Édit. de l()8o : qui lui a plu
plus à l'homme que le néant et le péché : pour tout fonds, le néant ; pour toute acquisition, le péché. Le reste, qu'on croyait tenir, échappe : semblable à de l'eau gelée, dont le vil cristal se fond entre les mains qui le serrent, et ne fait que les salir. Mais voici ce ciui glacera le cœur, ce qui achèvera d'éteindre la voix, ce qui répandra la frayeur dans toutes les veines : Je m^en vais voir comment Dieu me traitera; dans un moment, je serai entre ces mains dont saint Paul écrit en tremblant : Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu ^ ; et encore : C^est une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant'^; entre ces mains où tout est action, où tout est vie, rien ne s'affaiblit, ni [ne] se relâche^, ni ne se ralentit jamais ! Je m'en vais voir si ces mains toutes-puissantes me seront favorables ou rigoureuses ; si je serai éternellement ou parmi leurs dons, ou sous leurs coups. Voilà ce qu'il faudra dire nécessairement avec notre princesse. Mais pourrons-nous ajouter avec une conscience aussi tranquille : J^espere en sa miséricorde? Car qu'aurons-nous fait pour la fléchir^? Quand auronsnous écouté la voiœ de celui qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur^? Comment? Par la pénitence. Mais serons-nous fort contents d'une pénitence commencée à l'agonie, qui n'aura jamais été éprouvée, dont jamais on n'aura vu aucun fruit; d'une pénitence imparfaite, d'une pénitence nulle, douteuse, si vous le voulez ; sans forces, sans réflexion, sans loisir pour en réparer les défauts? N'en est-ce pas assez pour être pénétré de crainte jusques dans la moelle des os? Pour celle dont nous parlons, ha ! mes Frères, toutes les vertus qu'elle a pratiquées se ramassent dans cette dernière parole, dans ce dernier acte de sa vie; la foi, le courage, l'abandon à Dieu, la crainte de ses jugements, et cet amour plein de confiance qui seul efface tous les péchés. Je ne m'étonne donc pas si le saint