On a pu critiquer cette apos- veraines
trophe. Il ne faut pas oublier toute- 2. Allusion à la passion que Louis
fois que l'orateur a raison de consi- XIV, avant son mariage, éprouva
dérer ce mariage comme une affaire pour la nièce de Mazarin, Marie
d'État de la plus haute importance. Mancini. Le ministre sut éloigner
On se souvient de l'enthousiasme l'obstacle, et le Roi se résigna. <( Au
avec lequel il avait salué la paix des moment où Louis XTV devenu libre
Pyrénées, dont cette alliance royale par la mort de la Heine pouvait
était le gage (t. III, p. 238). Marie- songer à contracter une nouvelle
Thérèse, héritière présomptive de union, il n'était pas inutile de lui
tant d'États, ne pouvait manquer de remettre pubUquement devant les
prétendants parmi les maisons sou- yeux, comme un éclatant exemple
inspirer des sentiments indignes de leur rang ' . Il y a des mesures prises dans le ciel qu'il ne peut rompre ; et l'infante, non seulement par son auguste naissance, mais encore par sa vertu et par sa réputation, est seule diii'ne de Louis.
C'était la femme prudente qui est donnée proprement par le Seigneur^, comme dit le Sage. Pourquoi donnée proprement par le Seigneur, puisque c'est le Seigneur qui donne tout? et quel est ce merveilleux avantage qui mérite d'être attribué d'une façon si particulière à la divine bonté? Il ne faut, pour l'entendre, que considérer ce que peut dans les maisons la prudence tempérée d'une femme sage pour les soutenir, pour y faire fleurir dans la piété la véritable sagesse, et pour calmer des passions violentes qu'une résistance emportée ne ferait qu'aigrir ^.
Ile pacifique où se doivent terminer les différends de deux grands empires à qui tu sers de limites ; île éternellement mémorable * par les conférences de deux grands ministres % où l'on vit développer toutes les adresses et tous les secrets d'une politique si différente; où l'un se donnait du poids par sa lenteur, et l'autre prenait l'ascendant par sa pénétration ; auguste journée, où deux fières nations longtemps ennemies, et alors réconciliées par Marie-Térèse, s'avancent sur leurs confins, leurs rois à leur tête, non plus pour se combattre, mais pour s'embrasser; où ces deux rois, avec leur cour d'une grandeur, d'une politesse et d'une magnificence aussi bien que d'une conduite si différente, furent l'un à l'autre et à tout l'univers un si grand spectacle : fêtes sacrées, mariage fortuné, voile nuptial, bénédiction, sacrifice, puis-je mêler aujourd'hui vos cérémonies et vos pompes avec ces pompes funèbres, et le comble des grandeurs avec leurs ruines? Alors l'Espagne perdit ce
de royale sagesse, le triomphe que rager à la persévérance
sa raison, à cet âge de vingt et un 2. Prov., xix, 14
ans avait remporté sur sa passion. » 3. Vérité générale, qu'il était aisé
(-hdit. Jacqumet.) d'appliquer à Louis XIV.
1. Louis XIV avait trop rarement 4. L'île des Faisans, dans la
mente cet éloge. Mais, au moment Bidassoa, nommée depuis l'île de la
ou parlait 1 orateur, il le méritait ; Conférence.
et il s'agissait sans doute de l'encou- ô" Don Louis de Haro et Mazarin
que nous gagnions : maintenant nous perdons tout, les uns et les autres, et Marie-Térèse périt pour toute la terre. L'Espagne pleurait seule ; maintenant que la France et l'Espagne mêlent leurs larmes, et en versent des torrents, qui pourrait les arrêter? Mais si l'Espagne pleurait son infante, qu'elle voyait monter sur le trône le plus glorieux de l'univers, quels seront nos gémissements à la vue de ce tombeau, oii tous ensemble nous ne voyons plus que l'inévitable néant des grandeurs humaines? Taisons-nous : ce n'est pas des larmes que je veux tirer de vos yeux. Je pose les fondements des instructions que je veux graver dans vos cœurs : aussi bien la vanité des choses humaines, tant de fois étalée dans cette chaire, ne se montre que trop d'elle-même sans le secours de ma voix, dans ce sceptre si tôt tombé d'une si royale main, et dans une si haute majesté si promptement dissipée.
