Matth., XI
ger que pour nous donner les connaissances nécessaires. S'e m'apportez que des choses véritables et utiles pour la communauté ou pour votre particulier : qu'il n'y ait rien d'inutile; mais parlez-moi avec franchise, et ne craignez point de me fatiguer, puisque je veux bien vous écouter et vous donner tout le temps que vous pouvez souhaiter pour votre instruction et pour votre consolation. Vous ne me serez point à charge, tant que je verrai en ce que vous me direz de l'utilité pour vous ou pour le public ; au contraire, je vous écouterai, je vous répondrai selon les mouvements de Dieu, et avec les paroles qu'il me mettra en la bouche. Ainsi vous serez instruites, et vous recevrez les secours dont vous pouvez avoir besoin ; et moi, je vous dirai ce que son divin Esprit me donnera pour vous, chacune selon ce que je verrai qui lui sera propre, pour procurer votre perfection et votre paix ; car je désire profiter à tout le monde, et qu'il n'y ait pas une de vous qui ne prenne en cette visite l'esprit d'un saint renouvellement en la perfection de son état. Je vous y porterai toutes en général, et chacune en particulier. Dieu m'envoie à vous pour détruire Ninive, c'est-à-dire pour déraciner jusqu'aux plus petites inclinations de la nature corrompue et toutes les imperfections contraires à votre sainteté. Si ce peuple fît pénitence à la voix d'un prophète, et s'il se rendit docile à sa parole, comme nous l'avons vu en la sainte épître de ce jour, avec quelle docilité devezvous coopérer à notre dessein, et n'y apporter nul obstacle !
Venez donc à moi, mes Filles, avec un grand zèle de votre avancement et un saint désir de la perfection : ne craignez point de me découvrir vos besoins ; ouvrez-moi vos consciences, et n'hésitez pas de me dire tout ce qui sera pour votre bien et même pour votre consolation. Je sais que l'office des pasteurs des âmes est de confirmer les fortes et de compatir aux infirmes, de les consoler en leurs faiblesses, de les soulever et de les charger sur leurs épaules : c'est ce que je me propose de faire en cette visite. Les fortes, nous travaillerons à les animer de plus en plus à la perfection, et [à] \les transporter 1. Deforis : et de les transporter.
jusqu'au ciel; les faibles, nous les encouragerons, nous nous abaisserons jusqu'à leurs faiblesses pour les relever et les fortifier: nous les porterons sur nos épaules; et les unes et les autres, nous les aimerons et nous tâcherons de les faire marcher et de les élever toutes à la perfection où elles sont appelées. En un mot, nous désirons réparer tout ce qui serait déchu en l'observance régulière, rallumer ce qui serait éteint en la charité, et établir une ferme et solide paix. A cet effet, je prétends réunir tout ce qui serait tant soit peu divisé ; je viens établir la concorde, en dissipant les plus faibles dispositions et les plus légers sentiments contraires. Je veux ruiner et anéantir jusqu'au plus petit défaut contraire à la charité, et détruire tous les empêchements de la parfaite union, jusqu'aux moindres fibres. Il faut réparer toutes les ruines de cette vertu, et remédier à tout ce qui s'y oppose, pour faire fleurir l'ordre et la perfection dans votre communauté. Pour cela, ne négligez aucune des déclarations sincères et véritables qui seront requises ; puisque les connaissances que vous me donnerez me serviront à faire régner Jésus-Christ par une charité parfaite et une paix inaltérable en ce monde, qui vous conduira au repos éternel de l'autre. C'est ce que je vous souhaite à toutes; cependant je prie Dieu qu'il vous bénisse, et qu'il vous remplisse de ses grâces.
Le mercredi saint, 18 avril 1685.
Je ne sais pas par quelle bizarrerie tous les éditeurs appellent ce discours : Troisième exhortation, en datant du 2:7 avril celle qu'ils donnent comme la seconde. L'erreur remonte d'ailleurs à l'édition des bénédictins ^. On verra par le contexte que l'orateur s'adresse cette fois à une classe spéciale de religieuses, à celles qui, tout en ayant fait profession, avaient encore quelque temps à passer dans la retraite. C'est ce que veut dire ce titre conservé par Deforis, sans doute d'après la copie des Ursulines : A toutes les 2^'rofesses du Noviciat.
Cette copie paraît avoir été plus défectueuse que celle des autres Exhortations. Il y a donc de grandes réserves à faire par rapport à l'authenticité du texte.
Mes Filles, j'ai désiré de vous parler à vous autres en particulier pour vous exhorter encore aujourd'hui à estimer extrêmement votre vocation et votre état; et j'ai voulu vous faire venir ici toutes en ma présence pour vous animer derechef à vous perfectionner par les meilleurs et plus solides moyens que vous avez dans votre état, et que vous devez fidèlement suivre. Ces jours passés, je vous ai fait dire une chose que j'estimais que vous devez faire touchant le plus important de ces moyens, qui est la retraite. Vous m'avez fait paraître là-dessus vos bons sentiments, m 'ayant toutes marqué le désir que vous aviez d'observer avec exactitude ce que je vous ai ordonné sur ce point, qui vous est de si grande conséquence.
Vous êtes déjà à Jésus-Christ, et vous lui appartenez par votre consécration, puisque vous êtes professes ; et vous êtes heureuses de ce que Dieu prend un soin particulier de vous. Mais j'estime encore extrêmement
1. En l'absence du manuscrit. De- une copie faite par les religieuses, foris imprima ce discours d'après Cf. p. 214.