‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 352 sur 538 · II Cor., VII · texte numérisé non relu

II Cor., VII

par sa maison, par les justes^, qui sont ses enfants, tendez le dos humblement à cette main paternelle ^, et laissez-lui exercer une rigueur si remplie de miséricorde.

Mais voici encore une autre cause ^ de cette tristesse selon Dieu. Assis sur les fleuves de Babylone^ et au milieu des biens qui passent, les fidèles sentent leur bannissement et ils ^ pleurent en se souvenant de Sion, leur chère patrie. Ah ! mes chers enfants, si quelque goutte de cette tristesse entre dans vos cœurs ^, et que, pleins de dédain et de dégoût pour ce qui passe, vous vous sentiez affligés de ne pas jouir encore du bien qui est éternel, après lequel vous soupirez^, c'est là cette ^ tristesse selon Dieu que je vous souhaite.

Mais ce n'est pas encore celle que j'ai dessein de vous prêcher aujourd'hui ^ avec saint Paul. Cette trktesse, qui est selon Dieu, produit y dit ce saint apôtre ^^, une péniteîjce stable ^^. C'est donc là principalement cette douleur que je vous souhaite, le regret de vos péchés, la tristesse et ^^ l'amertume de la pénitence. Si je puis vous inspirer cette douleur, alors, alors, mes chers Frères ^^, je vous dirai avec l'Apôtre : Ah ! mes hienaimés, je me réjouis ^^, non pas de ce que vous êtes contristés, mais de ce que vous Vêtes selon Dieu par la pénitence ^^ ; et encore : Qui est celui qui me peut donner de la consolation et de la joie ^^, sinon celui qui

1. A, N : et par les justes qui... A : ... si quelque goutte de cette

2. A, L : tendez le dos et baissez salutaire tristesse entre jamais dans la tête humblement sous cette main votre cœur ...

paternelle. — En variante^ le texte 7. A, L. : du bien éternel, de

de Deforis, qui est aussi celui de la votre patrie céleste après laquelle

copie de Nancy. vous soupirez. — Et le texte en

3. A, N. — C'est la variante des variante. — Var. D : du bien éteréditions. Et pour texte : (( Mais voici nel de votre céleste patrie, après encore une autre espèce de celte laquelle...

tristesse selon Dieu. » — L'orateur , 8. N, A : c'est la tristesse. —

vient de montrera: quel est le siijet » Edit. : c'est la tristesse...

et l'origine ; c'est maintenant (( une 9. Mot omis dans la copie de

autre cause, » et (( par suite une Nancy.

variété de la tristesse selon Dieu, )) 10. A, N : dit cet Apôtre.

qu'il va nous exposer. 11. II Cor., vu, 10.

4. L : Assis sur les bords (A : le 12. N : la tristesse, l'amertume... bord) des fleuves de Babylone. — 13. A, L : mes chers Enfants.— Et Et le vrai texte renvoyé en variante. en var. : Alors, mes chers Frères.

5. A, N : Édit.: et pleurent. Var.: 14. N : je m'en réjouis, ils pleurent. 15. II Cor., vu, 9.

6. N : Ah ! mes chèrs Frères, si 16. A, N : de la joie et de la conquelques gouttes de cette tristesse solation.

entrent jamais dans votre cœur...

s^ afflige à mon sujet ^, à qui ma prédication ^ et mes avertissements ont inspiré cette tristesse ^ qui est selon Dieu, et le regret de [ses] fautes ^ ?

C'est, mes Frères, pour vous inspirer cette tristesse salutaire, cjue j'ai appelé^ des prédicateurs qui vous prêcheront la pénitence dans la pénitence et sur la croix ^. Vous commencerez dès ce soir ' à les entendre ; et je fais l'ouverture de cette mission, dont j'espère tant de fruits. I.aissez-vous donc affliger selon Dieu, et plongez-vous dans la tristesse de la pénitence. Je suis touché, il y a longtemps, de la tristesse ^ que vous donnent tant de misères, tant de charges que vous avez beaucoup de peine '* à supporter, et que sans doute vous ne pourrez ^° supporter longtemps malgré votre bonne volonté. Je vous plains ; je les ressens ^^ avec vous, et quelle serait ma joie, si je pouvais vous soulager de ce fardeau ! Mais il faut que je vous parle comme un père : quand vous exagérez ^^ vos maux, qui sont grands, vous n'allez pas à la source. Toutes les fois que Dieu frappe, et qu'on ressent des calamités ^^ ou publiques ou particulières, qu'on est frappé dans ses biens, dans sa personne, dans sa famille, il ne faut pas s'arrêter à plaindre ses maux et à pousser des gémissements qui

Page 1