III Reg., XIX
Sermons de Boîsuet. — YI. 18
lui communique en se venant insinuer en elie suavement, bénignement, parce qu'il la trouve dans la paix et dans le silence. Écoutez donc Dieu parler au fond de vous-mêmes, et n'ayez que le soin de votre perfection, sans vous mettre en peine que de ce qui vous peut empêcher d'y parvenir.
Il n'y a qu'une seule chose nécessaire, c'est Dieu seul, qui doit occuper vos pensées et posséder votre cœur. Hé! de quoi profitent les applications que l'on donne aux choses de la terre, et tant d'empressements superflus et distrayants que l'amour-propre fait naître dans le cœur humain? Si vous retranchez tout cela par le dégagement des créatures, vous aurez cette félicité qui se goûte dans la cessation et le repos de tous les désirs. Jésus-Christ est le centre de votre paix ; et tous les troubles, toutes les peines et les difficultés qui vous pe'uvent faire obstacle en la voie de la perfection et de votre salut, ne viennent que des dissipations et des amusements hors de lui, et ensuite des passions du cœur mal mortifiées et déréglées, Cjui suivent ces états trop ordinaires de distraction et d'égarement parmi les choses terrestres, où l'on fait de si grandes pertes.
Mes Filles, il n'y a plus rien pour vous sur la terre de nécessaire ; Jésus-Christ est votre unique besoin, le seul bien qui vous suffit et qu'il faut ciue vous cherchiez sans cesse. Ayez donc une âme pure et simple, et qui tende toujours à réunir en Dieu toutes ses puissances intérieures et ses opérations extérieures, par la récollection et la retraite, où vous entendrez la voix de votre Époux. Ce n'est que dans le silence et dans le retranchement des discours inutiles et distra^^ants qu'il vous visitera par ses inspirations et par ses grâces, et qu'il fera sentir sa présence à votre intérieur.
Mais il faut encore écouter Dieu parler par le ministère des supérieurs, qui vous représentent Jésus-Christ, et spécialement dans les visites pastorales, où le Saint- Esprit préside infailliblement.
Ici, mes Filles, je suis bien aise de vous dire en passant que, si vous ne tirez pas de cette visite le fruit que j'attends et que vous devez en recueillir, assurément Jésus-Christ vous en demandera un compte rigoureux
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€t sévère à son tribunal, qui sera très redoutable à celles qui n'auront pas fait un bon et digne usage des grâces attachées à cette même visite. Prenez-y garde, mes Sœurs; je vous citerai et je m'élèverai contre vous au jour du Seigneur : ce ne sera pas moi qui vous jugerai ; non, ce ne sera pas moi, mais, je vous le dis, ce seront mes paroles qui vous condamneront, si vous ne les écoutez pas avec l'attention requise, et si vous les recevez avec moins de soumission d'esprit que vous ne devez poui- en faire un véritable profit. Il est dit en la sainte Écriture que les pasteurs de l'Église s'élèveront, au jugement de Dieu, contre ceux qui n'auront pas fait état de leurs paroles, qui ne les auront pas écoutés avec respect, et qui auront méprisé ou négligé leurs avertissements \ Cela, mes Filles, vous doit porter à l'observance fidèle et exacte de ce que nous vous disons; et il faut aussi que vous ayez pour vos confesseurs et directeurs beaucoup d'estime, de soumission et de déférence. Ils vous parlent de la part de Dieu ; vous devez donc écouter l'Esprit de Jésus-Christ dans leur ministère. N'a-t-il pas dit dans l'Évangile, parlant d'eux: Qui vous écoute, m^écoute ^? Puisque c'est Jésus-Christ qui nous assure de cette vérité, prenez garde à ces paroles si dignes de respect : ayez une singulière vénération pour vos confesseurs et directeurs ; ce sont eux qui sont chargés de vos âmes : c'est par eux que Dieu vous parle, n'en doutez point; et puisqu'ils vous déclarent ses volontés, vous devez les écouter avec humilité et docilité, et vous soumettre humblement à leurs ordres et à leur conduite, bien loin d'en murmurer, d'en dire ses sentiments, de s'en plaindre mal à propos en des assemblées secrètes. I/Esprit de Jésus-Christ ne se trouve nullement dans ces plaintes indiscrètes et dans ces murmures que l'on fait de ses ministres. Dans la sainte Écriture, il est expressément défendu de mal parler d'eux ^ : elle ordonne de les respecter, de les honorer, et de ne point toucher aux oints du Seigneur *. Si vous considériez bien leur grand pouvoir et leur sublime dignité, sans doute que vous auriez pour leur
1. Joan., XII, 48. Cf. t, IV. p. ITfi. 3. Exod., xxii, 28 ; Act.,xxiii, 5