‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 311 sur 538 · Ps. cxviTi · texte numérisé non relu

Ps. cxviTi

Mais que veut dire exalter Dieu? Exalter Dieu, mes Filles, c'est agrandir Dieu. Pour vous le faire entendre, mon cœur veut enfanter quelque chose de si grand que je crains de faire un effort inutile ; mais peut-être vous ferai-je concevoir ma pensée. Exalter Dieu, c'est le mettre au-dessus de tout ce que nous en pouvons penser, au-dessus de toute grandeur. Si vous pensez que Dieu est infini, éternel, immense, mettez-le encore audessus ; élevez-le au-dessus de l'élévation, exaltez-le au-dessus de l'exaltation. Enfin, quelque haute idée que vous en puissiez former, mettez-le toujours au-dessus : voilà ce que c'est que d'exalter Dieu.

Mais quelle est la cause de l'exultation de Marie? Quel en est le sujet? La première cause de son exultation, c'est qu'il a regardé la bassesse de sa servante. Elle ne dit pas sa servante, mais la bassesse de sa servante, tant elle est pénétrée de son néant! Il y a en Dieu un regard de bonté et de miséricorde, qui est celui qu'il arrête sur les âmes pénitentes pour les consoler et les encourager à revenir à lui ; mais il y a aussi en Dieu pour le juste un regard de faveur et de bienveillance, un regard de défense et de protection, ah ! un regard de la sérénité de sa face, dont la beauté jamais ne se ternit. Il est écrit que le regard du roi a quelque chose d'heureux et de divin ^. Quelle impression doit donc faire sur le cœur des justes ce regard de Dieu, si amoureux, si tendre, dont il est écrit : Voici les yeux du Seigneur qui se reposent sur les justes ^ ! C'est là ce regard de Dieu, qui transporte Marie de joie et d'admiration.

La deuxième cause de l'exultation de Marie, c'est le triomphe de Dieu sur le monde, c'est la victoire qu'il a remportée sur lui. Ce monde a quelque chose d'éclatant, qui surprend et qui trompe ceux qui s'en laissent éblouir : sa lumière faible éblouit les faibles. Marie, à la lueur de cette lumière qui l'éclairé, a découvert la vanité, le faux éclat, le faste de cette pompe vaine. Elle n'a pas regardé le triomphe de Dieu sur le monde comme devant arriver, mais comme étant déjà fait :

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