‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 123 sur 538 · IIReg., VII · texte numérisé non relu

IIReg., VII

toutes les femmes de son siècle pour avoir été chérie, estimée, et trop tôt, hélas ! regrettée par le plus grand de tous les hommes ^ !

Que je méprise ces philosophes qui, mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées, ne le font auteur que d'un certain ordre général d'où le reste se développe comme il peut ! Comme s'il avait, à notre manière, des vues générales et confuses, et comme si la souveraine intelligence pouvait ne pas comprendre dans ses desseins les choses particulières, qui seules subsistent véritablement. N'en doutons pas. Chrétiens, Dieu a préparé dans son conseil éternel les premières familles ^ qui sont la source des nations, et dans toutes les nations les qualités dominantes qui en devaient faire la fortune. Il a aussi ordonné dans les nations les familles particulières dont elles sont composées, mais principalement celles qui devaient gouverner ces nations, et en particulier, dans ces familles, tous les hommes par lesquels elles devaient ou s'élever, ou se soutenir, ou s'abattre.

C'est par la suite de ces conseils que Dieu a fait naître les deux puissantes maisons d'où la Reine devait sortir, celle de France et celle d'Autriche, dont il se sert pour balancer les choses humaines : jusqu'à quel degré et jusqu'à quel temps, il le sait, et nous l'ignorons.

On remarque dans l'Écriture que Dieu donne aux maisons royales certains caractères propres, comme celui que les Syriens, quoique ennemis des rois d'Israël, leur attribuent par ces paroles : Nous avons appris que les rois de la maison d^Israël sont cléments^.

Je n'examinerai pas les caractères particuliers qu'on a donnés aux maisons de France et d'Autriche, et sans dire que l'on redoutait davantage les conseils de celle d'Autriche, ni qu'on trouvait quelque chose de plus vigoureux dans les armes et dans le courage de celle de France, maintenant que, par une grâce particulière, ces deux caractères se réunissent visiblement en notre fa-

1. Depuis que Louis XTV a été, la postérité devait mettre d'auti-es -comme les autres, dégradé par les grandeurs, et celle de Bossuet luimains de la mort, on sent ce qu'il y même, au-dessus de celle du grand a d'exagéré dans cette expression. roi.

Les contemporains avaient de lui la 2. Les plus anciennes,

-même opinion que Bossuet; mais 3. III Eeg., XX. 31.

DE MARIE-TÉRÈSE d'aUTRICHE. 177

veur, je remarquerai seulement ce qui faisait la joie de la Reine, c'est que Dieu avait donné à ces deux maisons d'où elle est sortie la piété en partage; de -sorte que, sanctifiée \ qu'on m'entende bien, c'est-à-dire consacrée à la sainteté par sa naissance, selon la doctrine de saint Paul, elle disait avec cet apôtre : ce Dieu, que ma famille a toujours servi, et à qui je suis dédiée par mes ancêtres. Deus cui servio a progenitorihus ^. »

Que s'il faut venir au particulier de l'auguste maison d'Autriche, que peut-on voir de plus illustre que sa descendance immédiate, où, durant l'espace de quatre cents ans, on ne trouve que des rois et des eaipereurs, et une si grande affluence de maisons royales, avec tant d'États et tant de royaumes, qu'on a prévu, il y a longtemps, qu'elle en serait surchargée?

Qu 'est-il besoin de parler de la très chrétienne maison de France, qui, par sa noble constitution'^, est incapable d'être assujettie à une famille étrangère ; qui est toujours dominante dans son chef ; qui, seule dans tout l'univers et dans tous les siècles, se voit, après sept cents ans d'une royauté établie (sans compter ce que la grandeur d'une si haute origine fait trouver ou imaginer aux curieux observateurs des antiquités), seule, dis-je, se voit après tant de siècles encore dans sa force et dans sa fleur, et toujours en possession du royaume le plus illustre qui fut jamais sous le soleil, et devant Dieu, et devant les hommes : devant Dieu, d'une pureté inaltérable dans la foi ; et devant les hommes, d'une si grande dignité, qu'il a pu perdre l'Empire sans perdre sa gloire ni son rang?

La Reine a eu part à cette grandeur, non seulement par la riche et fière maison de Bourgogne ^, mais encore par Isabelle de France ^, sa mère, digne fille de Henri le Grand, et, de l'aveu de l'Espagne, la meilleure reine, comme la plus regrettée, qu'elle eût jamais vue sur le trône. Triste rapport de cette princesse avec la reine sa fille : elle avait à peine quarante-deux ans quand l'Espa-

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