‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 310 sur 538 · Act.,x · texte numérisé non relu

Act.,x

à la lumière : la lumière découvre la lumière. Ah ! c'est un petit flambeau qui découvre un ^rand flambeau. Le soleil se montre de lui-même, il n'a point de précurseur qui dise : Voilà le soleil ; mais les hommes avaient besoin qu'on les préparât à l'éclat du grand jour qui devait bientôt briller en Jésus-Christ. • Le monde était dans de profondes ténèbres, sembable à ceux qui sont dans un cachot ; quand ils en sortent, ils sont éblouis de la lumière, ils se détournent de la lumière, ils se cachent à la lumière. Ainsi les pécheurs, emportés par la violence de leurs passions, se précipitent dans les épaisses ténèbres du péché, et ne peuvent ensuite soufi^rir la lumière qu'on leur présente pour dissiper leur aveuglement. Vous dites à cet homme colère, à ce vindicatif, qu'en satisfaisant son ressentiment, il va tomber dans un funeste esclavage, dont il ne pourra se retirer ; mais il ne veut point de lumière : il méprise la lumière, il la hait, et n'aime que l'obscurité, qui lui cache ses désordres.

Telle est donc l'infirmité de notre raison, qu'elle ne peut soutenir l'éclat de la lumière qui éblouit nos faibles yeux : il faut une moindre lumière pour nous découvrir la grande, un petit flambeau pour nous montrer le grand flambeau, l^e propre de saint Jean, c'est de découvrir et faire désirer Jésus-Christ ; c'est pourquoi le prophète Zacharie l'appelle [Orient] ^. L'orient qui paraît sur nos montagnes, c'est le signe, c'est l'avant-courrier du soleil, c'est ce qui nous annonce le lever du soleil. Saint Jean, comme une belle aurore, a devancé le soleil, « cet Orient d'en haut, Oriens ex alto^ ■», qui vient pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, et pour conduire nos pas dans le chemin de la paix et l'observance de la loi.

l.Edit. : son horizon. — Les co- les Septante et la Vulgate). Dans

pistes n'ont pas dû. retenir toutes le discours de Bossuet, la suite des

les expressions de l'orateur, qui avait pensées demande que le « prophète »

sans doute parlé de l'Orient, de l'au- Zacharie soit plutôt le père même

rore qui paraît à l'horizon. Le Mes- de Jean-Baptiste. En effet, dans

sie n'est nulle part appelé horizon, son cantique, il prophétise la venue

mais bien Oriens. Ainsi dans Zacha- du Messie, qu'il appelle Oriens ex

rie, III, 8, et vi, 12 (non, il est vrai, alto.

dans le texte hébreu, où on lit 2. Luc, i, 78, 79. tsémach, germe, rejeton, mais dans

Mais, pour profiter de la lumière qui luit sur nous, disons avec David : « Je chercherai, j'approfondirai, scrutahor"^ »; j'approfondirai votre loi. Entrons avec sincérité dans cette étude : travaillons sérieusement à connaître toute l'étendue de nos obligations, et gardons-nous de vouloir nous dissimuler celles qui ne s'accorderaient pas avec nos cupidités. Ne cherchons pas à les restreindre, ou à les régler sur nos désirs ; songeons plutôt à connaître, à la lumière de cette loi si pure, tous les vices de notre cœur, et à réformer sur ses préceptes tout ce qu'elle condamne dans nos dispositions et dans nos œuvres, en pratiquant soigneusement tout ce qu'elle nous commande.

O ! quand une âme vient à s'examiner aux yeux de Dieu en approfondissant dans ses commandements, en sondant, en pénétrant la perfection qui 3^ est cachée, qu'elle s'en trouve éloignée! Si j'approfondis votre loi, je vois, ô mon Dieu, que tout ce que je fais, jusqu'aux meilleures actions, est infiniment éloigné de la perfection qu'elle renferme, parce que je n'approfondis pas, parce que je ne pratique que la surface des préceptes. C'est donc en approfondissant la loi de son Dieu que l'âme découvre le fond de sa corruption et voit tant de taches dans ses œuvres qu'elle n'en trouve pas une qui ne soit remplie de défauts. Ainsi, les lumières de la loi éclairant une âme, elle commence à entrer en de salutaires ténèbres où Dieu s'unit à elle et, le possédant, elle ne peut contenir sa joie.

III. Dès lors il suivra ce que je ne puis expliquer, et ce qui me surpasse. Parlez, Marie ; c'est à vous à nous faire connaître vos sentiments. Possédant votre Dieu, quels ont été vos transports, vos joies, vos jubilations, votre exultation, votre paix, votre triomphe? Elle prononce un divin cantique qui est la gloire des humbles et la confusion des superbes. Que votre âme éprouve cet excès de joie que ressentait Marie en glorifiant son Dieu, en exaltant ses miséricordes!

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