Elles demandaient des confes- verra par. la suite
seulement bonne édification de votre vertu et de votre obéissance. Mais croyez que c'est principalement pour vous, pour votre salut, et pour éviter ce jugement terrible et cette condamnation qui se fera d'une âme qui n'aura pas fait usage des moyens de perfection pour assurer son salut. Travaillez incessamment à l'acquérir, et demeurez toujours dans les bornes d'une parfaite soumission à tout ce que l'on souhaitera de vous. Et, pour ce sujet, il est à propos et convenable de vous faire connaître, comme par degrés, les principes qui doivent vous diriger, et de vous instruire de l'ordre et de la discipline de l'Église. Car je crois que vous êtes filles de l'Église; et par conséquent vous êtes plus capables d'en concevoir les règles, qu'il ne faut pas que vous ignoriez.
Apprenez donc, mes Filles, aujourd'hui sa conduite, et qu'elle ne se porte pas facilement ni légèrement à changer les personnes qui servent par leur ministère à la conduite des âmes, et comme il y a une subordination dans les règles qu'elle observe.
Par exemple, les prêtres sont amovibles, et les évêques sont perpétuels. Les prêtres dépendent et sont sous l'autorité des évêques, et ce sont les évêques qui les établissent dans les fonctions de leur ministère. Or, quoique cela soit, on observe de ne les point ôter que pour des causes extraordinaires, et après avoir examiné leur conduite. Moi donc, à qui Dieu a commis le soin de ce diocèse, et à qui, tout indigne que je suis. Dieu a mis cette charge sur les épaules, qui me fait gémir et soupirer à toutes les heures du jour par la pesanteur du poids qui m'accable, estimant mes épaules trop faibles pour le pouvoir porter ; moi, qui m.e rends tous les jours, par mes péchés, digne des plus grands châtiments de la colère de Dieu : or je reviens, et je dis : Si Dieu eût permis ciue vous eussiez un méchant évêque, il faudrait bien que vous me souffrissiez tel que je serais, parce qu'étant votre pasteur, vous êtes obligées de m 'obéir. Je le dis de même de ceux qui vous sont donnés par notre autorité pour la conduite de vos âmes, à qui vous devez vous assujettir comme à Dieu^, puisqu'ils
AUX URSULINES DE iMEAUX. 283
VOUS sont donnés et établis et approuvés de notre autorité. ^
Vous me direz et me répondrez peut-être que TEolise ne vous contraint et ne vous oblige pas à cela. Il est vrai ; puisque, en quelque façon, vous ne dépendez que de révêque seul. Mais que serait-ce, mes Filles, si, dans le corps humain, tous les membres voulaient exercer les mêmes fonctions? Il faut que chacun demeure à la place qui lui est convenable. Je dis le même, mes Sœurs, de la subordination qui doit être parmi vous. Si l'obéissance n'est point gardée en cette maison, ce ne sera, que confusion et un continuel désordre ; tout ira à la division, et à la ruine totale de la perfection.
Savez-vous, mes Sœurs, d'oij viennent les schismes et le> hérésies dans l'Église? Par un commencement de division et de rébellion secrète. C'en est là un commencement que je trouve ici. Prenez-y garde; car j'ai reconnu, dès le commencement de la visite, que les unes veulent trop, les autres pas assez : cela marque trop d'empressement et d'attachement à ce qui est de l'homme. Écoutez ce que dit saint Paul au peuple de Corinthe ^ : J'rt/ appris quHl y a de^ partialités entre vous, Vun dit: Je suis a Pierre; Vautre dit: Je suis à Paul; moi, à Apollo; moi, à Céphas^, et moi à Jésus-Christ. Jésus-Christ est-il donc divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous? avez-vous été baptisés au no7n de Paul ? Mais saint Paul, que répondit-il à ces gens-là? Leur dit-il: Laissez-moi faire, je dirai à Pierre qu'il se retire, et qu'il ne vous parle plus : Apollo, Céphas, ne vous en mêlez plus : ne vous mettez pas en peine, je m'éloignerai moi-même, et ferai en sorte que Jésus-Christ viendra en personne vous conduire et vous gouverner en ma place ? Hé ! quel discours, mes Filles ! Ne sommes-nous pas tous à Jésus-Christ, et Jésus- Christ n'est-il pas pour tous ? Qu'est-ce que vous trouvez dans ce prêtre^? J'ai examiné et approuvé sa
1. I Cor., T, 11. 12, 13. 3. Pai- la lettre du 14 janvier 1686
2. Ici encore, il doit y avoir bien (éd. Urbain et Levesque, t. III, de l'inexactitude : Bos'suet n'a pas p. 178), on voit que certaines relidû faire deux personnages de Pierre gieuses refusaient de se confesser et de Céphas ; et cela n'est pas non à un M. de L'Isle.
