‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 156 sur 538 · Jacob., I · texte numérisé non relu

Jacob., I

solitude, et la préférer à toutes les conversations et à tous les divertissements de la terre.

Ainsi, mes Filles, avec un peu d'application à ce que neus vous disons, vous ferez vos délices de cette pratique et de ce saint exercice de laisser parler Dieu intérieurement dans votre cœur. Tout aussitôt qu'il vous trouvera seules, vous entendrez sa voix, et vous sentirez sa présence par certaines touches de grâce : vous vous trouverez tout abîmées devant lui dans un profond sentiment de respect pour sa majesté ; vous y produirez des actes intérieurs de toutes manières, qui vous disposeront à l'oraison et vous en conféreront l'esprit; vous serez dégagées et purifiées des dispositions grossières, dont les sens et la nature font des impressions si fréquentes et î^i imparfaites. Ce sera dans la séparation et en vous retirant seules auprès de Dieu, que vous posséderez ces grâces, et jamais parmi les discours et les fréquentations inutiles avec les créatures.

Faites donc taire chez vous toutes les créatures ; et vous-mêmes, quittez tout entretien de pensée avec elles, afin d'être en état que Dieu vous parle. Observez de ne point parler pour vous-mêmes ; voilà une bonne règle du silence. Il ne faut point parler pour soi-même, mais seulement pour la gloire de Dieu, pour le bien du prochain, pour la charité ; et, comme Jésus-Christ est votre modèle, voyez l'exemple qu'il vous en donne pendant sa vie. Chose admirable ! que l'on ne nous ait pu dire qu'une seule parole qu'il ait dite durant trente ans, qui fut lorsque sa mère le cherchait.

En sa Passion, il a fait usage d'un perpétuel silence. Voyez-le chez Caïphe : il répond pour rendre témoignage à la vérité ; devant Pilate,il parle pour l'instruire ; hors de là, quel silence ! Il n'a jamais parlé pour soi : lorsqu'il était accusé et calomnié, il ne répondait rien ; et quand la vérité l'a obligé de parler, il l'a fait en peu de paroles. Apprenez donc de lui le silence ; aimez à être seules, après l'acquit de vos emplois. Occupez-vous à aimer Jésus-Christ, à penser à lui : méditez sa Passion, lisez ses paroles, goûtez ses maximes, aimez d'être abandonnées des créatures, pesez les états d'abandon de Jésus-Christ ; voyez-le seul, délaissé. Ce divin Sauveur nous

est d'un grand exemple dans tous ses mystères; c'est sur lui, mes Filles, qu'il faut vous imprimer bien avant cette vérité : Il n'y a que Dieu dont je doive attendre ma perfection, et partout trouver le moyen de pratiquer l'éloignement et la solitude des créatures. Quand on y a mis son affection, on la trouve en tout temps, en tous lieux.

C'est donc là, mes Filles, ce qui m'a fait vous parler en particulier, vous assembler toutes ici en ma présence pour vous donner cette instruction, qui n'est pas simplement un avis et un conseil : ce n'est pas seulement une exhortation, mais c'est un précepte que je vousdonne et que Dieu m'a inspiré de vous enjoindre. Recevez-le de la part du Saint-Esprit, qui m'a porté à vous le donner ; ressouvenez-vous bien de ce jour, et ne l'oubliez jamais. Je vous ai trouvées toutes, ce me semble, dans de bons désirs : ce sont vos bonnes dispositions qui me font espérer que vous ferez profit de cette ordonnance ; gardez-la donc soigneusement, et priez Dieu pour moi : je le prie de tout mon cœur qu'il vous bénisse.

ESQUISSE D'UN SERMON

prêché à Meaux, le 22 avril 1685.

C'est ici un des rares manuscrits i datés de la main de Bossuet 2. Nous avons ainsi un spécimen authentique de la manière dont le grand orateur se préparait pour annoncer la parole de Dieu dans sa cathédrale aux fêtes solennelles. Un temps viendra d'ailleurs où il n'écrira plus même de canevas. Celui-ci est célèbre à cause de la saisissante allégorie qui se lit vers la fin. Les belles pensées qu'on y entrevoit dès le premier point ne méritaient pas moins d'être remarquées.

Gaudcte in Domino semper: iterinn dico, gavdcte. ' (Philip., iv, 4.)

Quel nouveau commandement ! Peut-on commander de se réjouir? La joie veut naître de source, ni commandée ni forcée. Quand on possède le bien qu'on désire, d'elle-même avec abondance ; quand il manque, on a beau dire : Réjouissez-vous; eût-on itéré mille fois ce comm[andement], la joie ne vient pas. Et toutefois c'est un précepte de l'Apôtre. Trois fois dans cette épître : Au reste, mes Frères, réjouissez-vous en Notre- Seigneur ^ ; ici : Réjouissez-vous toujours ^, et encore : Réjouissez-vous ; aux Thessaloniciens : Réjouissez-vous toujours '^ . Et de peur que vous ne croyiez ^ que ce soit un précepte apostolique, Notre-Seigneur '^ : Gaudete et exultât e, etc. ; et il le répète souvent, et c'est le comm[andement] de Jésus-Christ ressuscité. Tout est en joie dans l'Ëglise. Je vous ai prêché ^ la componction, qui est le sentiment qu'inspire Jésus-Christ cru-

1. Ms. fr. 12824, fos 106-109. — 5. I Thess., v, 16. In-4, sans marge. 6. Ms. : croyez.

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