L. : et ce qui marque entre l'un sens
et l'autre une opposition éternelle, 5. L. omet ces cinq mots.
est que pendant qu'elle demande. 6. L. : ses maux ; car ses sens
4 Première rédaction (effacée) : dont elle emprunte.
Triste état de la raison ! puisque 7. L. : espérant en ses sens,
déjà dès le combat, elle perd sa 8. L. : ici parler,
paix ; si elle cède en résistant, elle 9. Tournure pléonastique pour :
perd sa force et sa droiture ; que si considérez seulement à combien
elle s'abandonne sans résistance, il d'objets extérieurs la vue nous at-
ne lui reste plus rien, et elle est tache,
elle-même tout à fait perdue. Par 10. Num., xv, 39.
qu'il augmente, avec ses appartements qu'il rehausse, avec son domaine qu'il étend. Cette femme ambitieuse et vaine croit valoir beaucoup quand elle s'est chargée d'or, de pierreries et de mille autres vains ornements. Pour la parer, toute la nature s'épuise \ tous les arts suent, toute l'industrie se consume^. Ainsi nous amassons autour de nous tout ce qu'il y a de plus rare ; notre vanité se repaît de cette fausse abondance^. Par là nous tombons insensiblement dans les pièges de l'avarice, triste et sombre passion, autant qu'elle est cruelle et insatiable.
C'est elle, dit saint Augustin % qui, trouvant l'âme pauvre et vide au dedans, la pousse au dehors, la partage en mille soucis, et la consume par des efforts aussi vains c^ue laborieux '\ Elle se tourmente connue dans un songe : on veut parler, la voix ne ° suit pas ; on veut faire de grands mouvements, on sent ses membres engourdis. Ainsi l'âme veut se remplir, elle ne peut ; son argent, qu'elle appelle son bien, est deiiors ^, et c'est le dedans qui est vide et pauvre. Elle se tourmente de voir son bien si détaché d'elle-même, si exposé au hasard, si soumis au pouvoir d 'autrui. Cependant elle voit croître ses mauvais désirs avec ses richesses. « I/avarice, dit saint Paul, est la racine de tous les maux, Radix omnium malorum est cupiciitas ^ . » En effet ^, les richesses sont un moyen d'avoir presque sûrement tout ce qu'on désire. Par les richesses, l'ambitieux se peut assouvir d'honneurs; le voluptueux, de plaisirs ; chacun enfin, de ce qu'il demande. Tous les mauvais désirs naissent dans un cœur qui croit avoir dans l'argent le moyen de les satisfaire. Il ne faut donc pas s'étonner si la passion des richesses est si violente, puisqu'elle ramasse en elle toutes les autres. Que l'âme est asservie ! de quel joug elle est chargée ! Et pour s'être cherchée elle-même, combien est-elle ^° devenue pauvre et captive !
1. L. : Toute la nature s'épuise 6. L.: ne se suit pas. Leçon fautive, pour la parer, 7. L. : est au dehors.