plus dans le texte de saint Paul.
conduite : il est de bonnes mœurs, il a la charité, il est rempli de zèle, il a l'esprit et la capacité de son ministère.
Enfin, on veut pousser à bout : Fera-t-on, ne ferat-on pas? Ha ! le voilà dit : qu'on ne m'en parle plus. Je vous déclare que je le veux et que je ne changerai point : je serai ferme, et ne me laisserai point ébranler par tout ce que vous me pourriez dire, jusqu'à ce que le Saint-Esprit me fasse connaître autre chose, et que je vous voie toutes dans une si parfaite obéissance sur ce sujet, qu'il ne reste pas la moindre répugnance ni résistance sur ce qui a été du passé. Je veux vous voir dans une parfaite soumission à mes ordres ; à moins de cela, n'attendez rien autre chose de moi. Abandonnez-vous donc à moi, mes chères Filles, j^our le soin de votre perfection. Je sais mieux ce qui vous est utile que vous-mêmes : j'en fais mon principal, comme si je n'avais que cela à penser.
Je vous conjure, mes Filles, de vous tenir en union les unes avec les autres, par ce lien de la charité qui unit tous les cœurs en Dieu. Que je n'entende plus parler de divisions, de partialités. Que l'on ne tienne plus ces discours : L'on parle plus à celle-ci, on ne parle point à cette autre ; on parle rudement à celle-ci, on parle doucement à celle-là ; on ne me traite pas comme certaines. Hé ! les ministres de Dieu ne sont-ils pas à tous, et ne se font-ils pas tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ? Vous vous arrêtez trop à ce qui est humain et extérieur, sans considérer la grâce intérieure qui vous est conférée par le pouvoir du caractère qui est dans ce ministre de Jésus-Christ. Ainsi, vous recevez toujours l'effet du sacrement : que ce soit de ce monsieur-ci ou de ce monsieur-là, que vous importe? Agissez surnaturellement, et par des vues plus spirituelles et dégagées des sens.
Croyez-moi, mes Filles, mettez-vous dans ces dispositions, et vous expérimenterez une grande paix et tranquillité d'esprit. Qu'on ne voie plus entre vous d'ambition, d'envie, de jalousie. Qu'on n'entende plus parmi vous ces plaintes si peu religieuses : On élève cette personne, on la met dans cet office, et moi, je
n'y suis pas. Tous sont-ils propres à une même charge; et,' comme dit saint Paul \ tous sont-ils docteurs, tous sont-ils apôtres, tous sont-ils prophètes? tous sont-ils capables d'un même emploi? Mais la vertu est utile à tous, et tous sont obligés de se rendre capables de la pratiquer. C'est pourquoi dilatez, dilatez vos cœurs par la charité ; n'ayez point des cœurs rétrécis, resserrés et petits : allez à Dieu en esprit de confiance, courez à grands pas dans la voie de la perfection, afin que vous puissiez croître de vertu en vertu, jusqu'à ce que vous parveniez toutes à la consommation de la gloire, que je vous souhaite en vous bénissant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Après que Monseigneur eut achevé sa conférence, il dit encore ce peu de mots en s^ adressant h notre Mère supérieure :
Ma Mère, je vous recommande cette communauté; soyez-leur toujours une bonne mère, comme vous leur avez été jusqu'à présent. Il faut que vous ouvriez vos entrailles et que vous élargissiez votre sein, pour les recevoir toutes et pourvoir à leurs besoins. De leur part, il faut aussi qu'elles se rendent obéissantes et soumises à ce que vous leur ordonnerez, sans vous faire peine.