‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 178 sur 538 · Allusion à Eplies., v · texte numérisé non relu

Allusion à Eplies., v

AUX URSUr.INES DE MEAUX. 263

Le vœu de pauvreté vous oblige premièrement à être pauvres en commun ; c'est-à-dire, mes ï'illes, qu'il faut que vous ménagiez toutes le bien de la conmiunauté, prenant garde à ne le point consommer sans véritable besoin. Que toutes aient le nécessaire, mais rien de superflu et d'inutile, non point par épargne, ni par une avarice sordide, mais par un esprit de pauvreté et de vrai détachement intérieur, qui vous fasse passer légèrement sur les choses de la vie humaine, et qui vous rende fidèles ii ne vous y pas répandre et attacher, mais plutôt à vous en dégager pour l'amour de Jésus - Christ, en qui vous avez toutes choses. Que l'esprit de cette humble pauvreté soit donc parmi vous. Ayez soin de ne rien perdre, de ne rien dissiper, et de ne rien laisser gâter. Épargnez le bien de la maison, parce que vous êtes des pauvres, et parce que c'est le bien de Dieu, dont il vous donne l'usage seulement pour votre besoin, et non pour vous permettre aucunes superfluités ni satisfactions inutiles. Les gens pauvres ne portent leurs pensées qu'aux choses expressément nécessaires dans leur état d'indigence, où nous voyons que le moindre déchet leur est de conséquence. Dans un triste ménage, un pot cassé est une perte considérable. Souvenez-vous donc, mes Filles, que vous êtes des pauvres, et que vous devez par conséquent ménager le bien de la religion ^, qui appartient à Dieu; et qu'étant les épouses de Jésus-Christ pauvre, vous devez chérir sa pauvreté.

Il y a des occasions qui sont de légitimes objets de libéralités^, et où la piété l'inspire, comme la charité envers les pauvres, le soulagement des misérables et des affligés, et encore le zèle pour la décoration des saints autels, selon les moyens que Dieu en donne. Mais il y a une seule chose, mes Filles, où vous devez toujours être libérales : c'est envers vos pauvres Sœurs infirmes et malades. Il ne faut point craindre ici de l'être trop à leur égard, puisque vous devez même prévenir jusqu'à leurs petits besoins, pour éviter les

1. Dan? le sens d'ordre religieux, 2. Phrase assez singulière, qui

comme dans les instructions précé- aurait besoin d'être contrôlée, dentés.

sujets de plaintes et de murmures, quoiqu'il faille toujours mortifier la nature ; mais quand elle est surchargée et accablée par la maladie, c'est alors qu'il faut la soulager avec douceur et charité, sans rien négliger ni épargner pour son soulagement. Toutefois, il ne faut pas avoir égard aux petites délicatesses : il ne faut rien accorder à la nature, mais tout au besoin. Estimez donc, mes Filles, les malades ; aimez-les, respectez-les et les honorez, comme étant consacrées par l'onction de la croix, et marquées du caractère de Jésus-Christ souffrant. Comme il faut représenter les vrais besoins à la Mère supérieure, c'est à elle aussi à y pourvoir charitablement ; mais il se faut abandonner, et se dégager des trop grands empressements de la nature. Faites état, mes Filles, de la pauvreté que vous avez vouée et que vous professez; aimez-la, même dans le temps de la maladie, et partout accoutumez-vous à faire tous les jours une circoncision spirituelle, qui vous fasse éviter l'inutilité et retrancher le superflu. C'est à quoi vous devez tendre, et ce que votre saint état vous demande et vous prescrit.

Pour ce qui est de l'obéissance, c'est le fondement solide de la vie religieuse. C'est en cette vertu, mes Filles, que l'on trouve la joie, la paix véritable du cœur, et la sûreté entière dans l'état que vous avez embrassé : ainsi vous devez mettre en cette vertu toute votre perfection. De plus, vous devez y trouver le repos de vos âmes, et chercher en elle un véritable contentement ; car, hors de là, vous ne rencontrerez qu'incertitude, qu'égarement et que trouble. Reposezvous donc, mes Filles, entièrement sur l'obéissance, et regardez-la toujours comme le principe de votre avancement et de votre salut. Obéissez à vos supérieurs avec un esprit de douceur, d'humilité et de soumission parfaite, sans murmure ni chagrin. En toutes choses, soumettez votre jugement à celui de l'obéissance, avec une entière docilité, ne donnant point lieu à votre esprit propre ^ de raisonner et de réfléchir sur ce que les supérieurs vous ordonnent et sur les dispositions

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