Mais ce qui en faisait le plus grand éclat n'a pas encore paru ^. Une reine si grande par tant de titres, le devenait tous les jours par les grandes actions du Roi et par le continuel accroissement de sa gloire. Sous lui, la France a appris à se connaître. Elle se trouve des forces que les siècles précédents ne savaient pas : l'ordre et la discipline militaire s'augmentent avec les armées. Si les Français peuvent tout, c'est que leur roi est partout leur capitaine ^ ; et après qu'il a choisi l'endroit qu'il doit animer par sa valeur, il agit de tous côtés par l'im.pression de sa vertu ^.
Jamais on n'a fait la guerre avec une force plus inévitable, puisque, en méprisant les saisons, il a ôté jusqu'à la défense à ses ennemis. Les soldats, ménagés et exposés quand il faut, marchent avec confiance sous ses étendards : nul fleuve ne les arrête, nulle forteresse ne les effraye. On sait que Louis foudroie les villes plutôt
1. L'éloge (lu Roi n'était pas seu- ^énie militaire d'un César ou d'un lement imposé par les convenances. Napoléon ; mais sa compétence était L'orateur n'aurait pu, en le négli- assez grande pour que sa présence géant, donner une juste idée de ne fût point un embarras.
cette haute élévation de la Reine, 3. Locution toute latine. Il ne
objet de sa première partie. s'agit pas de la vertu morale, mais
2. Louis XIV commanda en per- de l'impulsion donnée efficacement h sonne les armées jusqix'à la paix de tout l'ensemble d'une opération mi- Ryswick (lOOS). Il n'avait rien du litaire.
qu'il ne les assiège, et tout est ouvert à sa puissance.
Les politiques ne se mêlent plus de deviner ses desseins. Quand il marche, tout se croit également menacé: un voyage tranquille devient tout à coup une expédition redoutable à ses ennemis. Gand tombe avant qu'on pense à le munir : Louis y vient par de longs détours ^ ; et la Reine, qui l'accompagne au cœur de l'hiver, joint au plaisir de le suivre celui de servir secrètement à ses desseins.
Par les soins d'un si grand roi, la France entière n'est plus, pour ainsi parler, qu'une seule forteresse qui montre de tous côtés un front redoutable ^. Couverte de toutes parts, elle est capable de tenir la paix avec sûreté dans son sein, mais aussi de porter la guerre partout où il faut, et de frapper de près et de loin avec une égale force. Nos ennemis le savent bien dire ; et nos alliés ont ressenti, dans le plus grand éloignement ^, combien la main de Louis était secourable.
Avant lui, la France, presque sans vaisseaux, tenait en vain aux deux mers: maintenant on les voit couvertes, depuis le Levant jusqu'au Couchant, de nos flottes victorieuses, et la hardiesse française porte partout la terreur avec le nom de Louis. Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté^. Tu disais en ton cœur avare : .Je tiens la mer sous mes lois, et les nations sont ma proie. I^a légèreté de tes vaisseaux te donnait de la confiance ; mais tu te verras attaquée dans tes murailles, comme un oiseau ravissant qu'on irait chercher parmi ses rochers et dans son nid, où il partage son butin à ses petits. Tu rends déjà tes esclaves. Louis a brisé les fers dont tu acca-
1. Par la Lorraine (février 1678). sur Soliman III, avec l'aide de six Ce fut le maréchal d'Humiéres qui mille soldats français (16()4). Le duc fut chargé d'investir Gand : cette de Beaufort, avec une petite armée, ville se rendit après quatre jours de secourut les Vénitiens en 1669, mais siège (9 mars), et le château trois ne put empêcher Candie de tomber jours après. Précédemment la Fran-* enfin aux mains des musulmans. Il che-Comté avait été conquise de avait été plus heureux (1663-1665) même en plein hiver (janvier 1667). en combattant les pirates d'Alger et