‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 305 sur 538 · DISCOURS AUX RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

DISCOURS AUX RELIGIEUSES

le 2 juillet 1688.

M, Lâchât a daté de 1685, d'après « le style de l'ouvrage, » ce discours que Deforis avait donné sans aucune notice i . Le style! surtout celui d'une copie rédigée « après avoir entendu », c'est une indication bien insuffisante. Heureusement que les Extraits des mémoires de la Visitation de Meaux 2 nous en fournissent une autre, plus précise. Le ce sermon divin » qu'elles mentionnent à l'année 1688 doit être celui qu'on va lire ^. Il est naturel que les religieuses qui en furent émerveillées se soient appliquées à le reproduire.

Je ne m'étonne pas si votre fondateur, cet homme si éclairé, cet homme si pénétré des salutaires lumières de l'Évangile, vous a choisies pour honorer cette fête si remplie de mystères d'ineffable suavité et d'une charité immense. Mais qui n'admirerait par-dessus toutes choses les grands exemples qui s'offrent à nous dans ce mystère, d'une inexplicable instruction, si profitable non seulement pour les personnes cachées dans la solitude, mais propre pour vous, pour moi, pour tous les fidèles? Pour les justes, c'est leur consolation ; pour les pécheurs, c'est l'attrait qui les excite à faire pénitence. Qui n'admirera premièrement Elisabeth qui s'abaisse: D^où me vient ce bonheur'^} Mais voyez un effet plus surprenant : Jean, qui n'est pas né, montre par son tressaillement sa joie à l'approche de son sauveur ; et Marie, possédée de l'esprit de Dieu, chante ce divin cantique : « Mon âme glorifie le Seigneur ^ ! »

1. Tome YITI de l'édition in-4, en avaient un apparemment à leur p. 563. disposition. Nous n'osons croire

2. Ms. de la bibliothèque du cependant que le texte n'ait pas été Grand séminaire de Meaux, fo 46. un peu arrangé.

3. Pas de manuscrit. Les premiers 4. Luc, l, 43. éditeurs, ou les premiers copistes, 5. Ibid.^ 47.

Sermons de Bossuet. — YI. 30

466 POIR LA FÊTE

Au milieu de tant de merveilles, de tant de miracles, je ne vois que Jésus qui n'agit pas, que Jésus dans le silence. Les mères s'abaissent et prophétisent ; Jean tressaille ; il n'y a que Jésus qui paraît sans action, et c'est Jésus qui est l'âme de tout ce mystère. Il ne fait aucune démonstration de sa présence : lui, le moteur invisible de toutes choses, paraît immobile ; il se tient dans le secret, lui qui développe et découvre tout ce qui est caché et enveloppé. Nous voyons souvent cette grande merveille, et nous ressentons ses bienfaits, mais il cache la main qui les donne. A la faveur de cette nouvelle lumière, je découvre ce que dit le prophète : Vraiment vous êtes un Dieu caché, un Dieu sauveur^, un Dieu qui s'est humilié, un Dieu qui s'est épuisé luimême dans ses abaissements, un Dieu abaissé dans un profond néant !

Mais pénétrons dans ce mystère ineffable, où Jésus paraît sans action. Que ce repos de Jésus est une grande et merveilleuse action ! I.e grand mystère du christianisme, c'est de comprendre la secrète opération de Dieu dans les âmes. Dieu est descendu du ciel en terre pour se communiquer aux hommes, soit par la participation de ses mystères, soit en se donnant à eux par la communion. Il veut se donner à nous, et que nous nous donnions à lui. Il opère dans les cœurs de certains mouvements pour les attirer à lui, un entretien secret qui les élève à la plus intime communication : mais c'est dans la solitude que l'âme ressent ses divines approches. Que doit faire une âme dont Dieu s'approche par sa grâce et ses fréquentes visites ? Elle doit apporter trois dispositions : un saint abaissement, une humilité profonde, une sainte frayeur. Abaissement, humilité, frayeur, voilà la première disposition ; la seconde, c'est un transport divin, un transport admirable : elle s'éloigne par humilité, et s'approche par désir ; la troisième, c'est une joie céleste en son Salutaire, qu'elle a le bonheur de posséder.

Je m'assure que vous prévenez déjà mes pensées, et que vous considérez ces saintes dispositions dans les

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