‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 219 sur 538 · Aux enfants de sa sœur. — Ces copat · texte numérisé non relu

Aux enfants de sa sœur. — Ces copat

deux adjectifs possessifs, qui n'ont 5. Cour souveraine, en dehors des

pas le même rapport, sont plus clairs parlements, entre lesquels elle pro-

que régulièrement employés. nonçait en cas de conflit. Elle con-

o. Ses relations dans les cours naissait aussi de la plupart des af-

italiennes. faires ecclésiastiques.

ORAISON P'UNEBRE

tante charge de procureur du Roi. Cette grande ville se souvient de l'avoir vu, quoique jeune, avec toutes les qualités d'un grand magistrat, opposé non seulement aux brigues et aux partialités qui corrompent l'intégrité de la justice, et aux préventions qui en obscurcissent les lumières, mais encore aux voies irrégulières et extraordinaires où elle perd avec sa constance la véritable autorité de ses jugements. On y vit enfin tout l'esprit et les maximes d'un juge qui, attaché à la règle^ ne porte pas dans le tribunal ses propres pensées, ni des adoucissements ou des rigueurs arbitraires \ et qui veut que les lois gouvernent, et non pas les hommes. Telle est l'idée qu'il avait de la magistrature. Il apporta ce même esprit dans le Conseil^, où l'autorité du Prince, qu'on y exerce avec un pouvoir plus absolu, semble ouvrir un champ plus libre à la justice ; et, toujours semblable à lui-même, il y suivit dès lors la même règle qu'il y a établie depuis, quand il en a été le chef.

Et certainement. Messieurs, je puis dire avec confiance que l'amour de la justice était comme né avec ce grave magistrat, et qu'il croissait avec lui dès son enfance. C'est aussi de cette heureuse naissance ^ que sa modestie se fit un rempart contre les louanges qu'on donnait à son intégrité ; et l'amour qu'il avait pour la justice ne lui parut pas mériter le nom de vertu, parce qu'il le portait, disait-il, en quelque manière dans le sang. Mais Dieu, qui l'avait prédestiné à être un exemple de justice dans un si beau règne et dans la pi-emière charge d'un si grand royaume, lui avait fait regarder le devoir de juge, où il était appelé, comme le moyen particulier qu'il lui donnait pour accomplir î 'œuvre de son salut. C'était la sainte pensée qu'il avait toujours dans le cœur ; c'était la belle parole qu'il avait toujours à la bouche; et par là il faisait assez coimaître

1. Edit. de 1086 : ne porte pas ses 3. Bien que préparée parla phrase propres pensées, ni des adoucisse- qui précède, cette expression trop ments ou des rigueurs arbitraires concise est un peu obscure. Elle rapdans le tribunal. , pelle que. chez Le Tellier, (( l'amour

2. Le rionseil d'Etat, ou Conseil de la justice » était une qualHé nadu Koi. Le Tellier eut plus tard turelle, dont il ne s'attribuait pas le (1677) à le pré.sider en qualité de mérite.

chancelier.

combien il avait pris le o-oût véritable de la piété chrétienne. Saint Paul en a mis l'exercice, non pas dans ces pratiques particulières que chacun se fait à son gré, plus attaché à ces lois qu'à celles de Dieu, mais à se sanctifier dans son état, et « chacun dans les emplois de sa vocation : Unusquisque in qua vocatione vocatus est \ )) Mais si, selon la doctrine de ce grand apôtre, on trouve la sainteté dans les emplois les plus bas, et qu'un esclave ~ s'élève à la perfection dans le service d'un maître ynortel, pourvu qu'il y sache regarder l'ordre de Dieu, à quelle perfection l'âme chrétienne ne peut-elle pas aspirer dans l'auguste et saint ministère de la justice, puisque, selon TT^criture, Von y exerce le jugement non des hommes, mais du Seigneur même ^ ? Ouvrez les yeux. Chrétiens, contemplez ces augustes tribunaux où la justice rend ses oracles : vous y verrez, avec David, les dieux de la terre, qui meurent, à la vérité, comme des hommes ^, mais qui cependant doivent juger comme des dieux, sans crainte, sans passion, sans intérêt, le Dieu des dieux à leur tête, comme le chante ce grand roi d'un ton si sublime dans ce divin psaume : Dieu assiste, dit-il, h Vassemhlée des dieux, et au milieu il juge les dieux ^. O juges, quelle majesté de vos séances ! quel président de vos assemblées ! mais aussi quel censeur de vos jugements ! Sous ces yeux redoutables, notre sage magistrat écoutait également le riche et le pauvre ; d'autant plus pur et d'autant plus ferme dans l'administration de la justice, que, sans porter ses regards sur les hautes places dont tout le monde le jugeait digne, il mettait son élévation comme son étude à se rendre parfait dans son état. Non, non, ne le croyez pas, que la justice habite jamais dans les âmes où l'ambition domine. Toute âme inquiète £'t ambitieuse est incapable de règle. I/ambition a fait trouver ces dangereux expédients où, semblable à un sépulcre blanchi *", un juge artificieux ne garde que les

Page 1