien moins que Jésus-Christ même, selon ce que dit l'Apôtre : Vous tous qui avez été baptisés, vous avez été revêtus de Jésus-Christ ^. Ce petit nombre chéri de Dieu pour son innocence, et remarquable par la rareté d'un don si exquis, a su conserver ce précieux vêtement et la grâce du baptême. Et quelle sera la récompense d'une si rare fidélité? Écoutez parler le Juste et le Saint : Ils marchent, dit-il, avec moi, revêtus de blanc, parce qu'ils en sont dignes ^ ; dignes par leur innocence de porter dans l'éternité la livrée de l'Agneau sans

après avoir avoué qu'il avait d'abord antérieure, qui est redevenue ]a

fort peu goûté cette oraison funèbre, rès^le de notre langue. C'est de cette

fait amende honorable en termes correction qu'il s'agit plus haut, p.

excellents. 161, „. 1.

1. Le Dauphin (Louis), élève de 3^ Sardes. — Les éditeurs donnent Bossuet. Son éducation était alors en note ]es textes latins, et prétenterminée. Il était âgéde vingt et un dent même que la citation est de 3ns. Rossuet. Il n'y en a pas trace dans

2. Var. : C'est ceux (1688). — l'édition de ÛîS:?, ni dans celle de L'application de la règle nouvelle 1689.

produisait ici une cacophonie : d'où 4. Apoc. ni, 4.

la correction. Bossuet revenait ainsi h. Gai., m. 27.

de temps en temps à son habitude 6. Apoc, m, 4.

tache, et de marcher toujours avec lui, puisque jamais ils ne l'ont quitté depuis qu'il les a mis dans sa compagnie : âmes pures et innocentes, âmes viej-ges ^, comme les appelle saint Jean, au même sens que saint Paul disait à tous les fidèles de Corinthe : Je vous ai promis, comme une vierge pudique, à un seul homme, qui est Jésus-Christ^. La vraie chasteté de l'âme, la vraie pudeur chrétienne est de rougir du péché, de n'avoir d'yeux ni d'amour que pour Jésus-Christ, et de tenir toujours ses sens épurés de la corruption du siècle. C'est dans cette troupe innocente et pure que la Reine a été placée : l'horreur qu'elle a toujours eue du péché lui a mérité cet honneur. La foi, qui pénètre jusqu'aux cieux, nous la fait voir aujourd'hui dans cette bienheureuse compagnie. Il me semble que je reconnais cette modestie, cette paix, ce recueillement que nous lui voyions devant les autels, qui inspirait du respect pour Dieu et pour elle : Dieu ajoute à ces saintes dispositions le transport d'une joie céleste. La mort ne l'a point changée, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle. Cette éclatante blancheur^, symbole de son innocence et de la candeur de son âme, n'a fait, pour ainsi parler, que passer au dedans, où nous la voyons rehaussée d'une lumière divine. Elle marche avec VAgneau, car elle en est digne *. La sincérité de son cœur sans f dissimulation et sans artifice la range au nombre de ceux dont saint Jean a dit dans les paroles qui précèdent celles de mon texte que le mensonge ne s^est point trouvé en leur bouche, ni aucun déguisement dans leur conduite ; ce ce qui fait qu'on les voit sans tache devant le trône de Dieu : Sine macula enim sunt ante thronum Dei ". » En effet, elle est sans reproche devant Dieu et devant les hommes : la médisance ne peut attaquer aucun endroit de sa vie depuis son enfance jusqu'à sa

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