‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 167 sur 538 · Luc, X, 16. 4 . Ps. civ · texte numérisé non relu

Luc, X, 16. 4 . Ps. civ

personne plus de respect. Baimissez d'entre vous ces plaintes et ces murmures.

Je vous en conjure, mes Filles, que je n'entende plus parler de mécontentement, ni de ces discours c^ui causent parmi vous des émotions. Ne regardez que l'autorité que Dieu a donnée sur vous à ses ministres. Je défends ces plaintes et ces entretiens [pleins de] sentiments ' contraires à l'humilité et à la paix. Si quelque chose vous fait peine, je n'entends pas que vous ne puissiez en parler à vos supérieurs pour vous instruire ^ ; on le peut dans quelques rencontres, mais jamais pour s'abandonner au murmure, ni pour condamner les ministres de Dieu, ce qui ne lui peut être agréable : hors de là, vous pouvez communiquer vos difficultés aux supérieurs. Non, je n'ôte point la liberté de s'adresser à ceux à qui on les peut dire, j'entends aux pasteurs et aux susdits supérieurs : moi-même, je veux bien encore vous écouter dans votre l)esoin, et quand il sera nécessaire pour votre consolation. Sachez que je vous porte toutes dans mon sein et dans mes entrailles : vous m'êtes toutes présentes à l'esprit jour et nuit, et tout ce que vous m'avez dit toutes en particulier. Croyez, mes chères Filles, que pas une syllabe ne m'est échappée de la mémoire ; je pense à toutes vos nécessités, tant en général qu'en particulier.

Mettez- vous donc en repos, si vous m'avez déclaré les choses comme vous les diriez si vous alliez dans un quart d'heure paraître devant la majesté de Dieu : n'ayez plus aucun souci à présent, puisque je veux bien me charjjer de tout ce que vous m'avez dit. Ne vous l'ai-je pas dit au commencement de cette visite, que je me charoe de tout ce que vous m'avez déclaré? Cela étant, attendez en paix et avec patience que Dieu vous manifeste sa volonté par mon ministère ; et puisque vous vous déchart>ez sur nous de tout ce qui vous concerne, tant en jçi^énéral qu'en particulier, c'est à vous à demeurer en repos et dans l'indifféience, par une soumission à tout ce que l'Esprit de Dieu nous inspirera, dans le temps, de vous dire pom* votre perfection.

1. Ms. : entretiens des sentiments. il pas lire plutôt: ((pour les ins-

2. Texte de la première édition truire ? )) (Deforis, t. VIII. p. .%4). Ne fallait-

WX l RSl UNES DE MEAUX.

Je ne négliiJerai rien })our votre avancement; j'y ap- I)orterai tous mes soins et toute mon application, et je veilleiai sur ious vos besoins sprituels. Assurez-vous, mes Filles, Cjue vous êtes toutes présentes à mon esprit, et qu'à l'avenii- j'étendrai de plus en plus mon soin pastoral sur vous toutes, vous permettant même la liberté d'avoir recours à notre autorité épiscopale dans vos plus pressantes nécessités. Venez donc à moi, mes Filles, quand vous vous trouvez charfi^ées et oppressées; je vous soulagerai et donnerai le repos à vos âmes. Venez, puisque je vous recevrai avec douceur et avec joie, voulant bien vous écouter quand il sera nécessaire ; mais toutefois faites que cela n'arrive que dans de i>rands besoins et dans les occurrences de choses de conséquence. A cela nous discernerons les esprits, et nous en connaîtrons la sagesse et la prudence, par l'importance des choses que l'on viendra nous dire.

Cependant, n»es Filles, observez ce que nous vous prescrivons pour votre salut et pour votre perfection. Écoutez Dieu parler en vous : écoutez-le parlant par vos supérieurs et par le saint ministère de vos confesseurs et directeurs, puisque c'est le Saint-Esprit qui "VOUS conduit par eux ; enfin écoutez encore ce même Dieu parler par votre supérieure, parce que la supérieure, en sa manière, vous tient aussi la place de Jésus- Christ. Vous devez avoir pour elle respect, amour et confiance. C'est une mère spirituelle, qui vous doit porter toutes dans ses entrailles ; c'est pourquoi il faut qu'une supérieure reçoive avec un cœur vraiment maternel et qu'elle porte dans son sein les fortes et les faibles, et que sa charité s'étende sur toutes en général et en particulier, sans favoriser plus les unes que les autres. Il faut qu'elle parle à toutes dans leurs besoins avec douceur et ])onté ; mais aussi il ne faut pas qu'il y en ait qui se fâchent et qui observent si elle parle plus souvent à quelques-unes. Croyez que celles-là en ont plus de besoin, et que leurs nécessités sont plus grandes et plus pressantes que les vôtres ; et que, cela étant, celles-là doivent recourir plus fréquemment à la charité de la supérieure, pour être conduites sûrement dans le chemin de la perfection. Sachez, mes Filles, que Dieu

a attaché votre perfection à l'obéissance que vous devez rendre à votre supérieure. Assurez-vous que la voix de votre supérieure est la voix de Dieu même, et que c'est lui qui vous parle quand elle vous ordonne quelque chose. Respectez donc l'autorité de Jésus-Christ, qui est en elle et qui y réside. Écoutez ses paroles avec -autant de respect que vous feriez celles de Jésus-Christ même; puisqu'il dit en la personne des supérieurs: Qui vous écoute, m^écouie. Je sais bien que les choses qu'elle ordonne peuvent paraître quelquefois n'être pas si justes. Hé bien ! il y a de l'infirmité ; mais je sais aussi qu'elle peut avoir des raisons que les particulières ne peuvent pas pénétrer.

Voilà, mes Sœurs, comme vous devez écouter Dieu parler ; c'est ainsi qu'il faut entendre et pratiquer ces paroles de saint Jacques : Que tout homme soit prompt à écouter. Soyez donc promptes à écouter Dieu parler dans votre cœur, et par la bouche de ceux qu'il vous donne pour votre conduite ; mais aussi soyez tardives à parler.

Aimez le silence, la retraite et la solitude ; ne dites jamais aucune parole dont vous puissiez vous repentir ; soyez fort circonspectes à parler, et ne dites jamais rien, comme dit saint Augustin ^, sans l'avoir conçu dans le cœur, et ensuite pesé et ordonné par la raison avant que de le laisser échapper ou sortir de votre bouche. Le désir de parler est commun à tout homme, mais surtout à votre sexe ; cette inclination vous est naturelle, toutefois il la faut combattre. Vous n'aurez jamais regret d'avoir o-ardé le silence, quelque peine et contrainte qu'il faille souffrir. Il y a de la mortification, je vous l'avoue, à garder le silence. Hé bien! on dira une parole piquante de mépris ou de raillerie : on se satisfait, on se fait justice à soi-même par ses plaintes et ses murmures ; mais aussi combien blessez-vous la charité, et combien de fautes fait-on pour ne savoir pas garder le silence en ces occasions !

Dieu m'a fait connaître, dans la luinière de son Esprit, que la cause principale du trouble et de la division de

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