Var. : propre jugement
qu'ils font de vous. Obéissez-leur comme à Jésus- Christ : cherchez, mes Filles, la paix et le repos dans l'obéissance; vous ne la trouverez pas ailleurs.
Je vous l'ai dit au commencement, et je vous le dis encore : soyez soumises, soyez dociles et parfaitement résolues de travailler à votre perfection ; vous y devez tendre et aspirer incessamment par la fidélité en la pratique de ces vertus. C'est votre état qui vous y oblige expressément, pour remplir dignement les devoirs de votre vocation et vous acquitter de vos promesses et de vos vœux. Voilà l'unique désir que vous devez avoir : votre salut en dépend ; car rarement, faites attention à ceci, fait-on son salut en religion, si on ne tend à la perfection. Non, je ne crois point, et ce n'est point mon opinion, qu'une religieuse se sauve quand elle n'est point dans la résolution de tendre à cette perfection, quand elle n'y aspire point, et qu'elle n'y veut point travailler. Portez-y donc, mes Filles, tous vos désirs ; aspirez-y de tout votre cœur ; travaillez-y sans relâche jusqu'à la mort : envisagez toujours le plus parfait ; ayez à cœur de garder les plus petites règles, sans toutefois trop de scrupule. Attachez-vous aux pratiques solides qui conduisent à la perfection, et non pas à ces craintes scrupuleuses qui ne sont point la véritable vertu. Ne craignez point de vous soumettre à certains petits soulagements, aux jours de jeûne, que l'obéissance ordonne de prendre à celles qui sont dans l'emploi de l'institut. Ce n'est pas pour satisfaire la nature que l'on désire cela et qu'on vous l'ordonne, mais pour soulager et subvenir à la faiblesse, et pour mieux supporter la fatigue et le travail de l'instruction. Vos règles sont bien faites ; elles ont été examinées et approuvées : celles qui vous ont précédées en ont usé de même. Allez en esprit de confiance ; marchez avec sûreté en obéissant, et quittez ces appréhensions frivoles : je vous décharge de toutes ces vaines craintes ; je lève tous les scrupules. Ce n'est point sur ces sujets que vous devez tant craindre ; mais vous devez toujours appréhender la négligence en l'acquit de vos devoirs. Estimez et embrassez toutes les pratiques de la vie religieuse avec ferveur et amour : car toutes ces choses
VOUS conduiront infailliblement à la plus haute perfection : ce sont des degrés qui vous y doivent acheminer tous les jours. C'est dans l'exacte observance de vos vœux et de vos règles où vous devez faire consister toute votre perfection. Ce n'est pas dans ces entretiens, ni dans ces belles paroles, ni même dans ces sublimes contemplations, vaines et apparentes, qu'elle consiste non, ce n'est point dans toutes ces élévations de l'esprit ; mais elle est uniquement et très assurément dans la pratique d'une profonde humilité et parfaite obéissance.
Croyez-moi, mes Filles, et ne pensez donc plus qu'à votre perfection. Laissez-vous conduire sans résistance : je vous en conjure par les entrailles de la miséricorde de Dieu ^. Jusqu'à présent, je ne vous ai parlé qu'avec douceur, charité, bénignité et miséricorde : je n'ai fait peine à personne; j'ai tout ménagé, tout épargné; j'ai même tout pardonné et tout oublié. Je n'ai point voulu faire confusion à personne ; il n'y en a pas une qui puisse se plaindre d'avoir été traduite devant les autres: personne ne peut dire qu'on ait diminué sa réputation, ni qu'on l'ait déshonorée en la présence de ses Sœurs. Mais que dis-je déshonorée? Serait-ce un déshonneur pour une religieuse, de lui faire trouver et pratiquer l'humilité? Bien loin donc de reprendre et corriger personne, je vous ai toutes mises à couvert jusqu'à présent; j'ai usé de toutes sortes de douceur; mais si, à l'avenir, il y en avait, à Dieu ne plaise! quelquesunes indociles, désobéissantes à nos ordres, rebelles à nos lois, et qui ne fussent pas disposées à profiter de notre douceur et bénignité, qu'elles prennent garde d'irriter la colère de Dieu et de nous contraindre de changer notre première douceur en sévérité et en rigueur ; qu'elles ne vous obligent pas à exercer sur elles la puissance ecclésiastique. Nous savons le pouvoir que l 'Église nous donne par notre autorité épiscopale : nous n'ignorons pas que Dieu nous met en main cette puissance de l'Ëglise pour châtier les esprits rebelles, et pour leur faire sentir toute sa sévérité.